Voyage au Cœur de la Gynéco : Portrait d’une Globe Trotteuse

Publié le 1652818720000


J’ai eu l’occasion d’interviewer Marion Guckert, actuellement Chef de Clinique en Guadeloupe qui a eu un parcours quelque peu hors des sentiers.

A quand remonte tes premiers voyages ?
J’ai réalisé mon tout premier voyage grâce à l’association « La Goutte d’Eau » qui était l’association humanitaire de ma fac. Un mois passé au fin fond du Sénégal avec une ONG. J’avais 19 ans, et je me suis retrouvée dans la cambrousse en Afrique, quelle expérience ! C’est là que j’ai vu mon tout premier accouchement de gémellaire, à la lanterne, avec la matrone du village. J’ai également vu en consultation mes premières patientes atteintes de VIH stade SIDA, certaines avaient mon âge…

L’année d’après je suis partie 3 mois au Mexique (fin de ma 3ème année, juste avant l’externat), pour un stage en chirurgie générale dans un hôpital public. Il s’agissait d’un échange grâce à l’IFMSA, organisme mondial des étudiants en médecine qui réalise des échanges entre pays. J’ai donc été accueillie par une famille Mexicaine à Guadalajara. Idem stage assez intense, j’étais dans le service de « Cirujía medico legal » qui ne doit exister qu’au Mexique, l’équipe prenait en charge exclusivement les blessés par balles, coup de couteaux, fusillade et les populations carcérales.

Et enfin, en fin de 4ème année, je suis partie au Pérou, en stage dans un hôpital universitaire de Lima, échange international assuré par ma fac cette fois.

En bref, même si la suite des études de médecine n’est pas très tournée vers le reste du monde, la fac permet aux étudiants d’avoir des opportunités géniales en début de cursus !

Qu’est-ce qui t’as poussé à demander ta première dispo ?
Initialement j’ai pris ma 1ère dispo pour décaler pour un poste de CCA dans mon université d’origine. Ça me permettait également de finir mon recueil de thèse tranquillement, et d’avancer mon mémoire. Comme tu l’as compris, j’ai beaucoup voyagé pendant mes premières années de médecine. En revanche, de l’externat jusqu’à la fin de mon internat, tout mon temps a été dévolu à mes études. On est dans un système clos, presque sectaire, pas très tourné vers l’extérieur. Je me suis dit que 6 mois serait parfait pour prendre l’air avant de replonger dans le grand bain, et j’ai pris un aller simple pour le Vietnam.

Puis ta deuxième ?
Alors là ça n’était pas prévu du tout !! J’ai pris une claque pendant ma première dispo. J’étais complétement grisée par le sentiment de liberté que m’avait procuré mes 6 mois de voyage. Tu approches la trentaine et tu remets tout en question, sur ce que tu veux faire de ta vie, et quel chemin tu dois prendre. C’est vraiment une période charnière la fin de l’internat ! Du coup j’ai rempilé pour une dispo, et je suis partie 6 mois en Australie. Ça me laissait du temps pour réfléchir et profiter !

Qu’est-ce qui te plait le plus dans le voyage ?
Les rencontres ! En fait, peu importe où tu es, 7ème merveille du monde, plage paradisiaque, lieu instragrammable à la mode, moi ce qui m’a apporté le plus ce sont les gens.

Les locaux, avec qui tu partages un bout de leur quotidien. Je suis toujours émerveillée par la gentillesse des gens et leur générosité. Nulle part dans le monde les gens ne te laisseront dormir dehors ou mourir de faim. Ensuite, ce sont tous les voyageurs, baroudeurs, vieux loups de mer, aventuriers, paumés, illuminés qui croisent ta route. J’ai fait vraiment des sacrées rencontres, et tout ça mis bout à bout ça fait un paquet de souvenirs impérissables !

Quel a été ton pays coup de cœur ?
Il y en a tellement et pour des raisons complétement différentes ! Je dirais le Népal pour les paysages grandioses, La Turquie pour la culture, Le Vietnam pour la cuisine, l’Australie pour la « way of life », le Sri Lanka pour les spots de surf, et l’Indonésie pour le sourire des gens !

Les cinq continents ?
Alors mon continent fétiche c’est l’Amérique centrale. J’adore la culture latino-caribéenne ; joyeuse, insouciante, colorée, la spontanéité des gens, et l’omniprésence de la musique à tous les coins de rue.

