Actualités : XPRIM - PANNEAU PLEXI A4

Publié le 11 mars 2026 à 14:16
Article paru dans la revue « AFIHGE - Le journal des Jeunes gastro » / AFIHGE - JJG N°8

Merci au Dr THIBAULT et au Dr DILOU, CH de Lons-le-Saunier pour leurs relectures

Le principal enjeu de l'endoscopie est d'avoir une visualisation complète endoluminale afin de détecter les lésions potentiellement malignes. L'examen se fait avec une lumière froide, dite blanche à l'aide de LED ou de xénon. Cependant, malgré un bon éclairage, il est parfois difficile de détecter des lésions de petites tailles, planes, ayant une coloration similaire au tube digestif. La chromo-endoscopie permet d'augmenter le rendement endoscopique en améliorant le contraste des muqueuses. Il existe des colorations chimiques, absorbées ou non par les muqueuses et des colorations dites virtuelles, directement intégrées à l'endoscope. Pour rappel, le diagnostic endoscopique est composé de trois étapes : la détection, la caractérisation et la détermination de l'extension de la lésion.

La compréhension et l'utilisation de ces méthodes de coloration sont importantes à connaître pour chaque interne se formant à l'endoscopie. Voici un récapitulatif pratique des colorations fondamentales avec un guide pour savoir quand et comment les utiliser.

Colorations chimiques

Les trois colorations principales sont le lugol, l'acide acétique et l'indigo carmin. Le lugol et l'acide acétique sont de moins en moins utilisés en pratique, remplacés par la coloration virtuelle. L'indigo carmin quant à elle, reste encore une coloration de dépistage essentielle chez certains patients à haut risque de cancer colorectal.

Le Lugol 2,5­%

Le Lugol améliore le contraste muqueux en se fixant sur le glycogène des cellules saines, tandis que les zones dysplasiques ou dégénérées, pauvres en glycogène, restent non colorées.

Il est principalement utilisé dans le dépistage et la surveillance de lésions épidermoïdes de l'oesophage chez les patients à risque (antécédents de cancers ORL ou de cancer épidermoïde de l'oesophage, d'ingestion de caustique). Il peut également être utilisé pour délimiter les zones avant un geste thérapeutique (radiothérapie, résection endoscopique ou chirurgicale).

Figure 1. Carcinome épidermoïde de l'oesophage (CE) à la lumière blanche (à gauche) et après Lugol (à droite)

Comment l'utiliser­?

Utiliser maximum 20 ml pur, en spray de bas en haut, à distance de la bouche oesophagienne et toujours chez un patient intubé car il est pourvoyeur de bronchospasme. Il est également important d'attendre quelques minutes après la pulvérisation car il peut également provoquer des spasmes oesophagiens pouvant gêner la progression de l'endoscope. Il peut être exceptionnellement utilisé chez un patient vigile s'il est pulvérisé à plus de 20 cm des arcades dentaires.

L'acide acétique 3­%

L'acide acétique blanchit l'épithélium glandulaire et provoque un oedème transitoire des muqueuses permettant une meilleure visibilité des reliefs.

Il est principalement utilisé dans le dépistage et le guidage des biopsies des zones dysplasiques de la muqueuse de Barett, ce qui augmente la rentabilité histologique. Cependant, il ne permet pas de se passer du protocole de Seattle (une biopsie dans chaque quadrant tous les 1 à 2 cm), bien qu'il soit peu utilisé en pratique au vu de son caractère contraignant et couteux (1 biopsie = 1 flacon). Le NBI (détaillé ci-dessous a désormais remplacé l'acide acétique dans cette indication).

Comment l'utiliser­?

Diluer avec de l'eau pour obtenir une concentration entre 1,5­% et 2­%.

En spray au niveau du cardia et sur les lésions d'endobrachy-oesophage. Son effet est transitoire, il est parfois nécessaire de répéter le geste pour pouvoir réaliser des biopsies ciblées. Il existe également un risque de spasme du cardia pouvant durer quelques minutes.

L'indigo carmin

L'indigo carmin est un colorant de surface, non absorbé, qui met en évidence les reliefs de la muqueuse (ulcérations, fissures, irrégularités de surface). Il est principalement utilisé dans le dépistage des lésions dysplasiques chez les patients atteints de MICI, de polypose ou de syndrome de Lynch. Il permet d'augmenter le taux de détection des adénomes plans et des lésions festonnées coliques notamment au niveau du colon droit. Il est également utilisé pour dépister et surveiller les lésions gastriques et duodénales chez les patients atteints de polypose adénomateuse familiale (PAF). Le nombre d'adénomes duodénaux conditionne le rythme de suivi endoscopique en fonction du score de Spigelman.

Figure 5. Score de Spigelman

Figure 6. LST du colon droit avant (à gauche) et après indigo carmin (à droite)

Comment l'utiliser­ ?

Concentration de 1­%. Il est nécessaire de le diluer pour obtenir la teinte voulue, puis réaliser une exploration par segment. Faire un premier passage à la lumière claire puis revenir en utilisant le colorant.

Chromo-endoscopie virtuelle

Les colorations virtuelles, utilisées depuis plus de vingt ans, ont pris l'ascendant sur les colorations chimiques car moins chronophages, moins coûteuses mais également très efficaces. Celles-ci varient selon leur objectif­: caractériser le polype (NBI, BLI, FICE) ou pour le détecter (LCI, TXI).

Caractérisation de polypes

Le Narrow Band Imaging (NBI de la société Olympus), le Blue Light Imaging (BLI de la société Fujufilm) et le Intelligent Color Enhancement (FICE de la société Fujifilm, moins utilisé) sont des systèmes basés sur le même principe (analyse des propriétés optiques et physiques de certaines longueurs d'ondes) mais avec une exploitation différente.

