Dossier : 4ème année de mg ce que l’on a obtenu, ce qu’il reste à faire

Publié le 1681231624000

 

L’ISNI et les internes se sont mobilisés contre la 4e année en MG et la coercition de stage en zone sous-dense. C’est la première fois que tous les syndicats de médecins seniors se sont mobilisés à nos côtés. C’est aussi la première fois que le gouvernement passe en force un article (49.3) sur la modification de l’internat sans nous consulter. On revient sur cette mesure très contestée et sur ce qu’a obtenu l’ISNI pour les futurs internes en MG.

« On nous avait dit que nous travaillerons ensemble et que ce serait co-construit. Cela n’a pas du tout était le cas. C’est irrespectueux vis-à-vis des internes », s’insurge Olivia Fraigneau, présidente de l’ISNI. « Cette réforme, nous ne nous y attendions pas car nous étions toujours en discussion sur la réforme du 3e cycle avec l’évaluation des spécialités les unes après les autres. L’évaluation de médecine générale n’était pas fi nie quand cette décision est tombée. Nous l’avons vécu comme une attaque délibérée ! », ajoute Maxime Cumunel, délégué général de l’intersyndicale. La 4e année de MG est présentée, par le gouvernement, comme LA solution au manque de médecins généralistes et à la désertification médicale… « Cette année supplémentaire de formation permettra aux internes généralistes d'effectuer des stages longs en cabinet médical, en priorité dans des déserts médicaux1 », communique le gouvernement. Mais pour l’ISNI cette réforme est destinée à instrumentaliser les médecins en formation pour répondre, à moindres frais, aux problèmes d’accès aux soins. « On sait que les médecins qui s’installent dans des zones sous-denses sont, en grande partie, originaires de ces territoires. La vraie question est bien plus complexe : comment donner envie aux jeunes de ces territoires de faire médecine ? Comment les accompagner dans leurs études financièrement si leur famille ne peut pas quand on sait le nombre d’années que demande médecine ? C’est cette question qu’il faut poser ! » met en avant Maxime Cumunel.

L’engagement syndical paye !

Dès l’annonce d’une 4e année de MG et d’une coercition de stage en zone sous-dense, l’ISNI s’est mobilisée dans la rue et auprès des cabinets ministériels. Des manifestations de milliers d’internes, un peu partout en France, soutenus par les syndicats de médecins seniors. Une mobilisation largement couverte, à chaque fois, par les médias : tv, radio, presse écrite nationale et régionale, web… « Grâce à cette mobilisation, la coercition d’installation est tombée ! », rappelle le délégué général. « La mobilisation et l’engagement syndical, ça paye ! » clame-t-il. Les internes ont démontré au gouvernement qu’ils étaient unis, engagés et parlaient d’une seule voix. L’ISNI a fait reculer le gouvernement sur 2 points : 1. La 4ème année sera effectuée en stage sous autonomie supervisée par un ou plusieurs praticiens, maîtres de stage des universités (MSU) agréés.

La zone sous-dense du stage n’est plus obligatoire, elle s’est transformée « en priorité ». L’ISNI continue d’interroger le gouvernement sur les points pratiques sur lesquels cette réforme fait l’impasse :

  • Où trouver les maîtres de stage universitaires (MSU) supplémentaires alors que les Départements de Médecine Générale peinent déjà à trouver suffisamment de MSU pour encadrer les 12 mois de stage ambulatoire ?
  • Comment rémunérer ces MSU ?
  • Qu els seront les moyens alloués pour faire passer toutes les thèses des internes en MG à la fi n de leur 3e année avant d’entamer leur 4e année sous le statut de docteur junior ?
  • Qu elle sera l’indemnisation en termes de logement et de frais de transport pour les internes en 4e année de MG ?

Frise Chronologique
26 septembre 2022 : Dépôt du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2023.
14 octobre 2022 : Premier appel à la grève de tous les internes de France.
28 oct – 1er novembre : Grève des internes.
14 et 17 novembre : Grève.
23 décembre 2022 : Promulgation du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2023.
16 janvier 2023 : Adoption du PLFSS dont l’article 37 sur la 4ème année d’internat de médecine générale.
Été 2023 : Décret sur les modalités précises d'application de la 4ème année.
Novembre 2023 : Les internes qui entrent en MG ont 4 années de formation.

