Sélection d’articles marquants, revue de presse

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Oncologie néphrologie

Par Elise DOMINJON

Article commenté : Revue systématique des protocoles d’hydratation et impact de la supplémentation de magnésium sur la prévention de la néphrotoxicité du cisplatine publié par Juanjuan et al, Clinical and Experimental Nephrology, août 2023.

Les diminutions de dose de cisplatine sont majoritairement dues à sa toxicité rénale.

Le cisplatine est éliminé par voie urinaire. Il s’accumule dans les cellules tubulaires rénales en y entrant via les récepteurs Ctr1 et OCT2. La formation d’adduits, c’est-à-dire des ponts inter ou intra-brin d’ADN (ADN-platine-ADN) par le cisplatine se fait au niveau de l’ADN notamment mitochondrial qui a des capacités réduites de réparation. Les cellules tubulaires ont une densité importante de mitochon dries expliquant une sensibilité particulière au cisplatine.

La fuite de magnésium rénale est un des premiers marqueurs de la toxicité tubulaire induite par cette chimiothérapie. Le cisplatine bloque également l’absorption gastrique du magnésium. Ces 2 mécanismes provoquent des hypomagnésémies importantes. Certaines études (Cf. sources) ont montré que le magnésium et le calcium sont impliqués dans le fonctionnement des transporteurs actifs d’efflux du cisplatine des cellules tubulaires rénales. Les hypomagnésémies augmentent donc la concentration du cisplatine dans les cellules tubulaires et donc leur nécrose et/ou apoptose.

La prévention de la néphrotoxicité est évidemment primordiale lors de l’utilisation de ce sel de platine. À ce jour, la seule recommandation pour la prévention de la toxicité rénale du cisplatine est l’hyperhydratation pour diminuer la demi-vie, le temps de transport tubulaire et la concentration urinaire du cisplatine. Il n’existe pas de préconisation de volume ou de durée d’hydratation.

Les auteurs présentent leur article en 2 temps : revue des protocoles d’hydratation puis méta-analyse sur l’efficacité de la supplémentation en Mg2+ dans la néphroprotection :

Revue systématique des protocoles d’hydratation

Les auteurs ont sélectionné 33 articles (issus de Cochrane, pubMed et Embrase) publiés avant septembre 2020. Le critère de jugement principal des études devait être la survenue d’une néphrotoxicité induite par le cisplatine. Les patients ont reçution en magnésium quelle que soit la dose et en particulier pour les petites dose (< 40 mg/m2).Les principales limites de cette méta-analyse sont une hétérogénéité importante des études sélectionnées avec un indi-ceI2 de 47 % ainsi que l’inclusion d’études rétrospectives de faible niveau de preuve uniquement.différents protocoles d’hydratation péricisplatine, sans critère de dose.

5 protocoles principaux d’hydratation ont été identifiés dans les études choisies

Hydratation
per os
Hydratation
courte
Diurèse forcée Hydratation
de bas volume
Hydratation
supplémentation
en magnésium :
2 études incluses :
1 randomisée,
1 rétrospective
9 études incluses :
1 prospective et
8 rétrospectives
7 études incluses :
5 rétrospectives,
1 prospective +
1 randomisée
2 études incluses :
2 rétrospectives
13 études incluses :
2 randomisées,
1 prospective et
10 rétrospectives
500 ml minimum
jusqu’au maximum
possible par
le patient
Entre 1000 ml
et 2050 ml en 4
à 6H IV
Utilisation de
furosémide et/
ou mannitol ou
acétazolamide
1700 ml à 2500 ml
IV et une partie PO
Supplémentation
IV avec dose
différente +/-
supplémentation
oral
2 études indiquent
que la voie orale
est aussi sûre que
la voie IV.
Toutes concluent
que ce protocole
est sûr même avec
des doses jusqu’à
100 mg/m2
Les conclusions
divergent : absence
de bénéfice,
aggravation
(pour l’étude
randomisée) ou
amélioration de la
toxicité rénale
Conclusion :
Ce protocole est
sûr et réalisable
sans sur-risque
rénale.
Conclusion : à
l’unanimité, la
supplémentation
permet de
prévenir toxicité
rénale du
cisplatine

 

Méta-analyse concernant la survenue de néphrotoxicité chez les patients hydratés avec ou sans supplémentation de magnésium

Cette analyse inclut 11 études rétrospectives. Le critère de jugement principal était la né-phrotoxicité définie par la diminution du DFG ou diminution de la clairance de la créatinine ou augmentation de la créatinine ou augmentation de l’urée.

