Médecine d’ailleurs... Le Cameroun

Publié le 09 May 2022 à 08:54
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La spécialisation en pédiatrie dans un pays d’Afrique Sub Saharienne

Le Cameroun est un pays du golfe de Guinée, sur la façade occidentale de l’Afrique. Avec 475 442 Km2 et une population estimée aujourd’hui à plus de 20 millions d’âmes, c’est un pays de taille moyenne en Afrique sub-saharienne.

Il possède une tradition médicale relativement ancienne avec la première promotion de médecins formés sur place sortis en 1975. Jusqu’en 1998, le pays compte une seule faculté de médecine située à Yaoundé, la capitale. La Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales (F.M.S.B) de l’Université de Yaoundé I a pour ancêtre le Centre Universitaire des Sciences de la Santé (C.U.S.S) qui est une fierté nationale pour avoir formé plusieurs générations de médecins. Depuis lors, le panorama médical s’est enrichi de plusieurs autres facultés de médecine.

Les études de médecine au Cameroun
Les études médicales se déroulent sur 6 années avec 3 années de sciences fondamentales : anatomie, physiologie, pathologie etc. et 3 années de clinique (4è, 5è et 6è année). Les années cliniques s’articulent autour de stages en milieu hospitalier. Les stages hospitaliers se déroulent dans les services des quatre principales spécialités médico-chirurgicales (médecine interne, pédiatrie, gynécologie-obstétrique et chirurgie) sur des périodes allant de un à quatre mois.

En 6ème année des études médicales, les stages hospitaliers durent un mois chacun et le reste de l’année académique est consacrée à un stage dit de « médecine intégrée » lors duquel l’étudiant en médecine finissant est confronté, en situation réelle, à l’exercice de la médecine. Ces stages de médecine intégrée se déroulent habituellement dans des hôpitaux périphériques, situés dans diverses régions du pays.

Ils sont bien sûr encadrés par des médecins référents qui ne sont pas forcément enseignants à la faculté de médecine, mais l’étudiant est encouragé à l’autonomie autant que faire se peut dans la prise en charge des patients de l’accueil du patient à sa sortie de l’hôpital, bref, en 6ème année de médecine, les étudiants fonctionnent déjà comme des médecins assurant la prise en charge des patients, les visites dans les services d’hospitalisation et pour les plus téméraires, leurs premières interventions chirurgicales sous supervision (césariennes, cures de hernie etc.).


Cérémonie de remise des diplômes et prestation de serment
devant le buste d’Hippocrate

A l’issue de ce stage, l’étudiant a déjà pris la mesure de la tâche, beaucoup d’assurance et une bonne « petite » expérience pour affronter dans les mois qui suivent, la profession de médecin généraliste. A l’issue des 6 années de médecine, l’étudiant présente une thèse et devient docteur en médecine. Ce titre lui permet l’inscription au tableau de l’ordre national des médecins et lui ouvre l’exercice de la profession médicale en tant que médecin généraliste.

Tous les médecins formés par la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales sont recrutés dès la fin de leurs études médicales par le Ministère de la Santé Publique et affectés dans des hôpitaux afin d’y exercer, avec le statut de fonctionnaire.

La spécialisation en pédiatrie
Le retour à la faculté dans le cadre de la spécialisation encore appelée résidanat (de l’anglais residency) se fait sur un concours qui est ouvert aux praticiens ayant exercé au moins deux années après leur doctorat. Il est volontaire et non obligatoire.

La durée de la spécialisation en pédiatrie est de 4 années soit 8 semestres et se déroule dans les hôpitaux de la capitale Yaoundé (il y en a trois actuellement). La formation est d’emblée pratique, puisque les résidants (internes) ont tous déjà au moins deux ans d’exercice dans les cordes. Ainsi, il s’agit non pas de découvrir la spécialité, mais bien de parfaire une pratique généralement déjà assez assise.

