Raconte-nous ton premier jour d’internat !

Publié le 11 May 2022 à 10:37
#Chirurgien
#Urgences
#Médecin Polyvalent

« H » S’EST INVITÉ DANS LES SERVICES D’UN HÔPITAL LYONNAIS. PENDANT LA PAUSE DEJ', DE RETOUR DU BLOC, PARFOIS ENTRE DEUX PORTES, DES INTERNES NOUS ONT RACONTÉ LEUR PREMIÈRE FOIS.

Texte et photos: Johanna Sabys pour « H »

Laurie

10e semestre d’ORL
« Je me rappelle surtout de mon 1e bloc. C’est assez sympa quand on s’habille la première fois, qu’on est face au chirurgien, qu’on touche le patient et qu’on participe à l’intervention. J’ai commencé par un stage en périph, dans une ambiance peu stressante, où on était vraiment cocoonés. J’étais fière d’être arrivé là, d’être interne. J’avais 2 chefs, j’étais la seule interne et ils faisaient attention à moi, à ce que je ne sois pas perdue. On ne se sent pas lâchés dans l’arène. »


Sarah


5e semestre de rhumatologie
« J’oublie vite quand c’est difficile. Le premier jour, c’est toujours difficile. Il faut déjà qu’on apprenne à gérer un logiciel qu’on a jamais vraiment utilisé avant. Il y a une énorme perte de temps pour tout ce qui est prescription. C’est très stressant. Personnellement, j’ai tout relu plusieurs fois. Il faut ensuite aller voir les patients, découvrir un peu la gestion du service. C’est très fatiguant de passer à un rythme de théorie, où on est souvent sur des cours, à des journées de 12h de pratique, avec un stress réel et de vrais patients. »

Maxime


3e semestre de néphrologie
« On était tous nouveaux, et on a tous ramé un peu. Je n’étais pas le seul à être perdu. Pas stressé pour autant : il fallait surtout s’acclimater et prendre ses repères. C’est un service où tout allait plutôt bien, il n’y avait pas d’urgences, donc a pris le temps de découvrir les patients et le service ensemble. En tout cas, c’est satisfaisant d’être la personne référente, de gérer les choses. C’est plus responsabilisant. En bref, une première journée conforme à mes attentes pour ces débuts dans la cour des grands. »


Nans


7e semestre de néphrologie
« La nuit d’avant je n’avais pas trop dormi… C’était également le premier jour de la cheffe qui m’a pris sous son aile, on avait tous les deux des habitudes à prendre. Je ne connaissais pas le logiciel, ni aucun numéro, ni personne en fait. On me parlait du professeur Truc, du docteur Machin, on me demandait d’appeler le labo, et j’étais complètement perdu ! Le temps de comprendre ce qu’on nous demandait, de prescrire… Je suis sorti à 21h30. Mais ce n’est pas une si mauvaise expérience au final. »

Violaine


1e semestre de médecine générale
« Ce qui est bizarre le 1e jour, c’est de se dire que c’est à nous de prendre une décision. Quand les infirmières te demandent quelle hydratation tu dois mettre, sur combien de temps... Euh, attends, je vais demander à mon chef, je reviens… Tu te poses des questions sur tout. J’ai la chance d’avoir des chefs très présents, je peux leur poser des questions toutes bêtes. Face aux patients, il faut avoir l’air sûr de soi, même si ce n’est pas le cas. Bon, je me présente toujours en tant qu’interne : ils comprennent que nous sommes des médecins en formation. »


Pauline


3e semestre de médecine générale
« J’ai commencé par les urgences en suivant une amie qui me disait que c’était un très bon stage. Le plus dur est fait ! Je suis contente de ne pas y retourner. On a trop flippé avant d’y aller, quand on voyait les internes - en tant qu’externes - c’était plutôt paniquant… J'avais énormément d’appréhensions, mais au final tout s’est très bien passé. Une cheffe s’était rajoutée sur le planning pour s’occuper de nous la première semaine. Dans ce service, les chefs concluent de toute façon tous les dossiers, on ne s’est jamais retrouvés seuls. »


Lucie


3e semestre d’hématologie
« Je me souviens avoir été très stressée au moment où j’ai eu mon tout premier patient. C’est le début de beaucoup de responsabilités, d’une nouvelle vie sur le plan professionnel. J’ai eu la chance d’être très bien encadrée. Le 1er jour, on a pas mal de problèmes d’organisation, beaucoup d’infos à gérer en même temps. C’est compliqué de faire face aux sollicitations des infirmières, de manquer de confiance, de se sentir un peu bloqué et de ne pas savoir répondre. »

Jordan


7e semestre de rhumatologie
« Le premier jour, c’est le rush ! Il faut se familiariser avec les patients et surtout répondre aux questions pratico-pratiques des infirmières, auxquelles nous ne sommes pas du tout préparés. J’ai notamment dû faire une ordonnance de morphine, ce qui est un peu le principal stress. On y repense souvent le soir, en espérant que le patient ne va pas faire une complication... J’avais déjà eu un 1er jour en tant que faisant fonction d'interne, cela m’a permis de débuter mon internat officiel avec un peu plus de sérénité. »

LE PREMIER JOUR D'UN INTERNE

AH CE PREMIER JOUR D'INTERNE... ON L'ATTEND AVEC IMPATIENCE, QU'ON S'EN FASSE UNE MONTAGNE OU NON. MAIS PAS DE PANIQUE, C'EST RAREMENT LE PREMIER JOUR QUI S'AVÈRE LE PLUS COMPLIQUÉ !

