
Repérée par un sponsor anglais en trail
En parallèle, elle poursuit ses études de médecine avec une idée en tête très précise pour les ECN : la médecine du sport. « Mais il y a plusieurs voies pour y arriver. J'ai écarté rapidement la médecine générale car la maquette comprend de la gynécologie et de la pédiatrie et je n'étais pas attirée par ces spécialités. J'ai regardé un temps vers la chirurgie orthopédique mais le classement pour obtenir la chirurgie était très exigeant et les journées de bloc trop difficiles sur le long terme. C'est en discutant pendant l'un de mes stages hospitaliers que l'un de praticiens m'a parlé de la médecine physique de réadaptation, la MPR ». Elle connaissait peu cette discipline, mais se félicite aujourd'hui de ce choix. « Grâce à la MPR, j'ai fait des stages en internat bien plus ciblés en fonctions locomotrices que je ne pensais. J'ai également fait un stage en rhumatologie où j'ai appris à faire des infiltrations musculaires, des échographies ».

Elle passe de l'externat à l'internat dans la même subdivision, à Lyon, pas loin de sa famille dans l'Ain, pas loin de la montagne où elle continue de pratiquer le Trail. Puis, lors d'une course, alors qu'elle a 25 ans, elle est repérée par un sponsor anglais, Inov8. Qu'est-ce que ça change un sponsor ? « l'équipement de qualité pour tous les profils et types de courses et surtout on fait partie d'un groupe réuni autour de la même passion ». Elle intègre une « team » de 14 français et françaises, représentant la marque anglaise. Toujours interne puis Docteur Junior, elle s'entraîne 6 jours sur 7, entre 1H30 et 2h par jour la semaine, après des journées plus ou moins longues et difficiles selon les terrains de stages, tout en participant au planning de gardes une fois par semaine. Le week-end, elle en profite pour faire une sortie longue en montagne.
Elle commence à courir des trails exigeants comme la 6000D ou la MCC de l'UTMB. Elle court, elle se renforce, elle soigne.
Être interne en médecine est-il un avantage pendant une course ? « Oui et non. Oui car je peux reconnaître pendant l'effort si c'est une bonne ou une mauvaise douleur. Mais nous sommes comme tout le monde : on donne des conseils aux autres que l'on ne s'applique pas à soi-même. Avec un peu de recul, je me rends compte que je ne m'écoutais pas assez mon corps. » En 2025, elle se blesse avec une opération de conflit de hanche et un arrêt de 6 mois, bénéfique. « Il ne faut pas se le cacher, la course à pied est un sport individuel où l'on a tendance à être égocentré. Elle participe ainsi à plusieurs courses solidaires comme celles organisées pour Octobre Rose ou la course Oxfam de 100 km en relais pour récolter des fonds contre la pauvreté. « Cela permet de courir pas seulement pour ses baskets mais pour les autres ».

« J'ai toujours repoussé mes limites »
Elle hésite à participer à l'UTMB (ultra trail du Mont Blanc) en août 2025, 40 km avec 2350 mètres de dénivelé. Elle finit 17ème sur 383 participantes. Un score très honorable. « Je suis déçue de cette course. J'avais repris trop tôt après ma blessure. J'ai été longtemps dans le top 5 des féminines de la course mais la douleur fut trop forte, j'ai dû finir en ralentissant fortement… » dit-elle un peu amère. Une seule pointe d'amertume dans une personnalité joyeuse, calme, persévérante, qui ne lâche rien. Une dernière qualité chevillée au corps, qui l'a aidé dans son parcours sportif et médical. « En tant que sportive de haut niveau, j'ai toujours repoussé mes limites pour aller plus haut, aller jusqu'au bout. Même quand on a mal, on continue. Cette force m'a aidée aussi pendant mes stages hospitaliers où c'est parfois dur physiquement et mentalement avec des environnements plus ou moins bienveillants même si je m'estime plutôt chanceuse. Quand un stage était difficile, je me focalisais sur ma ligne d'arrivée, être médecin ».
Sa ligne d'arrivée, elle vient de l'atteindre ce premier mai, en étant praticienne hospitalière à temps complet au centre de rééducation du CH d'Hauteville après un Docteur Junior et un assistanat dans la même structure. « C'est un environnement top ! Tous les matins je me lève heureuse d'aller au travail. Nous sommes une équipe jeune, passionnée et nos patients sont en grande partie des sportifs de hauts niveaux qui sont blessés et qui ont un objectif de retour à la compétition ». « Nous avons aussi des patients lambda, accidentés, qui arrivent alités et repartent en marchant ». Cerise sur le gâteau, le centre de rééducation se trouve à 1000m d'altitude, à 3 minutes d'un circuit de ski de fond, idéal pour continuer à chausser ses baskets de temps en temps. Autre avantage : des horaires fixes de 9h à 18h, qui lui ont permis de jongler entre sa vie professionnelle, sa vie personnelle et son volume d'entraînement.
Soyez clair sur la vie que vous souhaitez avoir
Depuis la fin d'année 2025, elle s'entraîne un peu moins car elle vient d'être promue médecin du sport de l'équipe du rugby féminine à 15, et sa nouvelle priorité, ce ne sont plus ses baskets mais « les filles ». Elle suit les rugbywomen au centre d'entraînement à Marcoussis et lors de leurs déplacements pour le tournoi des 6 nations en avril. « J'ai de la chance car le CH d'Hauteville a été très compréhensif. Je peux être en disponibilité assez facilement pour l'équipe nationale et c'est la fédération qui paie mes jours d'absences au CH ».

Toutes les « filles » de l'équipe nationale ne sont pas professionnelles, certaines ont gardé une activité professionnelle à côté car le sport n'est pas suffisamment médiatisé pour qu'elles en vivent. Néanmoins, l'entraînement et les matches n'en sont pas moins exigeants. Que craint-elle le plus en tant que médecin du sport ? « Les traumatismes cervicaux ! c'est un risque de paraplégie, je l'ai déjà vu chez nos patients… ». Un conseil aux internes qui la lisent ? « Je donnerai un conseil surtout aux externes : soyez clairs sur la vie que vous souhaitez avoir. Certains souhaitent se dédier à 100% à la médecine, sauver des vies et c'est très bien. J'ai eu cette chance de savoir dès le départ que je voulais évoluer dans un environnement professionnel qui me laisse de l'espace. En médecine du sport, on ne sauve pas des vies, on soigne des genoux et des hanches mais tous les matins je suis heureuse de me lever le matin pour aller travailler. »

