Actualités : Le démantèlement de la santé au travail est en marche

Publié le 22 mai 2026 à 19:25
Article paru dans la revue « SNPST » / SNPST N°74

Fin 2025, la DRIEETS Île-de-France a agréé deux services de santé au travail : SANO et PRÉVENIR qui ne fonctionnent que par téléconsultation. Cet agrément a été donné malgré l'avis négatif de l'inspection médicale du travail. SANO et PRÉVENIR sont agréés alors qu'ils ne respectent en rien le cahier des charges exigé par la Direction Générale du Travail pour l'agrément des SPSTI classiques, pas plus qu'ils ne respectent les normes de bonnes pratiques définies par les sociétés savantes et par le Conseil National de l'Ordre des Médecins sur les téléconsultations. Ces deux services ont l'immense qualité d'être liés à des sociétés privées ALAN et LIVI, acteurs importants de l'assurance santé et de la téléconsultation. ALAN assure d'ailleurs la complémentaire santé de plusieurs ministères. Il y a là un curieux mélange des genres et véritable conflit d'intérêts dont on peut légitimement penser que la santé au travail ne sortira pas indemne.

Cette décision de fait politique et idéologique, imposée par le Ministère du Travail risque de préfigurer la privatisation de la santé au travail au profit des grands groupes d'assurance qui lorgnent depuis un certain temps sur la santé au travail (et la manne financière des cotisations). Il n'est pas nouveau non plus, que le MEDEF souhaite que les employeurs puissent s'affranchir de leurs obligations réglementaires en matière de santé au travail ainsi que de la prise en compte des préconisations des médecins du travail. 

Jusqu'à maintenant la mission des SPSTI relevait d'une mission de santé publique dont le but était la santé des travailleurs. De cela, il n'est plus question aujourd'hui. Depuis dix ans, les réformes œuvrent à un changement de paradigme, transformant cette mission d'ordre public en une prestation de service aux employeurs à visée assurantielle et productiviste. Confier la santé au travail aux assureurs fait courir un risque majeur au secret médical, au maintien en emploi et à l'amélioration des conditions de travail.

Il est regrettable que les syndicats de salariés ne réagissent pas. Il est regrettable que des médecins acceptent de participer à ce qui s'apparente à une forfaiture, et participent ainsi à la disparition de leur métier.

Par J. M. STERDYNIAK

Publié le 1779470724000