Mobilisation inédite de tous les syndicats séniors
Les syndicats de médecins nous ont soutenu contre cette 4e année et contre la coercition de stage en zone sous-dense : MG France, la CSMF, la FMF, le SML Reagjir, Jeunes Médecins, l'UFML-S, Avenir Spé-Le Bloc, le Syndicat des praticiens des hôpitaux public (SPHP), l'intersyndicale Action praticiens hôpital (AP H). L’URPS des médecins libéraux d’Ile-de-France a aussi pris position du côté des internes. Dans un communiqué, elle a souligné que dans un « système en pénurie, toute mesure coercitive ne produira aucun effet, le manque de médecin est global et aucun territoire n’est réellement épargné. ».

Les séniors nous soutiennent

MG-France - Dr Jean-Christophe Nogrette – Porte-parole
« On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif »

« La coercition d’installation, c’est complétement absurde, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ». On a fabriqué trop peu de médecins depuis trop d’années. On ne peut pas forcer les jeunes à s’installer dans des déserts médicaux, là où il n’y a rien ni maître de stage. Il manque déjà des MSU, qu’est-ce qui est prévu pour cette année supplémentaire ?

Être MSU est un véritable sacerdoce. Il faut de la place pour accueillir un externe ou un interne et du temps. Et puis, c’est très mal payé, d’autant plus que l’on est payé 6 mois à un an par la faculté… On traite mal les médecins généralistes mais on traite mal aussi les internes en MG… ».

URPS Île-de-France – Dr Valérie Briole – Présidente
« Il faudrait doubler les promos d’internes pendant trois ans ! »

« Nous avons soutenu les internes en médecine dans leur positionnement contre la 4e année en MG car ajouter une année c’est seulement retarder l’installation. Cette 4e année n’est pas une solution au manque de médecins en France. Pour retrouver le niveau de 2010 en démographie médicale, il faudrait doubler les promos d’internes pendant trois ans ! La question de la démographie médicale est au cœur de nos préoccupations. Nous sommes en discussion chaque année avec l’ARS pour les besoins en nombre d’internes sur l’IDF. L’année passée, nous demandions 150 0 internes, l’ARS a tablé sur 120 internes. Finalement, le ministère a accordé seulement 17 postes… Il y a un vrai manque de médecins en Île-de-France qui va encore s’accentuer ces prochaines années car 25 % des médecins libéraux en exercice ont plus de 65 ans et 50 % plus de 60 ans !

Qu ant à la coercition d’installation, c’est un non-sens, l’Île-de-France, la France entière est un désert médical. ».

CSMF – Dr Franck Devulder – Président
« La coercition d’installation va à l’encontre de notre liberté de médecin libéral »

On a soutenu les internes en médecine pour une raison simple : on travaille pour l’avenir de la profession, en lien avec les jeunes. Si l’on ne tient pas compte de l’évolution du métier, de la société et des aspirations des jeunes générations de médecins, on se trompe.

Au sujet de la 4e année d’internat en MG, nous ne sommes pas opposés. En revanche, nous répétons que toute réforme qui touche les internes doit se faire en concertation avec les internes !

Nous trouvons scandaleux et dangereux de vouloir placer des internes dans des territoires où il n’y a plus de médecins ! Et puis, qu’est-ce que cela veut dire un territoire sous-doté ? 87 % de la France est un désert médical ! Il y a une deuxième chose : on ne contraint pas un jeune à s’installer dans un territoire. Le contraindre, c’est le dégoûter, y compris de la pratique médicale !

Quant à la coercition d’installation, même si la proposition est pour le moment écartée, nous sommes farouchement opposés car cela va à l’encontre de notre liberté de médecin libéral. D’ailleurs, je me souviens d’un texte paru dans Le Quotidien du médecin qui faisait référence à l’Allemagne d’un confrère qui y avait exercé. Il évoquait la coercition d’installation des médecins dans les Länder mais dans un contexte très différent. En effet, il y avait plus de médecins que de postes. La coercition d’installation avait été demandée par les médecins eux-mêmes afin de répartir plus équitablement les patients.

Si on persiste dans cette voie en France, cela ne marchera pas ! Le gouvernement doit se poser les bonnes questions : comment attirer plus de jeunes dans les études de médecine, de tous territoires et toutes classes sociales ? Mais cela demande de repenser l’accès aux études de médecine…

1-Viepublique.fr, https://www.vie-publique.fr/loi/286796- proposition-de-loi-retailleau-4e-annee-dinternat-enmedecine- generale

Article paru dans la revue « Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes » / ISNI - N° 30

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