
À l'origine du mouvement : l'examen du Projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, texte annuel qui fixe les grandes orientations budgétaires de la Sécurité sociale.
Ce PLFSS marque une rupture nette : il s'éloigne d'une logique fondée sur la confiance dans le jugement médical pour lui substituer des mécanismes de contrainte, de contrôle et de sanction. Pour de nombreux professionnels, il s'agit du premier PLFSS ouvertement à la fois anti-patient et anti-médecin.
Derrière ce texte budgétaire se cachent des choix politiques aux conséquences très concrètes : recul des droits des patients, atteinte à la liberté d'exercice, dégradation des conditions de travail et de formation, et donc impact direct sur l'accès aux soins des patients.
Parmi les points les plus contestés :
- Un ONDAM (Objectif National des Dépenses de l'Assurance Maladie) insuffisant, tant en ville qu'à l'hôpital. Cela se traduit par une pression accrue sur les prescriptions, une réduction de l'offre de soins avec un risque croissant de renoncement aux soins pour les patients. À l'hôpital, cela alimente également des tensions sur les durées de séjour, la qualité de la formation et la sécurité des prises en charge.
- Une stratégie de réduction du nombre d'affections de longue durée (ALD), notamment pour des pathologies fréquentes et coûteuses comme le diabète. En substituant une prise en charge dite « préventive », intéressante sur le papier mais mise en place de manière à restreindre l'accès aux ALD, le risque est de retarder ou d'éviter la reconnaissance en maladie chronique pour des raisons uniquement budgétaires.
- Le non-remboursement des prescriptions des médecins non conventionnés (secteur 3), sanctionnant injustement les patients.
- Une limitation de la durée des arrêts de travail, avec plafonds réglementaires et obligations de justification.
- Des pénalités financières pour les établissements jugés insuffisamment « efficients ». Cette pression financière directe est susceptible d'influencer les décisions médicales au détriment de l'intérêt du patient.
- Un encadrement administratif renforcé, notamment via le dispositif « France Santé », géré par l'État et les préfets. Il introduit une logique administrative et sécuritaire dans des structures jusqu'ici pilotées par les soignants, sans garantie réelle d'amélioration de l'accès aux soins dans les territoires sous-dotés.
- La modification ou suppression unilatérale d'actes par l'Assurance maladie, et une révision globale des actes médicaux où l'État conserve le dernier mot. Les médecins ne négocient plus le principe des modifications, mais seulement le prix des actes une fois la décision actée.
- Des sanctions pouvant aller jusqu'à 10 000 euros sont prévues en cas de non-utilisation du DMP, y compris sans conséquence clinique.
Du 5 au 15 janvier 2026, les internes et médecins ont suspendu leur activité et reporté leurs rendez-vous. Une manifestation nationale à Paris a eu lieu le 10 janvier, regroupant pas moins de 15.000 personnes.
Plus qu'un désaccord budgétaire, ce mouvement révèle une crise de confi ance profonde entre les professionnels de santé et les pouvoirs publics. Ce PLFSS ne se contente pas de réorganiser le système : il fait entrer l'État au coeur de la relation médecin-patient, en substituant des logiques budgétaires aux décisions médicales.
La mobilisation concerne l'ensemble des citoyens français. Elle se mène pour les patients, pour la qualité des soins, et pour l'avenir même de l'exercice médical.
À la suite de cette mobilisation, la ministre de la Santé a reçu l'ensemble des syndicats représentatifs lors d'entretiens individuels et a formalisé des engagements dans une lettre répondant aux principales revendications exprimées. Maintenant, les actes. Affaire à suivre…
Décret parentalité
Le 24 décembre 2025, un décret attendu de longue date a enfin été publié afin de mieux prendre en compte la parentalité dans le cursus des internes. Son objectif : permettre une meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, pour l'ensemble des internes, quelle que soit leur spécialité ou leur niveau de formation.
La première mesure permet aux internes devenus parents d'effectuer deux stages en surnombre validants après la naissance de leur enfant, contre un seul auparavant. Ces stages pourront être réalisés de manière consécutive. Ce dispositif permet d'aménager le parcours de formation sans désorganiser les services hospitaliers : en cas d'absence d'un interne en cours de semestre, l'effectif du service reste complet, garantissant ainsi la continuité des soins.
La seconde mesure répond à une difficulté fréquemment rencontrée par les internes enceintes ou jeunes parents. Jusqu'à présent, une absence supérieure à deux mois entraînait automatiquement l'invalidation du stage semestriel, y compris en cas de congé lié à la parentalité. Le décret porte désormais ce seuil de deux à trois mois pour les congés de maternité, de paternité et d'accueil de l'enfant, ou d'adoption. Cette évolution limite les situations injustes de redoublement de stage et sécurise les parcours de formation.
Il convient de rappeler que la validation du cursus repose à la fois sur la validation des stages et l'acquisition des connaissances et compétences. Celle-ci est prononcée par le directeur de l'unité de formation et de recherche (UFR), après avis du responsable médical du stage et de la commission locale de la spécialité.
Ce décret constitue une avancée majeure, fruit de trois années de travail et de mobilisation, et marque une étape décisive vers une formation médicale plus humaine, enfin compatible avec les réalités de la vie personnelle.

