Actualités : GYNÉCO MAIS PAS QUE : Xavier et Mathilde, experts en physiologie et pathologie

Publié le 06 juil. 2022 à 15:28

Xavier et Mathilde nous racontent leur histoire ! Leur particularité ? Une double casquette car avant d’être gynécos ils étaient sage-femme. Un parcours atypique et surtout une volonté inébranlable.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ? et surtout ce qui vous a donné envie de changer de profession ?
MATHILDE :
J’ai 38 ans et je suis donc en 9ème semestre d’internat. J’ai exercé en tant que sage-femme pendant 4 ans après les études. Sage-femme (SF) m’a beaucoup plu avec un parcours également exigeant, parfois un peu à l’ancienne. À cette époque, je m’étais beaucoup engagée dans l’associatif, dont une année de présidence de l’ANESF (Association Nationale des Étudiants Sage-Femmes). En fait en arrivant en école de SF, il y avait beaucoup de choses que j’ai eu envie de changer et notamment le fait que sage-femme est une profession médicale mais sans parcours universitaire associé. On s’était battues pour que les 5 ans d’études soient sanctionnées par un diplôme de Master, que l’on puisse faire de la recherche et être considérées expertes en physiologie. Mais finalement, mon parcours d’étude a été plus centré sur la pathologie, sujet qui m’intéressait beaucoup. Et après mon diplôme, je suis partie faire de la PMA, un peu d’endocrinologie puis de l’échographie et enfin j’ai travaillé à la Pitié dans un service de pathologie maternelle prééxistante et grossesse. Puis quitte à faire de la patho, je préférais gérer mes patientes de A à Z et prendre les décisions. J’ai donc repris médecine, le projet n’était pas de faire de la gynéco initialement. Mais lors des stages, je me suis rendue compte que j’avais un truc avec la gynéco. Quand en réa ou rhumato, j’étais toute excitée de prendre en charge des patientes gynécos.

C’était évident ! Et je suis donc partie à Strasbourg faire mon internat. Être de l’autre côté de la barrière, la première année en obstétrique n’était pas toujours simple. En effet, j’avais 10 ans d’expérience d’obstétrique mais pas en tant que chef et ma place n’était pas facile à trouver. Donc, je suis partie vers ce que je ne connaissais pas du tout et me suis orientée vers la chirurgie et l’oncologie. J’ai toujours du plaisir à faire des gardes d’obstétriques mais ce n’est plus du tout mon dada.

XAVIER : Je suis aussi en 9ème semestre d’internat mais à Bordeaux. Pour ma part, j’ai fait mes 5 ans d’étude de sage-femme, puis j’ai travaillé un an. C’est vrai que pendant la formation de sage-femme la pathologie m’attirait énormément. De mon côté, j’ai vite ressenti que mon parcours allait continuer. J’ai donc repassé la PACES et suis reparti dans le parcours pour devenir gynécologue obstétricien. Pour mon choix d’internat, c’est vrai que j’ai hésité entre anesthésie et GO mais au vue de mon parcours antérieur, cela m’a semblé normal de partir en obstétrique. Les premières années au CHU se sont très bien déroulées. Il est vrai que les rapports avec les sages-femmes ne sont pas les mêmes et on aborde les choses un peu différemment. On se rend bien compte du champs de compétence de la sagefemme, de ce que l’on aurait fait nous-même en tant que sage-femme. De mon côté, j’ai trouvé le travail plus aisé quand on connait les rapports entre sage-femme et obstétricien. En tout cas, j’en garde un très bon souvenir. Après personnellement, j’ai une vision assez mixte de la formation. C’est-à-dire que je garde une casquette à la fois chirurgicale et obstétricale pour pouvoir être le plus omnipotent possible. Et peut-être dans un deuxième temps en post-internat voire pour une surspécialisation. Qu’estce qui m’a poussé à recommencer ? C’est les personnes que l’on rencontre à un instant « T ». Je me souviens d’un GO à l’Île de La Réunion qui m’avait dit que je posais beaucoup trop de questions pour un étudiant sage-femme et qui m’a encouragé à recommencer médecine.

Et c’est un peu de là que tout est parti. Et j’ai tout recommencé.

MATHILDE : Ah tu as refait la PACES. De mon côté, je suis passée par la passerelle. Comme j’avais mon diplôme j’ai pu faire une passerelle pour rentrer en 3ème année de médecine.

XAVIER : J’avais entendu dire que si l’on était refusé pour la passerelle, on ne pouvait pas se réinscrire en médecine. Et je préférais ne pas laisser mon sort dans les mains d’un jury de 12 personnes. Je me suis dit « si je ne suis pas pris, je ne suis pas pris. Je ne pourrai m’en prendre qu’à moi-même. ».

MATHILDE : Cela me faisait hyper peur car j’avais déjà « raté » deux fois médecine. C’était déjà blessant, et c’est vrai que ça a été dur de retenter le coup en prenant le risque d’une nouvelle veste. Mais, je ne voulais rien regretter.

Est-ce que vous avez le sentiment d’intégrer votre pratique d’ancienne sage-femme dans celle de gynécologue ? Si oui, de quelle manière ?
MATHILDE : Je ne serai pas le même médecin sans cela. Je pense que ça m’a apporté plus d’humanité et de lien dans le partage avec les patientes. Et dès le début de l’externat, j’avais déjà les codes de l’hôpital. Cela aide pour comprendre les ressentis.

