Exercice professionnel : pour une meuf

Publié le 23 May 2022 à 08:24
#Urgences
#Médecin généraliste


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Pour une Médecine Engagée Unie et Féministe"

Nous sommes une toute jeune association féministe de soignant.e.s ou de soignant.e.s féministes, comme vous préférez. Créée en janvier 2017, l’association se donne pour objectif de lutter contre le sexisme dans le domaine de la santé, pour les soignantes et les patientes.
Les discriminations et violences sexistes sont présentes dans tous les domaines de la société et nous pouvons attester, en tant que soignant.e.s, que le domaine du soin n’est pas épargné. A cet égard, le sexisme devient particulièrement criminel, puisqu’il vient menacer directement l’accès aux soins et au « bon soin » des patientes mais aussi toucher les soignantes tout au long de leur formation et de leur exercice professionnel.

Nous pensons par ailleurs qu’il est indispensable de considérer les autres discriminations systémiques auxquelles nous faisons face et que nous exerçons parfois nous-mêmes : racisme, homophobie, discrimination de classe, transphobie, grossophobie… A ce titre, nous établissons comme principe d’écouter et de transmettre la parole des personnes concernées.
Pour identifier et reconnaître les manifestations de sexisme, aider les personnes victimes de sexisme et dispenser des soins féministes (c’està- dire à la fois dénués de sexisme et prenant en compte les violences de genre), plusieurs moyens d’actions sont envisagés : des formations, des actions dans les facultés ou auprès des professionnel.le.s en exercice, des supports d'informations, la défense des professionnelles et des étudiantes discriminées et la création d’espaces de paroles et de réflexions.

Et si vous vous demandez encore pourquoi, voici un aperçu de nos motivations :

Mais pourquoi donc nous sommesnous engagé.e.s dans lutte contre le sexisme dans le soin ?
« S'engager dans la lutte contre le sexisme dans le soin a été une nécessité en tant que patiente, étudiante, mais aussi professionnelle de santé, exerçant en tant que médecin généraliste en centre de santé municipal. En effet, à travers tous ces costumes, les occasions ne manquent pas d'illustrer ce sexisme et de s'en alarmer. Plus particulièrement dans le cadre du soin, où il est conjugué avec des inégalités sociales de santé préoccupantes, une pseudo-scientificité teintée de morale, des rituels initiatiques dégradants couverts par un héritage sexiste des générations précédentes (dans le cadre des études médicales par exemple). En tant que médecin, cette lutte fait aussi partie de ma formation professionnelle puisque, à tout moment, je peux être témoin, mais aussi actrice d'une violence institutionnelle qu'il est parfois difficile d'anticiper ou de reconnaître. Un travail de sensibilisation m'est donc paru personnellement nécessaire et, par extension, la transmission de ces réflexions semble indispensable pour éveiller les consciences. »

« Parce que la révolte. Marre des inégalités en général : de genre, d'orientation sexuelle, d'origine ethnique, de classe socio- économique... Mais on ne peut pas tout faire d'un coup ! Alors j’ai voulu prendre le problème par le bout que je connaissais le mieux : le domaine de la santé et le vécu de femme. Je pourrais raconter la fois où une gynéco m’a examinée, à 14 ans, vierge, nue de la tête aux pieds, avec spéculum et toucher pelvien (à ce jour, je ne sais toujours pas dans quel orifice vu qu’elle ne m’a rien expliqué) et, je l’ai appris plus tard, sans réelle nécessité médicale, ou le jour de ma soutenance de thèse 15 ans plus tard, où un enseignant de ma faculté a commenté la taille de mes seins devant d’autres personnes. Dans ces deux exemples, j’ai été humiliée et je n’ai rien dit, comme trop souvent. Je ne veux plus que ça se reproduise. Ni pour moi, ni pour d’autres.
C’est pour cela que je m’engage. Pour qu'on ne voie plus d'étudiante raillée, harcelée, insultée, agressée par leurs collègues ou leurs chefs, sous couvert "d'esprit carabin". Pour que les professionnelles de santé puissent aussi avoir la carrière qu'elles veulent, sans être rabaissées, sa ns devoir travailler deux fois plus que les hommes, qu'elles puissent avoir des enfants si elles le veulent, quand elles le veulent, qu'on n’entende plus à l'arrivée en stage ou en clinicat "je te préviens, t'as pas intérêt à pondre un gosse là", ou dans les réunions et les médias, que la féminisation de la profession médicale est la cause de tou s les problèmes. Pour que les femmes, toutes les femmes, puissent être soignées dans le respect, que leurs plaintes soient écoutées, leur douleur prise en compte, leur corps et leur intimité respectés... Bref, pour en finir avec cette médecine sexiste et paternaliste ! »