La formation de pédiatrie passe par des stages hospitaliers qui occupent l’essentiel du temps de formation et par des séminaires, des cours et autres symposia organisés par la faculté ou par le département de pédiatrie. Les activités à l’hôpital sont celles de tout service de pédiatrie générale ou spécialisée (néonatalogie, neuropédiatrie, oncologie, hématologie…) où le résident occupe un rôle central sous la supervision des enseignants et/ ou des séniors. Les gardes assurent la continuité du service, elles sont « séniorisées » avec un sénior d’astreinte. Le résidant assure donc tout seul la garde et présente le rapport de garde le lendemain à l’équipe entrante. Dans les cas difficiles, le sénior peut être joint par téléphone et au besoin se déplacer pour aider à la gestion d’un cas compliqué.

Selon les hôpitaux et leur organisation, le nombre de passages en garde varie de 20 à 60 entre 15H30 et 8H le lendemain. Selon les centres également, le résident est susceptible d’être appelé en maternité pour une césarienne d’urgence, un accouchement à risque ou pour un nouveau-né en détresse. Les journées sont bien remplies, la charge de travail reste importante et la formation très gratifiante car le fait d’être seul à gérer les problèmes en garde permet une autonomisation beaucoup plus rapide dans la prise des décisions face aux urgences pédiatriques.

Principales urgences pédiatriques
Les pathologies rencontrées sont aussi diverses que variées, le paludisme constitue 40 % des consultations, des hospitalisations et des dépenses de santé des ménages. Le Cameroun est aujourd’hui en zone de chloroquino-résistance et le traitement du paludisme simple repose depuis plusieurs années déjà sur des bi-thérapies avec des dérivés de l’artémésinine tandis que la prise en charge du paludisme grave fait appel à des perfusions de quinine par voie intraveineuse. L’anémie sévère, complication majeure du paludisme grave et de la maladie drépanocytaire, représente avec les déshydratations sévères, la malnutrition sévère, les infections bactériennes sévères et les convulsions, les principales urgences pédiatriques dans notre contexte. La pathologie chirurgicale (IIA, péritonite aiguë par perforation surtout typhique) n’est pas rare de même que les complications d’affections chroniques telles que l’infection à VIH/SIDA, la drépanocytose et la malnutrition sévère.

L’absence de sécurité sociale, la pauvreté et les consultations tardives rendent compte d’une mortalité élevée mais beaucoup d’enfants ont la vie sauve grâce aux efforts d’équipes d’infirmières et de médecins qui travaillent souvent dans des conditions difficiles. Le niveau de pratique et des connaissances théoriques est tout à fait optimal, seul manque le matériel d’appui (scopes, streptatest, parfois oxygène) mais ce n’est pas fondamentalement ces équipements qui soignent les malades, mais les hommes qui s’en occupent.

Association des résidants en pédiatrie
Les résidants en pédiatrie sont constitués en une association qui s’appelle ARPEC (Association des Résidants en Pédiatrie du Cameroun) qui fait le lien entre les autorités universitaires, les divers partenaires (firmes pharmaceutiques et laboratoires) et les résidants. C’est un groupe très actif qui accueille les nouveaux arrivants dans la spécialisation, renforce les liens et véhicule les informations.

Pourquoi pas un stage de pédiatrie au Cameroun ?
Personnellement, je suis convaincu qu’un stage de pédiatrie au Cameroun pourrait beaucoup apprendre à ceux qui s’intéressent à la pédiatrie ; les gestes sont « faciles » et courants (quasiment pas de garde sans une ou deux ponctions lombaires, une transfusion sanguine en catastrophe pour une anémie palustre sévère à moins de 5 gr/dL ou une réhydratation d’urgence sur une gastroentérite avec déshydratation sévère et pré-choc !).

Il n’existe malheureusement pas à ma connaissance d’accords avec les facultés françaises et même si les stages vous sont accordés au Cameroun, ce sera sans doute à titre bénévole. Il faudrait ensuite pouvoir se loger, se nourrir et se déplacer. Mais avec du soleil quasiment toute l’année et un peu le goût de l’aventure, cela peut s’avérer une expérience très enrichissante sur le plan médical comme sur le plan personnel.

Dr Dominique ENYAMA

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Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°07

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