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Dépenser dix milliards d'euros en moins, sans nuire à la qualité des soins, tel est l'objectif affiché du gouvernement en matière de santé publique pour les trois ans qui viennent. Utopique ? Ce pari est au contraire tout à fait tenable si ces économies ne se traduisent pas par un nouveau « coup de rabot » budgétaire, mettant à mal un système déjà sous forte tension. La gestion des hôpitaux, en particulier, doit être profondément réorganisée. Tout le monde peut y gagner. A condition que la notion même de management cesse d'être diabolisée.
Nous partons de loin. Un colloque international réunissait il y a une dizaine de jours à Bruxelles des responsables hospitaliers du monde entier sur le thème du « lean management ». Les Français ? A peine une vingtaine pour discuter de ces méthodes d'amélioration continue, inspirées de pratiques japonaises participatives et modélisée à la fin des années 1980 au Massachusetts Institute of Technology ( MIT).
La démarche même inquiète. Le centre hospitalier universitaire (CHU) deToulouse a voulu organiser un séminaire sur la question l'an passé. Des militants syndicaux ont empêché sa tenue, marquant une opposition de principe. Le « lean management » a pourtant su montrer son efficacité dans nombre d'établissements de santé dans le monde.
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En mettant la qualité des soins comme objectif central, en impliquant l'ensemble des acteurs, des progrès mesurables ont accompagné une maîtrise des coûts, enSuède, en Belgique, au Canada… Rationaliser l'organisation des établissements de santé est une urgence.
UN NOUVEAU MÉTIER
Prenons le parcours des patients à l'intérieur de l'hôpital. Les médecins passent aujourd'hui un temps considérable à  obtenir qu'on attribue un lit aux nouveaux arrivants, à coups d'appels téléphoniques et de micro-négociations avec leurs collègues. Ils ont mieux à  faire. La création d'un nouveau métier, de gestionnaire de lits (bed manager), leur permettrait de se recentrer sur leur activité thérapeutique, et l'on pourrait ainsi ajuster de manière plus fine l'offre de lits aux besoins.
Ces besoins doivent d'ailleurs être en grande partie redimensionnés. Beaucoup de patients arrivent à l'hôpital faute d'un accueil convenable par la médecine de ville, en dehors des jours et heures ouvrables. La création de structures tampons, avec de très larges horaires d'ouverture, permettrait de traiter hors hôpital un très grand nombre de pathologies mineures qui ne nécessitent pas de plateau technique et encombrent les urgences.
La mise en place, d'autres structures pour recevoir les patients, cette fois après les traitements hospitaliers, est également souhaitable. Le progrès destechnologies a permis un bond spectaculaire de la médecine ambulatoire enEurope du Nord et aux Etats-Unis, où jusqu'à 90% des interventions chirurgicales sont désormais réalisées dans la journée.
En France, la majorité des opérations entraîne encore une hospitalisation. Une des raisons de ce retard est la crainte de laisser des patients fragilisés, livrés à eux-mêmes, lorsque leur famille ou leurs proches ne peuvent les accueillir. La création d'« hôtels hospitaliers » permettant d'héberger dans un environnement sécurisé les patients qui doivent être accueillis pour des raisons « sociales », contribuerait à  résoudre ce problème, pour autant que l'assurance-maladie prenne en charge ces séjours de courte durée.
HOSPITALISATION À DOMICILE
Le développement indispensable de l'hospitalisation à domicile nécessitera de la même manière des changements d'habitudes importants, une coordination différente entre médecine hospitalière et médecine de ville, à  imaginer et stabiliser.
Le plan d'économie annoncé par le gouvernement peut aider à  faire avancer ces réformes et aboutir ainsi à des soins de meilleures qualités. A deux conditions : que les responsables soient formés, enfin, au management des hommes, à l'art demotiver les équipes, et que l'ensemble des professionnels de l'hôpital -médecins, personnels soignants, administratifs- puissent devenir les moteurs de ces changements. Plusieurs expériences, menées au sein d'établissements français, ont montré la fécondité de cette approche. Peut-on aujourd'hui se permettre de les ignorer ?