« Parce qu'en moyenne, 75 000 femmes violées chaque année, soit plus de 200 par jour. Parce qu'une femme tuée tous les 3 jours en France par son conjoint ou son ex-conjoint. Parce qu'une femme sur sept agressée sexuellement un jour dans sa vie. Parce que 24 % d'écart de salaire. La liste est encore bien longue et la lutte aussi. A ma toute petite échelle de sage-femme travaillant au Planning Familial et en centre de santé, je réalise que le domaine de la gynécologie, de la contraception, de la sexualité est une porte d'entrée pour discuter de ces inégalités et de ces violences subies (consciemment ou non) quotidiennement par les femmes que je rencontre. Ces violences nous façonnent en tant que femmes et guident certains (beaucoup ?) de nos choix. En discutant, en expliquant, il est possible de déconstruire cela, pas à pas. Une goutte d'eau dans l'océan, mais à plusieurs gouttes, ça compte. »

« Quand je suis arrivée à l'école de sage-femme, nos blouses comportaient une ceinture, supposée se nouer dans le dos pour cintrer la taille. Voilà, le premier truc qu'on m'a appris à l'hôpital, c'était qu'il était pertinent que je moule mes fesses dans ma blouse, là où naturellement les garçons de la promo se sont vus attribuer de confortables pyjamas. Blancs, les pyjamas, parce que porter du rose comme les filles ça les aurait décrédibilisés, même en tant qu'étudiants sagesfemmes. La deuxième chose que j'ai apprise, c'est que dans un bloc contenant une quinzaine de personnes, ça n'en a dérangé aucune qu'un médecin passe les deux heures de l'intervention à me raconter des histoires salaces que je n'avais nullement sollicitées, malgré mon malaise grandissant et par faitement visible. Et pour finir, j'ai appris que face à une gosse de même pas 14 ans enceinte, des soignants pouvaient simultanément la juger, l'humilier et fantasmer à voix haute sur elle. Cette première journée n'avait rien d'exceptionnelle : depuis 15 ans que je suis dans le milieu médical, je vois et je vis les violences faites aux femmes, qu'elle soient soignantes, soignées, en apprentissage. Nous sommes humiliées, rabaissées, insultées, agressées, violées, brutalisées, infantilisées, utilisées. Et je veux travailler à ce que cela cesse, pour moi, pour mes collègues, pour mes patientes, pour mes étudiantes. »

« On commence par grandir dans une société où l'inégalité entre femmes et hommes est une évidence dès la scolarité. On attaque ses études de médecine, en subissant remarques graveleuses et clichés en tous genres (quand ce n'est pas pire) et en voyant ce que l'on fait subir aux patientes, notamment en gynécologie. La bientraitance, pour l'avoir vue aussi, est si simple et évidente, mais trop souvent pour les femmes, on s'en fout de la douleur, de la pudeur, du consentement. Et puis on est patiente soi-même. Pour nous aussi on s'en fout de la douleur, de la pudeur, du consentement. Quand je suis devenue médecin généraliste puis jeune enseignante à la fac, je me suis dis que dans mon boulot, avec les femmes qui viennent me voir, avec les étudiant.e.s dont je m'occupe, j'aurais le devoir de proposer un espace bienveillant et un enseignement non discriminant. Mais faire quelque chose dans mon coin ne me suffit plus. Il me paraît important de lutter de manière plus globale contre le sexisme dans le soin, pour que cet espace qui doit être un espace sûr pour tou.te.s ne soit pas un lieu de mal-être et de discrimination. »

