On ne peut pas restreindre le chirurgien à « un médecin qui opère »

Publié le 1668515755000

Rapport chirurgical : Qu’est-ce qu’un chirurgien en 2022 ?

Olivier Farges est PU au service de chirurgie hépato-bilio-pancréatique et de transplantation hépatique à l’hôpital Beaujon (92). Il travaille sur le rapport « La Formation initiale : Aspects spécifiques à la Chirurgie » depuis décembre dernier. Ce rapport a été présenté en 2021.

Quel est le sujet de votre rapport ?
Olivier Farges.- L’idée était de faire le constat, au tra- vers de ce rapport sur la formation initiale des chirur- giens, de ce qu’est la chirurgie aujourd’hui, les difficultés qu’elle rencontre, les problèmes que l’on perçoit dans l’avenir à court ou à moyen termes et de faire des propositions. Le rapport est destiné aux étudiants de 2 et 3 e cycle, aux coordonnateurs et enseignants de spé- cialités chirurgicales, aux directeurs d’UFR, aux tutelles et éventuellement aux étudiants du secondaire qui sou- haitent avoir plus de précisions sur le métier de chirur- gien. Il associe l’ensemble des présidents de collèges de spécialités chirurgicales.

Quel est le but de ce rapport ?
O.F.- Le but est d’identifier les spécificités de la chirur- gie par rapport aux autres spécialités médicales. L’idée est aussi de faire comprendre les particularités de la chirurgie. Car, souvent, la vision est encore simpliste, il y a un décalage de la représentation de la chirurgie et ce qu’elle est en réalité. On ne peut pas restreindre le chirurgien à « un médecin qui opère » par exemple car une fois que l’on a dit cela, on n’a guère avancé. C’est la raison pour laquelle nous avons réalisé plusieurs en- quêtes, dont certaines sont achevées d’autres en cours et d’autres encore démarreront prochainement et qui abordent le sujet sous plusieurs angles.

Qui a participé à cette enquête qualitative ?
O.F.- 30 chirurgiens de chaque spécialité, soit environ 255 chirurgiens ont participé à une première enquête qui se veut qualitative, en croisant les regards sur une question donnée car il y a finalement peu de données dans la littérature.

Quels sont les types de questions posées ?
O.F.- Nous avons posé des questions ancrées dans l’ex- périence des participants comme :
- Dans les diverses composantes de votre pratique quo- tidienne, quelles sont les différences que vous perce- vez entre votre exercice et celui d’un médecin exer- çant une spécialité médicale non-interventionnelle ?
- Vous avez croisé au cours de votre carrière des chirur- giens que vous avez considérés comme des « modèles ». Qu’est-ce qui les différenciait des autres chirurgiens ?
- La dernière fois qu’un étudiant de 2 e ou 3 e cycle vous a dit qu’il voulait faire votre spécialité chirurgicale, à quels critères avez-vous pensé pour juger si elle ou il avait les qualités non gestuelles requises ou les traits de caractère appropriés ?

Pourquoi ces questions sont-elles aussi orientées ?
O.F.- Car au travers de ces questions volontairement ancrées dans l’expérience personnelle de chacun, il est possible d’obtenir un registre très large d’expériences et de réponses qui sont dans le domaine de l’émotion ou du ressenti, beaucoup plus pertinentes que des ré- ponses techniques. Car il n’y a pas une seule réponse

3 questions à... P r Philippe Marre, Past-Président de l’Académie de chirurgie

La transmission, c’est essentiel !

Pourquoi est-il si important de transmettre ? Philippe Marre.- Notre Académie de chirurgie est la plus ancienne de ce type dans le Monde. Notre structure a plusieurs rôles : celui de faire rayonner l’excellence de la chirurgie française, celui de fédérer et de rassembler les 13 spécialités chirurgicales mais aussi de transmettre les savoir-faire et les savoir-être. Ce rôle de transmission est essentiel car le métier évolue très vite. J’ai l’expérience d’un chirurgien de terrain ayant vécu la transition de la chirurgie traditionnelle du XXe siècle à la chirurgie mini-invasive robot-assistée du XXIe siècle.

Qu’entendez-vous par « savoir-être » en tant que chirurgien ?
P.M.- C’est tout un ensemble de qualités humaines que l’on n’apprend pas à l’université mais sur le terrain, par l’ex- périence et auprès de mentors. C’est, par exemple, ce que l’on dit à un patient, comment on le dit et à quel moment ; c’est savoir garder ses distances avec le patient tout en le respectant. Savoir considérer l’autre et soi-même. Nous ne sommes pas seulement un « technicien supérieur », nous sommes avant tout un soignant.

Quel est votre lien avec les jeunes chirurgiens ?
P.M.- Nous travaillons en étroite collaboration, nous avons plusieurs projets en commun. Les jeunes chirurgiens donnent une impulsion nouvelle qui est positive. J’observe aussi ces nouvelles générations qui n’abordent pas le soin comme nous. La pratique évolue avec les repos de gardes, une autre définition de leur disponibilité d’un côté et de l’autre ils doivent davantage expliquer, se justi- fier sans compter les innovations technologiques !

Les prix de l’Académie de chirurgie

L’Académie nationale de chirurgie promeut la recherche clinique et fondamentale effec- tuée par les chirurgiens. Cinq prix seront attribués aux meilleurs travaux en décembre prochain lors de la Journée de la Recherche Clinique Chirurgicale.

Qui peut participer ?
Le prix s’adresse à tous les chirurgiens ou médecins in- terventionnels (et anesthésistes pour le Prix de la pré- vention des risques en chirurgie) de moins de 40 ans l’année de la candidature et cible principalement les chirurgiens à la fin de leur année de Master 2 et à ceux en cours de thèse d’Université, mais non exclusivement.

Comment sont sélectionnés ces travaux ?
Les travaux sélectionnés pour la présentation à la Jour- née de Recherche Clinique Chirurgicale seront sélec- tionnés par un jury. Seuls des travaux ayant déjà fait l’objet de résultats seront pris en considération (à l’ex- clusion de seules intentions de recherche). La sélection pour le prix sera faite par le jury sur la qua- lité du travail scientifique et sur la qualité de la présen- tation lors de la Journée de présentation des prix

Article paru dans la revue “ Les Jeunes Chirurgiens” / CNJC n°1

 

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