Interview du Responsable des Partenariats dans le Secteur Public Chez AZMED

Publié le 16 May 2022 à 13:27
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#Radiologue et imagerie médicale


Samuel Mouyal : Azmed, on vous a croisé aux JFR 2019, mais présentez-vous à nouveau ?
Benjamin Melloul : AZmed est une entreprise française fondée il y a 2 ans pour optimiser la prise en charge des patients dans les services de radiologie et des urgences. Nous avons développé un outil d’aide au diagnostic basé sur l’intelligence artificielle pour faciliter la détection des fractures en radiographie.

Nous sommes partis du constat que le nombre d’actes d’imagerie médicale avait doublé ces 10 dernières années alors que le nombre de spécialistes capables d’analyser ce flux d’information avait stagné. Actuellement, une grande majorité des examens en radiologie ne sont pas analysés dans les 24H. Nous avons donc pour ambition de soutenir les établissements de santé face au manque d’effectifs et d’améliorer la prise en charge individuelle des patients.

Les bénéfices sont multiples : • On fait gagner du temps pour l’interprétation des images (36 % selon notre dernière étude clinique).

  • On fait gagner de la précision (en termes de sensibilité et de spécificité) pour réduire le risque d’erreurs diagnostics (20 % d’erreurs en moins selon notre dernière étude clinique).
  • Tous ces éléments permettent aux médecins de travailler plus sereinement en bénéficiant d’un vrai filet de sécurité.

La finalité est de permettre aux médecins de passer moins de temps sur l’analyse des images et plus de temps avec leurs patients.
S. M. : Quelles sont les évolutions de la startup depuis vos débuts et quels projets pour l’avenir ?
B. M. : Nous avons bien grandi depuis nos débuts ! AZmed a été créé fin 2018 par nos 3 co-fondateurs : Julien, Alex et Elie. Partis du constat simple que nous vous avons évoqué précédemment, ils se sont lancés dans ce projet en faisant partie de l’accélérateur Techstars, le prestigieux incubateur américain, implanté à Paris. Une première levée de fond de 1,2 M d’euros a été réalisée en septembre 2019 puis elle a été complétée par un prêt BPI de 800 000 euros pour financer la R&D.

Nous avons ensuite rendu notre logiciel rapidement opérationnel grâce aux ingénieurs et aux médecins qui ont travaillé conjointement sur le développement technique de la solution.

Nous sommes la première entreprise française ayant obtenu le marquage CE (Juin 2019) pour un logiciel d’IA en radiologie conventionnel. Au-delà de la rigueur et de l’implication que cela démontre, c’est surtout la raison pour laquelle notre niveau de maturité est élevé sur un marché naissant. Nous avons aujourd’hui une cinquantaine de partenariats en France et à l’étranger avec un patrimoine de données de plus de 500 000 images.

S. M. : Avez-vous des contacts avec d’autres start-up IA à l’étranger ?
B. M. : Oui nous entretenons des liens avec de nombreux acteurs du domaine. De par nos participations aux nombreux congrès de radiologie (ECR, RSNA et JFR), nous avons souvent l’occasion d’échanger sur nos stands respectifs. Le but est de bien s’intégrer dans l’écosystème pour établir des relations vertueuses. On a toujours à apprendre de l’expérience des autres entreprises étrangères, que ce soit sur les aspects réglementaires propres à chaque pays ou les différences culturelles concernant l’adoption des solutions d’IA. Nous avons même eu des propositions pour des contrats de distribution croisée en Europe ou des propositions pour co-développer de nouvelles solutions. Nous aimerions multiplier ce type de relations pour faire en sorte que l’écosystème IA/santé soit encore plus collaboratif dans les années à venir.

S. M. : La France est-elle en avance, en retard ou dans la moyenne concernant l’IA en imagerie ?
B. M. : La France est plutôt bien placée dans la course à l’IA en imagerie médicale en témoigne les nombreuses startups qui développent des outils pour la majorité des examens : radiologie, mammographie, IRM, scanner, etc. L’écosystème français est bien structuré autour d’une part, de ses startups qui sont à l’initiative des projets avec les fonds VC (en nette augmentation depuis quelques années, preuve de l’attractivité des startups françaises) qui les soutiennent, et d’autres parts, les initiatives publics pour favoriser le développement des solutions à travers des appels à projet et des financements (BPI notamment). Beaucoup d’établissements de santé sont prêts à accompagner l’innovation, et les radiologues sont de plus en plus sensibilisés aux nouvelles technologies et aux innovations de ruptures qui bouleversent leur profession.

Cependant, il reste encore des barrières à lever dans le secteur public en France, pour accroître le déploiement des solutions d’IA en routine clinique. Comme nous l’avons évoqué dans notre dernier article expert sur la protection des données des patients : « les données ne sont pas encore produites, ni considérées comme des ressources numériques industrielles, alors qu’elles sont le point de départ de toute stratégie en IA : elles sont générées « brutes », avec leur caractère personnel et ne sont donc pas adaptées à des fins de recherches. ». Nous devons donc nous améliorer sur la manière de collecter ces données et structurer le stockage dans des bases adaptées pour encourager le travail des chercheurs. (Il s’agit des mêmes enjeux que la recherche translationnelle).

