Gynéco mais pas que… Juju la Gygy

Publié le 1652820954000

Gynéco mais pas que… JUJU LA GYGY

Nous avons un métier passionnant mais certains ne s’en contentent pas et explorent en même temps d’autres horizons. Nous avons donc décidé de les mettre en avant !

J’ai eu l’occasion d’interviewer Juju la Gygy, gynéco obstétricienne mais également créatrice de contenu et autrice. Plus de 53 000 abonnés à son compte Instagram, son livre : Le guide gynéco joyeux et décomplexé est sorti tout récemment ! Ici elle nous livre son histoire.
As-tu une formation de Gyneco-Obst classique ?
Oui tout à fait, après un droit au remord de gastro entérologie j’ai suivi la maquette en vigueur à l’époque.

Depuis quand es-tu passionnée par le dessin, les arts plastiques ?
J’ai toujours été passionnée par le dessin, depuis petite j’en faisais en extra-scolaire et puis un peu plus tard j’ai pris des cours de nu. J’étais déjà fascinée par le corps humain avant de faire médecine en fait, je trouvais ça beau de dessiner le corps des gens et ça ne m’a pas quitté. Et puis au cours de mon internat avec les nombreuses heures de travail, les gardes sans repos à cette époque, j’avais besoin d’un exutoire. Je me suis mise à dessiner ce que je voyais à l’hôpital, les situations difficiles que je vivais, les choses qui me choquaient ou alors les anecdotes rigolotes. Je préférais les croquer plutôt que de les écrire, j’imprimais ma mémoire.

Tu as récemment publié un guide de gynéco à destination du grand public avec tes croquis en illustration, Comment est né ce livre ?
Un jour j’ai regardé tous ces carnets où je dessinais aussi mes aventures d’étudiante qui faisait le tour de France et qui rencontrait beaucoup de gens et j’ai eu envie d’en faire un livre.

Les seuls moments que j’ai eu pour souffler étaient mes grossesses, à chaque fois je me disais, il faut que je le fasse, il faut que je le fasse mais je n’y arrivais pas. A ma 3ème grossesse je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant j’allais passer à côté de ce projet qui me tient à cœur depuis toujours.

J’ai décidé de prendre une dispo de l’hôpital où j’étais PH pour me mettre à mi-temps dans un centre de santé et garder 2-3 jours par semaine pour dessiner, prendre des cours de BD et me faire accompagner pour mener à bien ce projet. J’ai monté tout un dossier éditorial etc. Et en fait ça a complètement foiré, je n’ai pas du tout trouvé d’éditeur.

Il me restait 3 mois sur la dispo que je m’étais donnée pour réussir mon projet. Et là, beaucoup de personnes m’ont conseillé de me mettre sur Instagram pour me faire repérer, me faire une vitrine en quelque sorte. Je t’avoue que je n’avais pas du tout envie, pour moi c’était un truc de jeune, ce n’était pas pour moi, mais comme je n’avais rien à perdre je m’y suis lancée et là j’ai été dépassée par l’ampleur que ça a pris. Des centaines puis des milliers de followers, une maison d’édition qui me dit oui, c’est la folie !

Tu es donc devenue une Instagrameuse ?
Oui enfin on partait de loin… Je suis arrivée complètement novice sur les réseaux, il m’a fallu 4 ou 5 postes pour comprendre qu’il fallait mettre mes dessins au format carré, j’ai ensuite appris ce qu’était un hashtag, le principe de tagger des gens etc. tout ça était très nouveau pour moi. Il n’y a pas si longtemps j’ai appris comment mettre de la musique sur une story ! Et puis j’étais réfractaire car je pensais qu’il y avait que des gens pas sympas sur les réseaux et finalement j’ai découvert beaucoup de bienveillance. Je reçois tous les jours des messages de gens m’encourageant dans ce que je fais, me remerciant pour ce que je leur apporte. Effectivement c’est quelque chose que je n’avais pas forcément vu avant de le faire mais tu rends un vrai service, tu démocratises et désacralises le savoir médical. Et même maintenant que j’ai réussi à sortir mon livre je n’ai pas envie d’arrêter.

Cela a-t-il eu un retentissement sur ta pratique de Gynéco-Obstétricienne ?
Non pas vraiment car j’ai réussi à garder l’anonymat malgré les nombreuses sollicitations et je préfère que cela reste ainsi. Ça me permet de garder une liberté dans mes story et de ne pas me sentir jugée par mes patientes.

Mais tu as un vrai rôle sur la démocratisation de la Gynéco-obstétrique, une spé plutôt perçue comme « hostile »
Effectivement je pense qu'avec ma page Instagram je peux aider de deux façons. D'abord en montrant un autre visage de la gynécologie que celui du vieux gynéco paternaliste misogyne qui, je l'espère, est une espèce en voie de disparition. Cette vague de gynéco bashing ne vient pas de nulle part, elle a des fondements, mais elle prend toute la place. A nous de montrer que les gynécos peuvent être sympas, bienveillants, abordables.

Et puis en montrant avec humour aux patientes notre métier, en expliquant ce qu'on fait, pourquoi on le fait, en rappelant aux femmes que notre objectif c'est leur santé, leur bien-être, on pourra avancer ensemble et elles auront moins peur de nous.

Les réseaux sociaux, c’est une autre façon de faire, on serait vraiment bête nous les gynécos de ne pas utiliser ces canaux là pour toucher les gens et faire de la sensibilisation. Il n’y a pas qu’en publiant dans une grande revue qu’on peut faire changer les choses.

A quoi ressemble un quotidien de GO dessinatrice et Instagrammeuse ?
Ça fait un an que je travaille deux jours par semaine dans une maison de santé où je fais de la consultation gynéco, de l’échographie et en plus des remplacements dans une maternité en salle de naissance pour ne pas perdre la main. Ça me permet de me dégager du temps pour dessiner, gérer la sortie du livre etc.

Ton activité sur Instagram est-elle rémunératrice ?
Jusqu'à maintenant j'ai refusé les nombreuses demandes de placements de produit ou les collaborations. Au départ Instagram a juste été ma vitrine afin d’avoir plus de crédibilité auprès des éditeurs.

Après, c’est devenu une activité assez chronophage et si je veux pouvoir continuer peut-être qu’il faudra que je valorise un peu ça, j'ai accepté un tout premier cachet pour des vidéos sur l'endométriose la semaine dernière !

Et la suite comment l’envisages tu ?
Je me laisse deux ans, pour éventuellement sortir un tome deux et voir ce que donne Juju la Gygy. Je ne voudrais pas non plus trop m’éloigner de ma pratique de Gynéco obstétricienne car c’est vraiment ce qui me plait et puis, Juju la gygy n’aurait plus la même légitimité.

Un message pour les internes de GO qui nous lisent ?
L’internat de Gynéco-Obstétrique est long et difficile, on a qu’une vie et ce n’est pas interdit d’en profiter !

Interview par
Léa DESCOURVIERES
Interne de GO à Lille

Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°21

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