En NBI et BLI, l'endoscope émet une lumière bleue (pic d'absorption de l'hémoglobine), la muqueuse saine apparaît en vert-beige alors que les lésions apparaissent en brun-rouge. Le FICE utilise une technique de post-traitement électronique du signal en lumière blanche (FICE).

Le NBI est largement supérieure à la lumière blanche dans la détection des carcinomes épidermoïdes de l'oesophage [1] avec une sensibilité allant de 55­ % (WLI) à 97­% (NBI).

Il est également utilisé pour identifier, caractériser et délimiter la muqueuse de Barrett. Une étude de 2013 confirme que cette coloration permet une détection accrue des lésions dysplasiques oesophagiennes­[2] et permet donc de réduire le nombre de biopsies en identifiant plus facilement les zones suspectes (déprimées ou en relief).

Figure 7. Carcinome épidermoïde de l'oesophage au NBI

Au niveau colique, de nombreuses études ont montré une bonne efficacité dans la caractérisation du Pitt Pattern des polypes avant même leur analyse histologique. La classification de NICE [Figure 8], les distingue en fonction de la couleur, la présence de vaisseaux, leurs aspect macroscopiques ainsi que les motifs à la surface du polype.

Le système NBI a également été évalué dans la détection de zones dysplasiques suspectes pour discriminer les zones dysplasiques des zones inflammatoires chez les patients atteints de MICI, mais les résultats n'ont pas montré de supériorité par rapport à la lumière blanche [3].

Figure 8. Classification de NICE (International Colorectal Endoscopic Classification)

Détection de polypes

Le LCI (Linked Color Imaging de la société Fujifilm) émet également de la lumière bleue-violet fortement absorbée par l'hémoglobine et les capillaires superficiels. Un traitement numérique est ensuite réalisé pour amplifier les diff érences de couleurs entre les muqueuses normales, inflammatoires ou néoplasiques. Cette coloration est ancrée dans la pratique clinique et est aujourd'hui utilisée dans le cadre du dépistage du cancer colorectal­ : une revue systématique publiée en août 2025 dans la base Cochrane, incluant près de 12 000 patients, a montré que l'utilisation du LCI était associée à une augmentation de 18 % du taux de détection des adénomes coliques et de 61 % des lésions sessiles par rapport à la coloscopie en lumière blanche.

D'autres études de phase II sont encore en cours, notamment COCORICO, comparant le taux de détection LCI et WLI dans le colon droit.

Le TXI (Texture and Color Enhancement Imaging) est l'équivalent du LCI mais chez Olympus. Le traitement numérique se fait à partir d'une lumière blanche standard et n'est donc pas basé sur une absorption spectrale ciblée.

Concernant les endoscopies hautes

Le LCI permettrait une meilleure détection des lésions gastro-intestinales. Publiée en 2022, l'étude LCI-FIND­ [5] réalisée sur plus de 1500 patients a montré que le groupe LCI détectait deux fois plus de lésions néoplasiques gastriques que le groupe WLI. Le LCI pourrait devenir essentiel dans la recherche de néoplasie gastrique.

Une autre étude menée aux États- Unis évalue actuellement la performance du LCI par rapport à la lumière blanche pour la détection précoce des néoplasies gastriques.

Figure 9. Néoplasie gastrique précoce WLI vs LCI

Ce qu'il faut retenir…

• La chromo-endoscopie chimique laisse la place aux colorations virtuelles bien que l'indigo carmin reste encore essentiel pour le dépistage de lésions dysplasiques chez les patients atteints de MICI, polyposes ou de Lynch.

• La chromo-endoscopie virtuelle par NBI, BLI et FICE permet de mieux caractériser les polypes mais n'améliore pas leur détection.

• Le LCI et le TXI permettent de mieux dépister les polypes et pourraient devenir essentiels dans le dépistage de néoplasie gastriques.

Références

1. Muto M., Minashi K., Yano T. Early detection of superficial squamous cell carcinoma in the head and neck region and esophagus by narrow band imaging: a multicenter randomized controlled trial. J Clin Oncol Off J Am Soc Clin Oncol. 2010.

2. Sharma P, Hawes RH, Bansal A, et al. Standard endoscopy with random biopsies versus narrow band imaging targeted biopsies in Barrett's oesophagus: a prospective, international, randomised controlled trial. Gut 2013.

3. Har-Noy O, Katz L, Avni T, Battat R, Bessissow T, Yung DE, Engel T, Koulaouzidis A, Eliakim R, Ben-Horin S, Kopylov U. Chromoendoscopy, Narrow-Band Imaging or White Light Endoscopy for Neoplasia Detection in Inflammatory Bowel Diseases. Dig Dis Sci. 2017 Nov.

4. Watanabe J, Kanno T, Kakehi E, Rifu K, Kagaya T, Kotani K, Kataoka Y. Linked color imaging versus conventional white-light colonoscopy for the detection of colorectal polyps. Cochrane Database Syst Rev. 2025 Aug.

5. Haruma K, Kato M, Kawada K, Murao T, Ono S, Suehiro M, Hori S, Sasaki F, Koike T, Kitamura S, Dohi O, Kanzaki H, Yagi N, Hashiguchi K, Oka S, Katada K, Shimoda R, Mizukami K, Takeuchi T, Katsuki S, Tsuda M, Naito Y, Kawano T, MoriK, IshikawaH. Diagnostic ability of linked color imaging in ultraslim endoscopy to identify neoplastic lesions in the upper gastrointestinal tract. Endosc Int Open. 2022 Jan.

Marie RACLOZ 
Interne en HGE

Publié le 1773235007000