« Quand on est externe en médecine, il y a des passages importants, des rites. C'est ainsi que j'ai abordé ma première garde aux urgences. J'arrivais le matin à 9h00, je ne savais pas trop à qui me présenter. Les médecins qui nous avaient accueillis n'étaient pas là ce jour-là. J'avais ma blouse, mon stéthoscope. J'avais un peu peur mais j'étais fière aussi et impatiente de rencontrer des malades, les examiner, les soigner peut-être.
Quand je me suis présentée dans le poste de soins, personne ne m'a répondu. Puis quand je me suis de nouveau présentée d'une voix plus forte, un médecin, avec sa blouse blanche et son badge s'est tourné vers moi et m'a demandé si j'étais l'externe de garde. J'étais intimidée, j'ai répondu oui et demandé par où je devais commencer.
"Ton premier travail, c'est de sucer le psychiatre de garde." C'était lui le psychiatre de garde. Je suis restée un peu interdite. Je n’ai rien répondu bien sûr et je suis partie chercher quelqu'un qui pourrait me donner une réponse adaptée. Je n'ai rien répondu cette-fois-ci et beaucoup de fois par la suite. Je n'ai commencé à répondre que beaucoup plus tard quand je me suis sentie plus sécurisée par mon statut. Encore aujourd'hui, il m'arrive de ne pas répondre alors que je bous de rage à l’intérieur. Maintenant que c'est moi la psychiatre de garde, je vois malheureusement ce type de comportement se répéter tous les jours. En tant que femmes médecins, nous sommes constamment exposées à ce type de rappel à l'ordre à notre condition inférieure dans une société patriarcale qui valorise les hommes, juste parce qu'ils sont des hommes.
Dans ces conditions-là, difficile de ne pas voir le sexisme dans le soin. Ces patientes dont on pense qu'elles se plaignent toujours trop, qu'elles n'ont pas vraiment mal, qu'on traite comme des enfants ou pour lesquelles on choisit le mode de contraception... Aujourd'hui, j'aimerais participer, avec les membres de l'association, à changer le regard que la profession porte sur elle-même. Non, les médecins ne soignent pas tout le monde de la même façon. Ils ne sont pas indifférents au genre, à l'orientation sexuelle ou à la couleur de leurs patients comme ils aiment à le penser. Soigner tout le monde sans discrimination passe, pour moi, par la prise en compte des rapports de domination qui existent dans la société et qui forgent les préjugés, plutôt que par fermer les yeux et se penser au-dessus de ces problèmes. »

« Parce que l’impuissance et parfois la rage, devant les inégalités, les discriminations, les injustices, et qu’à un moment donné, ces sentiments doivent se transformer en une énergie plus positive. Parce que j’ai rencontré des personnes formidables, militant.e.s ou non, qui m’ont mis sur les rails de la déconstruction. Parce que j’ai observé des attitudes sexistes, racistes, homophobes, grossophobes (…) envers les patient.e.s et les soignant.e.s, parce que j’ai moi-même été maltraitant pendant mes études et ma pratique professionnelle, et que non seulement je veux faire de mon mieux pour ne pas recommencer mais surtout, désormais enseignant à la faculté et auprès des externes à l’hôpital, je me dois de réfléchir à ces comportements et tenter de faire cesser leur reproduction. Parce que la prise de parole et l’écoute sur ces sujets sont indispensables, et seront le terreau d’actions concrètes et d’un changement nécessaire. Aider les soignant.e.s et futur.e.s soignant.e.s à cheminer, à prendre conscience des dérives de leurs pratiques, aider les patientes à ne plus avoir à les subir. »

« Parce que, durant les études de médecine, on est confrontées en permanence au sexisme, comme un rappel de notre place, dès l'arrivée sur les bancs de la fac. Par l'esprit carabin et ses chants, les remarques de certains profs. Puis, arrivée à l'hôpital, piqûre de rappel. Les remarques incessantes de quiconque situé audessus de soi dans la hiérarchie, à qui on ne sait pas répondre d'emblée et surtout, à qui l'on n'ose pas répondre. Les patientes infantilisées, jugées et que l’on n’informe pas jusqu'au bout. Parce que la situation de soin est une situation de particulière vulnérabilité pour les patient.e.s, à laquelle il n'est pas besoin d'ajouter de facteurs aggravants, mais aussi un de rares moments pour apprendre à se connaître, le moment aussi de faire des choix pour soi. Lutter contre le sexisme dans le soin c'est permettre que ce moment se passe le mieux possible. Et ça passe par la reconnaissance et la lutte contre la domination, qui, si elle s'exerce sur toutes les femmes dans la société, trouve sa déclinaison en médecine envers les patientes et envers les étudiantes et les professionnelles de santé. »

