Nouveau pôle société de l’AERIO

Publié le 1708620377000
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / RIO N°6


L'écriture inclusive : une méthode adaptable et éthique

Elise DOMINJON
Interne d'oncologie médicale

 

Jeanne DUVAL
Interne d'oncologie médicale

 La RIO vous propose une énigme découverte dans le podcast Les couilles sur la table présenté par Victoire Tuaillon (1) : “Un père et son fils partent en vacances. Ils ont un accident. Le père meurt, le fils est amené à l'hôpital. Un médecin de garde se présente et dit : je ne peux pas l’opérer. C’est mon fils.”

Comment est-ce possible ?
Vous pourrez retrouver la réponse à la fin de l’article.

L’écriture inclusive, ou langage épicène, désigne un ensemble de pratiques linguistiques qui cherchent à promouvoir l'égalité de représentation entre homme et femme, via un choix conscient de mots, syntaxe, grammaire ou typographie.  L’écriture inclusive peut prendre des formes diverses : l’utilisation de la combinaison “personne + adjectif” ou bien la manière de désigner un groupe par sa fonction (ex : “les personnes soignées”, “la patientèle”, ou “les patients et les patientes” ou “les patient.e.s”). L’objectif n’est pas de créer une nouvelle norme de langage définitive mais d’ajuster notre façon d'écrire pour une meilleur inclusion et représentation de tous les genres/personnes (2).

Plusieurs auteurs ont publié sur l’utilité de cet effort de rédaction, comme Eliane Viennot, historienne en langage (3), Sandrine Zufferey, Pascal Gygax et Ute Gabriel, psycholinguistes du genre (4).

Dès le début des années 2000, les psycholinguistes ont prouvé que le langage, les mots utilisés et surtout l’association de certains mots entre eux, par leur utilisation répétée (exemple : femme + maison) influencent véritablement notre façon de penser et de percevoir le monde  (5) (6). Il en est de même pour les soignant.e.s. On peut penser que si le mot « docteur » est toujours entendu et prononcé au masculin, nous ne l’associerons jamais spontanément à une femme, même si elles représentent deux tiers du corps médical.

Pourtant, le mot doctoresse n’est pas un néologisme, mais un mot existant depuis des centaines d’années que la société a fait disparaître au fil du temps (3).

Puis, les scientifiques se sont penchés sur l’impact direct du langage sur les discriminations de genre au niveau économique et politique (7). En premier lieu, on peut considérer qu’il existe trois types de langues vis-à-vis du genre (table 1).

Type 1 Type 2 Type 3
Existence du neutre pour les objets, les métiers…, et du genre masculin et féminin  Le masculin l’emporte sur le féminin Absence de genre
Ex : anglais Ex : français, allemand Ex : turc, fi nnois, chinois

Table 1. Trois systèmes linguistiques vis-à-vis du genre