Par ailleurs, nous disposons d’un système de santé performant qui permets à l’ensemble de la population d’être pris en charge si besoin quels que soient nos revenus. Nous devons être fiers de ça, or dans le contexte actuel de croissance des dépenses de santé (produits de plus en plus coûteux), de restriction budgétaire (crise économique) et de crise pandémique liée au coronavirus, ce système a été mis à rude épreuve. De nombreux médecins se plaignent de leurs conditions de travail, du manque de moyens financier et du manque d’effectif. C’est pour cela que le secteur public doit faire preuve de responsabilité et répondre aux sollicitations pour adopter les solutions d’IA qui ont pour ambition l’amélioration de leurs conditions de travail. Nous sommes convaincus que les internes de radiologie ont un rôle primordial à jouer pour participer à des projets, et faire preuve d’audace pour proposer ces solutions dans leurs services.

S. M. : Combien d’établissement avez-vous déjà équipé ?
B. M. : Chez AZmed, nous construisons des partenariats durables avec les centres médicaux qui ont la volonté de développer et d’améliorer la solution à nos côtés. Ils sont accompagnés tout au long du processus de déploiement de l’outil et ils bénéficient ensuite d’un suivi régulier. Nous fournissons un rapport mensuel avec des chiffres clés, paramétré selon leurs besoins pour leur permettre d’améliorer la gestion de leur activité. Dans ce cadre, plus de 50 partenariats ont déjà été noués, à la fois dans le secteur privé et public. Nous pouvons citer le Centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon, l’Hôpital Foch, le groupement Radiologie Paris Ouest et bien d’autres…

S. M. : Quels profils trouvent-on chez Azmed ?
Notre équipe est composée d'une quinzaine de personnes aux profils extrêmement variés. C’est cette diversité qui nous permet d’être complémentaires. Il y a bien sûr et en premier lieux des radiologues et des médecins, qui travaillent notamment sur la vision globale et l’ergonomie de la solution. Ils mènent un grand travail sur l’annotation des données qui permettent d’entraîner nos algorithmes. Des ingénieurs et des experts médicaux, aux parcours souvent croisés, avec la double compétence médicale et technique nécessaire pour évoluer dans ce secteur. Ils sont tous issus de grandes écoles et universités françaises (Polytechnique, Télécom, École des Ponts, ESCP, École 42, Université Paris Descartes, etc.).

Julien notre CEO, a fait une école de commerce et a travaillé dans la finance. Il met à contribution son expérience sur les problématiques d’investissement et de gestion financière, garantissant ainsi la solidité d’AZmed sur les aspects stratégiques et commerciaux.

Alexandre Attia notre CTO, est diplômé de l’École des Ponts et Chaussées et d’un double master avec l’ENS Paris-Saclay en Intelligence artificielle. Il a travaillé sur de nombreux projet d’IA avant de fonder AZmed. Il a notamment travaillé chez Therapixel dans le cadre de détection de cancers sur des mammographies.

Enfin Elie notre CMO est médecin. Elie a, en amont du lancement d’AZmed, eu plusieurs expériences dans le milieu hospitalier, notamment au sein du service des urgences de l’AP-HP. C’est lors de ces expériences professionnelles et académiques qu’Elie a pu être exposé aux problématiques en radiologie. Il a ainsi pu déceler les besoins réels des établissements de santé en matière de radiologie.

Nos 3 co-fondateurs et l’équipe d’AZmed de manière générale, disposons de compétences complémentaires, mais nous avons pris soin de nous former à l’ensemble des aspects stratégiques de la société (médical, technique et commercial) afin de pouvoir participer à l’évolution d’AZmed dans son ensemble.

S. M. : Que pensez-vous de la sécurité des données en santé ?
B. M. : La sécurité des données est primordiale dans un secteur aussi sensible que la santé. Les enjeux sont trop importants pour qu’elle soit prise à la légère, c’est pourquoi nous travaillons main dans la main avec les DSI avant même la signature des contrats de partenariat pour garantir une sécurité maximale. Chez AZmed, nous avons pris conscience de cet aspect stratégique en amont du développement de notre solution. Nous avons ainsi opté pour un outil qui d’emblée a été pensé autour de la sécurité des données : on parle de privacy by design. Dans ce cadre, notre algorithme produit ses prédictions en local, aucune donnée ne sort du centre ou ne transite sur des serveurs externes. Nous sommes les seuls à avoir imaginé une telle intégration parmi nos concurrents en France. De même, dès lors que nous collectons des radiographies, pour l’entrainement de l’algorithme en amont de son utilisation, elles sont avant toute chose anonymisées. La certification CE est un gage de notre alignement sur les normes RGPD et la certification ISO 13 485 témoigne de notre engagement volontaire vers une démarche d’amélioration continue de nos processus. Je vous renvoie vers l’article de Patricia, notre responsable qualité et réglementaire pour en savoir plus !

Article paru dans la revue “Union Nationale des Internes et Jeunes Radiologues” / UNIR N°40

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