« La pire période a été pendant mon stage d'orthopédie en tant qu'externe. J'avais pris la première garde. L'interne arrive derrière moi (je ne l'avais jamais vu) et m'appelle "ma petite" en me mettant les deux mains sur les épaules. Je me retourne et lui dit calmement : "Ce n'est pas indispensable de me tripoter". Il se dresse de toute sa hauteur (j'étais toujours assise et il faisait deux fois mon poids et une fois et demi ma taille) et me dit : "Ici il va falloir t'habituer : tu vas te faire tripoter, tu vas te faire violer". Bienvenue en stage.....
La guerre a donc commencé. Un des chefs a décidé qu'il ne voulait pas m'enseigner quoi que ce soit, étant donné que je n'étais pas "sympa". Un autre m'a lancé, devant une tablée d'internes et de chefs hilares (tous des hommes) : "Ah bon il a dit qu'il te violerait ? S'il te viole, j'espère qu'il nous appelle !" Le numéro deux du service, quand je me suis plainte "Ben oui mais c'est toi qui est agressive..." (Oui. Les menaces de viol sérieuses ou non me donnent envie de tuer, c'est vrai).
Le chef de service : "Ah tu sais pas ce que c'est que ce nerf ? T'as pas ton stage. T'inquiète il y a une succion de rattrapage."
Je ne dormais plus et ne mangeais plus. Mon copain de l'époque ne pouvait plus me toucher : s'il essayait de me prendre dans les bras la nuit je le frappais et je pleurais dans mon sommeil.
J’étais confrontée toujours à la même réaction, y compris de la part d'autres étudiant.e.s : c'était moi qui avais un problème avec le sexe, fallait pas être si coincée, enfin ! Ça va, c'est juste des mots... Toujours cette confusion absurde entre le sexe et la violence, entre le rire et la domination, entre la taquinerie et le rapport de force. Une étudiante m'avait dit "Nan mais t'inquiète pas, c'est pour voir si tu supportes les remarques... Genre, tu vois, en grande visite il (le chef de service) va t'appeler 'salope'..."
C'est une "remarque" les injures sexistes ? Dans le même service, les internes se vantaient de faire une "étude" sur la découpe des poils pubiens, avec des photographies de la vulve et du pubis des patientes endormies...
J'ai hurlé pendant 3 mois. Je ne laissais rien passer. Je me suis épuisée. J'ai découvert en moi une haine et une agressivité que je ne me connaissais pas. C'est la seule fois de ma vie que j'ai voulu du mal à quelqu'un, que j'ai souhaité porter atteinte à son intégrité physique.
Le Doyen, que j'ai fini par aller voir, a fait un courrier, une petite circulaire : "Veuillez noter que des attitudes qui étaient acceptables autrefois ne le sont plus et que certaines sont passibles de poursuites" quelque chose comme ça. Ça a bien fait rire mon chef de service qui l'a lue à haute voix devant ses médecins au staff lors de mon stage suivant.
Cette culture est intégrée par la fac, l'hôpital et les étudiant.e.s. C'est notre culture sexiste classique, elle n'est pas propre à la médecine mais elle y est tout aussi toxique. Culture du viol, confusion entre sexe ("c'est juste des blagues de cul") et violence (menaces de viol). L'omerta fait que se défendre vous isole et vous retire le droit à l'enseignement. Avoir osé élever la voix vous stigmatise et vous suit pendant les stages qui suivent. Les recours sont inexistants ou inefficaces. Il est temps que ce fonctionnement cesse. »

« On ne nait pas féministe. On le devient.
Je croyais ne pas être féministe. En tout cas pas militante.
Ma mère a eu dix-huit ans en soixante-huit. Comme des milliers de femmes, elle a avorté. Elle a pris la pilule. Elle s’est mariée et elle a divorcé. Puis elle s’est remariée. Moi je suis arrivée bien après.
A cette époque, le SIDA avait remplacé depuis longtemps les fleurs et les jupes en chanvre.
Plus tard, je rentre en fac de médecine. Première année. Fille ou garçon, tous les autres sont des adversaires potentiels dans la course à l’obtention du précieux sésame : le concours de P1.
J’ai vingt ans. Je suis externe. Je découvre la douleur, la maladie et la mort. Je découvre l’impudeur des visites professorales, la maltraitance ordinaire des patients. Hommes et femmes.
Je découvre les épouses, les filles, les soeurs, mais également les frères, les fils, les maris.
J’ai vingt-trois ans. Me voilà interne. A l’hôpital, rien n’a changé. Sur le net, en revanche, je lis des médecins, des blogueurs, des patientes. Je réalise que je ne connais rien à la gynécologie. Je réalise que les autres médecins autour de moi n’en savent, pour la plupart, pas beaucoup plus que moi. Et les patientes non plus.
J’ai vingt-six ans. Je suis médecin généraliste remplaçante. J’arrive en consultation de gynécologie auprès du Docteur Pudeur, avec mon livre de Martin Winckler, les photos du blog de Borée, et je lui dis : « Je veux que vous m’appreniez à examiner les femmes sur le côté. Je veux apprendre à faire quelque chose pour que ELLES se sentent mieux, je veux faire quelque chose pour que ELLES n’hésitent plus à venir consulter. Je veux faire quelque chose pour ELLES. »