XAVIER : J’intègre complètement mon ancien métier de sage-femme à celui de ma pratique professionnelle actuelle. Je pense qu’il y a un continuum entre la physiologie et la pathologie. Et c’est vrai que dans l’abord du couple, cela change les choses. De même, on a côtoyé le monde hospitalier très tôt dans la formation de sage-femme avec beaucoup de stages professionnalisant dès la première année et rapidement des responsabilités. Et j’appréhende la relation avec les SF de façon plus sereine car on connait bien les compétences de la SF et où elles s’arrêtent. Et d’ailleurs, on peut aussi leurs dire quand elles s’arrêtent trop tôt pour qu’elles puissent garder leur autonomie dans la prise en charge. Car c’est bien une profession médicale. C’est donc une chance à la fois dans la relation avec les couples mais aussi dans les relations professionnelles.

Est-ce que vous regrettez de temps en temps ?
MATHILDE :
Ça dépend, à deux semaines de ta thèse quand tu as une vie horrible tu te demandes « pour quoi j’ai fait ça ? ». Mais globalement, je suis contente de ce choix ! Même si c’est un sacré engagement ! À 38 ans, être bloquée 6 ans dans une ville sans savoir où tu iras ensuite. En termes d’organisation de vie, c’est peut-être un peu plus difficile à notre âge qu’à 30 ans. Et avec notamment un salaire identique à celui de SF mais pour un travail à 80 heures semaine (vs 35). Mais une fois à l’hôpital je suis hyper contente, les yeux écarquillés ! J’ai aussi hâte d’avoir un peu d’autonomie et mes propres patientes. C’est parfois long de la retrouver alors qu’on l’avait avant. Mais j’adore mon métier et j’ai hâte de me sentir dans une mini routine un peu plus reposée et détendue.

XAVIER : Contrairement à Mathilde, j’ai vite enchaîné et je n’ai pas travaillé 5 ans mais seulement un an. À l’heure d’aujourd’hui, j’ai toujours cette soif d’apprendre, je passe le DU de médecine fœtale et de PMA. Peut-être que ça va se tarir avec l’âge ! Et maintenant, en tant que Docteur Junior on a nos patientes, notre recrutement. Cette transition Interne-Dr junior permet de s’autonomiser et on voit la fin approcher. Mais, je te rejoins sur le fait d’être un peu moins dans le jus des mémoires, articles, thèse et de toujours courir après le temps. Aussi, notre spécialité demande beaucoup de temps si on veut performer dans ce que l’on fait. Si c’était à refaire, je referais exactement le même parcours.

Qu’est-ce que vous conseillez aux SF qui voudraient également se reconvertir ?
MATHILDE :
Je leur conseillerais de pas hésiter plusieurs années ! De bien réfléchir tout de même. Pour moi, le plus dur c’est de se lancer ! Il faut bien y réfléchir mais pas trop longtemps.

XAVIER : Je suis complétement d’accord. Comme dirait mon mentor, « un train ne passe qu’une seule fois donc il faut bien l’attraper au passage et ne pas le rater ». Il ne faut pas voir cette formation de GO comme une formation de 12 ans. Déjà il y a les passerelles ; et ensuite il y a l’internat où l’on est médecin en construction, mais médecin tout de même. Il faut néanmoins avoir un cadre aidant autour de nous ! Car après une indépendance financière, avoir un salaire d’externe, ça demande quelques sacrifices.

MATHILDE : Après il y a quelques combines ! Je n’avais pas trop le choix, je venais d’acheter un appartement sur Paris. Comme j’étais titulaire de la fonction publique, j’ai eu le droit pendant 2 ans à un congés de formation au SMIC, puis j’ai réussi à avoir une bourse/un mécénat de Pasteur Mutualité d’environ 700 euros par mois. Il y a des moyens de se débrouiller, il faut faire des dossiers bétons et demander du soutien pour votre projet. J’ai finalement réussi à continuer de faire mon externat et de rembourser mon appartement. Mais heureusement que j’étais à l’ANESF avant, ça m’a appris d'aller chercher des partenariats !

Autre chose qui vous tienne à cœur ?
MATHILDE :
Juste que ce n’est pas obligatoire de faire GO après ! Médecine générale ou gynéco médical c’est très bien également. C’est dommage de se focaliser sur la GO. Il y a plein de possibilités et plein de manières de s’épanouir dans son nouveau métier.

Cette interview est tirée de notre podcast Le « Micro du Gynéco » disponible sur toutes les plateformes de podcast. Il s’agit d’ un rendez-vous hebdomadaire d’une quinzaine de minutes spécialisé en gynécologie où l'on parle grossesse, échographie, accouchement, chirurgie, gynécologie médicale mais aussi quotidien de l'interne. Du partage d'expérience aux astuces de l'expert du domaine en passant par l’histoire de la gynéco. Alors profitez-en, sur le chemin de l’hôpital, entre deux blocs, en attendant une patiente, pour vous bercer avant une garde ! Toutes les occasions sont bonnes, quand on a 15 minutes.

Mathilde PELISSIE
Xavier AH-KIT
Alexane TOURNIER

Article paru dans la revue “Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France” / AGOF n°23

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