L’ensemble des études conclut à une diminution de la toxicité rénale lors de la supplémentation en magnésium quelle que soit la dose et en particulier pour les petites dose (< 40 mg/m2).

Les principales limites de cette méta-analyse sont une hétérogénéité importante des études sélectionnées avec un indi-ceI2 de 47 % ainsi que l’inclusion d’études rétrospectives de faible niveau de preuve uniquement.

Pour conclure, les auteurs présentent la supplémentation en magnésium comme un moyen sûr et peu coûteux pour améliorer la néphroprotection à faire entrer dans les recommandations officielles.

Sources :

- Bodnar L, Wcislo G, Gasowska-Bodnar A, Synowiec A, Szarlej-Wcislo K, Szczylik C. Renal protection with magnesium subcarbonate and magnesium sulphate in patients with epithelial ovarian cancer after cisplatin and paclitaxel chemotherapy: a randomised phase II study. Eur J Cancer. 2008; 44 (17): 2608-14. doi:10.1016/j.ejca.2008.08.005. PubMed PMID:18796350.

- Sobrero A, Guglielmi A, Aschele C, et al. Current strategies to reduce cisplatin toxicity. J Chemother 1990;2:3–7.

 

Oncologie psychiatrie

Par Adrien ROUSSEAU

Article commenté : Potter AL, Haridas C, Neumann K, et al. Incidence, Timing, and Factors Associated With Suicide Among Patients Undergoing Surgery for Cancer in the US. JAMA Oncol. 2023;9 (3):308–315. doi:10.1001/jamaoncol.2022.6549.

Jusqu’à présent, aucune étude récente n’a évalué l’épidémiologie du suicide chez les patients ayant subi une chirurgie carcinologique, alors qu’un nombre important rapportent des troubles de l’humeur après une chirurgie.

Il s’agit d’une étude observationnelle sur base médico-administrative, avec pour objectifs d’évaluer l’incidence du suicide après une chirurgie carcinologique, examiner la temporalité des suicides et les facteurs de risque associés. Elle repose sur la base de données du SEER (surveillance, epidemiology and end results program), recoupant 18 registres étatsuniens représentant 28 % de la population des USA. Il s’agit de données individuelles, sur les caractéristiques des patients, de leur tumeur, des traitements et des causes de mortalité.

17 cancers ont été sélectionnés (cerveau, sein, col utérin, colon, endomètre, oesophage, rein, larynx, foie, poumon, cavité oral, ovaire, pancréas, pharynx, rectum, estomac, vessie). La période d’intérêt était de 2000 à 2016 et le critère d’inclusion était d’avoir une chirurgie pour un de ces 17 cancers, identifiés par code ICD. Les patients avec de multiples tumeurs étaient exclus. Des ratios de mortalité standardisé (SMR)

ont été calculés et comparés à l’incidence de suicide dans la population générale américaine. La standardisation était sur l’âge, le sexe, l’éthnie et l’année de décès. Pour les patients inclus de 2000 à 2011, un taux de survie globale à 5 ans était calculé par cancer. Une association entre ce taux et la durée médiane au suicide par cancer était étudiée, à l’aide d’une régression linéaire pondérée par le nombre de suicide par site de cancer. Une analyse pour recherche des caractéristiques associée à l’augmentation du risque de suicide était également recherchée, à l’aide d’un modèle

multivarié de Fine & Gray avec risques compétitifs (suicide vs décès d’autre cause). Un facteur d’interaction a été ajouté entre le sexe et le statut marital. La sélection des variables pour le modèle multivarié et le choix d’intégrer un facteur d’interaction ne sont pas justifiés par les auteurs.