J’ai vingt-sept ans. Je suis toujours médecin généraliste remplaçante. Mais pour certaines d’entre-elles, je remplace aussi leur gynécologue. Parce que le village le plus proche est à 40 km. Parce que la dernière fois ça s’est mal passé. Parce qu’avec le Docteur Remplacé elles n’osent pas. Parce que je suis la remplaçante et que j’ai un peu plus de temps, et que je le prends. Parce qu’avec elles le contact passe bien (et que celles qui ne m’apprécient pas vont voir ailleurs, et c’est bien mieux comme ça). Au milieu des rhinos et des gastros, des diabétiques et des hypertendus, j’aime ces consultations longues. J’aime expliquer que non, la plupart du temps, l’examen gynécologique n’est pas indispensable. J’aime donner aux femmes le choix de leur contraception, leur expliquer ce qui existe et leur dire « Bon, et vous, laquelle vous plairait le plus ? »
Avec Pilar, 21 ans, qui ne voulait pas avoir de rapports sexuels avant son mariage. Vraiment pas du tout. Sauf que là, avec son copain, il y a quinze jours, elle en a eu envie. Vraiment envie. Alors elle l’a fait. Et c’était bien.
Avec Yamina, 28 ans, qui va se marier le mois prochain et qui voudrait une contraception. Ce jour-là, ça sera sa première fois. Et elle a un peu peur.
Avec Eloïse, 16 ans, qui vient pour son renouvellement de pilule. Elle la prend depuis 2 ans, depuis qu’elle a des rapports sexuels avec son copain en fait. On parle plaisir, baisse de la libido, préliminaires. Elle est super à l’aise. Elle a l’air tentée par le D.I.U au cuivre.
Avec Chloé, 20 ans, qui s’assoit du bout des fesses sur la chaise à cause de la douleur. Première poussée d’herpès génital. Je l’examine, rédige son ordonnance. Elle me dit qu’elle est inquiète pour sa copine.
Avec Julie, 23 ans, qui a une mycose.
Avec Valentine, 22 ans, qui a arrêté sa pilule parce qu’un médecin lui a dit que c’était grave qu’elle n’ait pas ses règles avec les comprimés. Et qui ne lui a rien proposé d’autre. Et qui vient me voir avec son copain pour faire une IVG…
Avec Nadia, 25 ans, qui prenait une pilule de 3ème génération sans raison particulière et qui en préfèrerait une de 2ème génération. On discute des risques inhérents à chaque contraception. Elle me demande, si simplement, « Mais, pourquoi les médecins les ont prescrites, alors, les pilules de 3ème génération..? ».
Avec Florence, 45 ans, qui voudrait retirer son Mirena parce qu’elle en a tous les effets indésirables. Elle a attendu parce qu’on lui a dit que ça irait en s’améliorant mais que là, quandmême, un an, ça commence à bien faire. Et qui vient parce que sa gynécologue ne veut pas lui retirer pour en changer.
Avec Lucie, 18 ans, amenée par sa cousine pour « que je l’examine » et qui se tortille sur sa chaise. Qui se détend quand je lui dis que je ne vais pas l’examiner car elle n’en a pas besoin.
Avec Fatou, 18 ans, qui tourne autour du pot en me disant qu’elle n’est pas sûre d’être vierge. Qui tourne et retourne et moi, bêtement, dans ma tête qui me dis « ah… elle a fait des "préliminaires" et elle ne sait pas trop où elle en est… » juste au moment où elle me lâche : « … parce que je sais pas si ça compte comme un rapport sexuel le fait que j’ai été violée à l’âge de 7 ans. ».
Finalement, je ne sais plus bien si je suis devenue féministe POUR les patientes, ou GRÂCE aux patientes. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui je le suis pour les femmes. »

Si vous vous retrouvez dans nos constats et notre volonté de lutter contre le sexisme, n'hésitez pas à nous rejoindre ! https://www.pourunemeuf.org/

Article paru dans la revue “Le Bulletin des Jeunes Médecins Généralistes” / SNJMG N°18

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