As-tu rencontré des difficultés pour demander tes dispos ?
Aucune ! Dans ma fac, c’est juste un papier à signer, ça prend 30 secondes, pas d’accord préalable de quiconque à demander ! Pas d’a priori non plus de la part des chefs et des PU, tu n’es pas catalogué comme « glandeur » si tu fais une dispo, et ça ne plombe pas ton CV. D’ailleurs nous sommes beaucoup d’internes à avoir pris 6 mois pour voyager dans les différentes promos de gynéco. Je sais que ça ne se passe pas comme ça partout, c’est dommage.

Pourquoi la gynécologie ?
C’est la spécialité la plus complète qui existe ! Tu prends en charge les femmes, depuis leur adolescence jusqu’à leurs vieux jours, tu fais de l’échographie, de la chirurgie, de la salle de naissance, on ne s’ennuie jamais !

C’est aussi la spécialité la plus humaniste à mes yeux, quand tu vois la condition des femmes dans le monde, je suis convaincue que la gynécoobstétrique est la spécialité de l’avenir !

Comment arrives-tu à combiner les deux ?
Pas toujours facile ! La première crainte c’est de « perdre » en geste technique. Au final, La chir, l’écho ou les gestes en salle de naissance c’est comme le vélo ça ne s’oublie pas. Ce qui est acquis est acquis, après la mémoire procédurale fait le reste. Evidemment il ne faut pas faire des pauses trop longues, la médecine change vite, les recommandations aussi. Enfin pour écrire ma thèse et mon mémoire, j’ai découvert qu’on pouvait faire ça en voyageant ! Mon directeur de thèse et de mémoire étaient d’accord pour communiquer par mail (et je leur en serai reconnaissante éternellement !!). J’ai bossé pour terminer mon recueil de données avant de partir. Puis j’ai écrit une partie de mon mémoire au Vietnam, j’ai finalisé l’écriture de ma thèse à Byron Bay et je l’ai soumise pour la première fois quand j’étais à Melbourne !

Voyage et Gynécologie : Est-ce que tu penses que l’un a influencé l’autre ? ou que l’un serve l’autre ?
Hummmm, je dirais les 2 ! Quand j’étais petite je voulais faire de l’humanitaire à l’autre bout du monde. Ensuite pour mes études je me suis rendue compte que la spécialité de gynéco-obst, c’est vraiment LA spécialité idéale pour MSF. Enfin, après avoir pris mes dispos, mes voyages ont changé radicalement mon orientation pour mon post-internat.

Et tu aimes également la photographie, c’est bien ça ?
Ahahah oui ça c’est ma passion depuis que je suis petite ! A un moment je voulais être reporter-photographe chez Magnum ou Life (ambitieux !!!). Finalement, médecine c’était un choix plus concret et plus accessible, et avec du recul c’est probablement mieux de garder ses passions en hobby

A quoi ressemble ton quotidien ?
Maintenant je vis en Guadeloupe avec mon conjoint Américain que j’ai rencontré en voyageant lors de ma première dispo. Je suis Chef de Clinique au CHU de Pointe-à-Pitre, donc c’est un clinicat moins prenant qu’en métropole, mais on bosse quand même ! Levés 6h tous les matins, petit déj sur notre terrasse face à la mer, embouteillage pour aller jusqu’à l’hôpital (gros point noir dans les îles, le trafic).

Pour le boulot c’est le même que dans tous les hôpitaux de France : staff le matin, café, bloc, consult, RCP, etc. La particularité de l’hôpital ici (NB : le CHU de PAP a brulé en 2017, le nouveau CHU est en construction), c’est qu’il y a beaucoup de choses à construire à développer, à faire évoluer c’est à la fois stimulant mais très fastidieux ! Le soir je finis vers 18h, un peu de sport ou un verre à la plage et dodo (on se couche tôt dans les îles !). Donc quotidien pas si différent de n’importe quel quotidien en métropole. La grosse différence, ce sont les week-ends et les repos de garde : surf, bateau, rando, plongée, c’est les vacances !

Quel est ton prochain projet ?
Avec mon conjoint on a voyagé plusieurs années, donc on n’est pas mécontents de se poser un peu ! A court et moyen terme j’aimerais m’investir dans le service dans lequel je suis. Au long terme, ça serait d’acheter un bateau et de faire un tour du monde à la voile !

Comment vois-tu l’avenir ?
On verra bien où la vie nous mènera ! Au final, s’il y a une chose que les voyages m’ont appris, c’est que rien ne se passe comme prévu. Donc j’ai arrêté de faire des plans, et je fais confiance en ma bonne étoile pour la suite !

Interview par
Alexane TOURNIER

Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°20

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