« On l’attend depuis 6 ans, il vient à point », affirme Marion, en 5e semestre d’ORL. Et tout s’est très bien passé : « Matinée au bloc, visite du service, puis tour des patients. J’avais 3 chefs pour moi toute seule, c’était plutôt génial comme stage ». Aucune appréhension à signaler pour la jeune femme de 26 ans, actuellement en stage à Lyon. « On a hâte, on est plus excités que stressés à l’idée de commencer cette nouvelle vie ! Les révisions sont finies, et on a la chance d’avoir plusieurs mois de vacances avant. » Pour Sarah, en 5e semestre de rhumatologie : « Côté prise de décisions, le 1er jour, c’est plutôt zéro. Mais rien que pour prescrire les traitements habituels des patients, c’est extrêmement long. Il faut prendre le logiciel en main ! ».

Maxime, en 3e semestre de néphrologie, était lui aussi plutôt confiant quand il a fait ses débuts en service de transplantation il y a 2 ans. « Avant l’internat, on acquière déjà de bons réflexes. Donc une fois interne, on peut enfin faire les choses nousmêmes, comme des grands ». Mais encore faut-il tomber dans le bon service, au bon moment : « Selon le service où on attaque, et la pression qu’il y a ce moment-là, ce n’est pas aussi facile », nuance-t-il.

Si le 1er jour était sensass, Violaine, qui effectue actuellement son tout premier stage de médecine G aux urgences, a moins bien vécu le 2e. Elle a été perturbée par un appel en pleine nuit : « Un infirmier peu délicat me demande de monter, en me balançant juste : « Ben elle est morte la dame ». Qui ? Comment ? On me dit que c’est à l’interne des urgences de s’en charger la nuit, mais je ne savais rien sur cette patiente, et je ne savais pas du tout comment gérer ça. J'ai été vraiment déstabilisée. J’ai réveillé le chef pour lui demander quoi faire, si c’était à moi d’appeler la famille. Il m’a dit que si je me sentais de le faire, je pouvais. Je l’ai fait, à 2h du matin...»

Marine, qui a débarqué à la Réunion pour son premier stage, et y vit toujours aujourd'hui, explique : « J'attendais énormément de l'équipe médicale, et finalement, c'est l'équipe paramédicale qui m'a « faite interne ». C'est eux qui m'ont donné ce nouveau regard sur moimême. Les médecins attendaient de moi que je sois responsable. Les para médicaux me demandaient toute la journée de l'être, de m'impliquer, de prescrire, d'examiner, de modifier des prises en charge, de réfléchir... » Pour elle, le maître-mot de chaque nouveau stage, c'est l'adaptation : « Il y a toujours le même espoir: se faire accepter dans une équipe qui est déjà constituée et soudée; se faire respecter; en bref, réussir à s'adapter ! »

« ON A HÂTE, ON EST PLUS EXCITÉS QUE STRESSÉS À L’IDÉE DE COMMENCER CETTE NOUVELLE VIE ! »

PÉRIPH OU CHU – Telle est la question. « Quand on peut choisir, on préfère souvent commencer en périph. C’est plus doux comme approche. On est moins lancés dans le grand bain », explique Sarah, qui n’a pas eu ce choix, justement. « En CHU, on se repose plus sur l’interne, globalement. On a toujours des gens auprès de qui on peut se référer, mais c’est à nous d’agir. Ça s’est bien passé pour moi, mais les 2 premiers mois ont été quand même extrêmement difficiles », avoue la jeune femme de 27 ans qui a fait le grand saut en rhumatologie un peu par hasard, avant de se spécialiser. « En 2e semestre, je suis passée en périphérie, et le changement a été radical en termes d’organisation de service. » Pas de doute pour Pauline, en 3e semestre de médecine générale, elle est certaine d’avoir débuté par l’un des meilleurs stages d’urgence en périphérie, et s’estime chanceuse. « On sait qu’il y a certains services où c’est catastrophique. Où les internes se retrouvent seuls et doivent se débrouiller. »

Jordan, en 7e semestre de rhumatologie, a fait ses débuts dans un petit hôpital, « qui a l’avantage d’être un peu plus cocooning que les grands CHU ou les services qui tournent beaucoup. On était 2 internes à débuter, hyper encadrés et on se serrait les coudes. Les infirmières étaient très compréhensives et notre chef aussi ». Mais ce serait pour lui une erreur de penser qu’on est moins bien encadré en CHU. « Il y a une plus grosse activité, on a peut-être moins de temps pour nous rassurer, pour nous expliquer les choses, mais c'est tout de même fait ! » Futurs internes, pas de panique, tout va bien se passer!

Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°16

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