Actualités : Comment je vis mon endoc-nut… Au pays du pain de sucre - Ma carrière d’endocrino à Rio de Janeiro

Publié le 13 janv. 2026 à 12:59
Article paru dans la revue « GÉNÉRATION S ENDOC » / Génération Endoc'Nut N°4

Simone do Valle, médecin brésilienne, nous partage son parcours et son exercice médical en tant qu'endocrinologue à Rio de Janeiro.

Pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Simone DO VALLE. - J'ai 43 ans, j'ai grandi dans une ville balnéaire appelée Cabo Frio, près de Buzios. C'est l'une des villes préférées de Brigitte Bardot. Nous avons m.me un festival de cin.ma en hommage. L'actrice française. Je suis allée. Rio de Janeiro pour faire des études de médecine, o. je suis installée jusqu'. Aujourd'hui. Donc, la plage a toujours fait partie de ma vie. Cette année, je vais fêter mes vingt ans de carri.re en médecine. J'ai choisi l'endocrinologie, fascinée par le rôle des hormones, qui orchestrent l'interconnexion de tous les systèmes du corps et assurent son interaction avec l'environnement.

Quelles études pour exercer l'endocrinologie dans votre pays ?

S. D V.- Au Brésil, le cursus général de médecine dure six ans. Pour se spécialiser en médecine interne, il faut passer un premier examen et suivre une formation de deux ans. Ensuite, un deuxi.me examen est nécessaire pour accéder. La spécialisation en endocrinologie, qui dure également deux ans. Certains médecins choisissent de poursuivre un master et un doctorat après leur spécialisation, mais cela n'est pas obligatoire. Juste après la fin de ma formation en endocrinologie, j'ai décidé de partir en France pour effectuer un DSMA, avec six mois en diabétologie et six mois en nutrition. La Pitié- Salpêtrière. Cette expérience a été extrêmement enrichissante et a joué un rôle essentiel dans ma formation en tant que médecin. C'était aussi une expérience formidable de vivre en France pendant cette période !

Pourriez-vous nous expliquer rapidement le système de santé ?

S. D V.- Au Brésil, le système de santé est public et universel, mais il souffre d'un sous-financement important et demeure largement insuffisant. Certains médicaments pour les maladies les plus courantes sont subventionnés, mais la majorité des traitements restent à la charge des patients. Prenons l'exemple du diabète de type 1 : l'insuline disponible gratuitement est un médicament obsolète, et la pompe à insuline, très coûteuse, ne peut être obtenue que par voie judiciaire. En revanche, dans le secteur privé., les Brésiliens bénéficient d'un accès aux traitements les plus modernes, équivalents à ceux proposés en Europe et aux États-Unis.

Quels sont les modèles d'exercice pour un endocrinologue dans votre pays ?

S. D V.- Au Brésil, la majorité des médecins exerce dans un syst.me mixte. Il est possible de travailler à la fois dans le secteur public et de consacrer une partie de son temps à une activité privée. Les médecins peuvent également être affiliés aux assurances santé. Dans ce modèle, les patients cotisent auprès de leur assurance, qui prend en charge une partie ou la totalité des honoraires médicaux en fonction du contrat souscrit. En endocrinologie, la plupart des praticiens exercent en cabinet libéral. Cependant, il existe également des services d'endocrinologie de haute complexité au sein des hôpitaux universitaires, qui sont publics.

Comment exercez-vous ?

S. D V.- Au début de ma carri.re, j'ai exercé en tant que médecin généraliste, travaillant principalement dans les services d'urgence et de soins intensifs. Cette expérience m'a permis d'acquérir une expertise clinique et de développer des compétences essentielles dans la prise en charge des patients complexes en endocrinologie. Aujourd'hui, j'ai mon propre cabinet privé et, parfois, j'accompagne mes patients lorsqu'ils sont hospitalisés. La dernière fois que j'ai exercé dans le système public remonte à la pandémie. En général, mes patients proviennent de l'arrondissement o. se trouve mon cabinet.

Après la pandémie, il est devenu possible d'effectuer des consultations en ligne, ce qui permet aujourd'hui de suivre des patients dans différentes villes du Brésil et même à l'international.

Une grande différence entre le Brésil et la France est que le Brésil est le treizième pays au monde en termes d'utilisation des réseaux sociaux. Ainsi, les médecins sont très présents sur Internet. Je consacre une partie de mon temps à publier du contenu sur mon site web et sur Instagram.

Après vingt ans d'exercice en médecine, je peux désormais travailler exclusivement en semaine, sur des horaires de bureau. Je ne fais plus de gardes, mais j'ai tout de m.me l'impression de travailler beaucoup, car les patients sollicitent fréquemment les services de messagerie sur leur téléphone portable. Cette situation peut parfois être contraignante, et nous cherchons actuellement à instaurer un meilleur à équilibre entre disponibilité et gestion du temps.

Quelles pathologies prenez-vous en charge ? Qu'est-ce qui est le plus fréquent ?

S. D V.- Aujourd'hui, je travaille principalement avec des femmes en ménopause ainsi que dans le domaine de la gestion du poids. La ménopause est une spécialité qui m'a toujours passionnée et qui m'apporte une grande satisfaction en observant l'amélioration de mes patientes. Ces dernières années, les recherches et les approches thérapeutiques ont considérablement progressé, nous permettant d'offrir des alternatives bien plus sûres et efficaces pour la prise en charge de la santé des femmes. La gestion du poids constitue également une part essentielle de mon travail. Les nouveaux traitements ont considérablement progressé, et j'ai enfin le sentiment d'offrir à mes patients une prise en charge optimale.

Y a-t-il des spécificités pour la prise en charge / remboursements des patients ?

S. D V.- Certaines assurances santé, notamment celles proposées par les entreprises, offrent la possibilité d'un remboursement pour le suivi médical. En revanche, les assurances souscrites individuellement offrent généralement moins d'avantages. Dans ce cas, le patient n'a pas la liberté de choisir son médecin et doit consulter uniquement les praticiens affiliés au réseau de l'assurance.

 

Les patients peuvent-ils venir en consultation directement ou est-ce qu'il faut qu'il soit adressé ?

S. D V.- Dans le cadre privé et des assurances médicales, les patients ne sont pas obligés de consulter leur médecin traitant avant de voir un spécialiste.

En revanche, dans le syst.me public, le patient doit consulter un médecin généraliste avant d'être orienté vers un spécialiste.

Quelles sont vos relations avec les autres spécialités ? Avec les autres endocrinologues ? dans votre pays ou ailleurs.

S. D V.- En France, nous envoyons fréquemment des courriers aux autres spécialistes. J'ai adopté cette habitude et j'envoie systématiquement des lettres aux confrères concernés. En cas d'urgence, j'utilise néanmoins le système de messagerie sur mobile pour assurer une communication plus rapide. Les spécialités avec lesquelles je suis le plus en contact aujourd'hui sont la gynécologie, la psychiatrie, l'orthopédie, la chirurgie bariatrique et la cardiologie. Après la pandémie, j'ai pris l'habitude de suivre des formations en ligne. Je continue donc à me former régulièrement sur Internet, car cela est particulièrement pratique pour les parents de jeunes enfants.

Cependant, je ne renonce pas aux congrès en présentiel, car je trouve essentiel de rencontrer mes confrères pour échanger des expériences et actualiser mes connaissances. Mais c'est mon choix, ce n'est pas une obligation. Je continue à changer des expériences avec des médecins en France et aux États-Unis. Je trouve particulièrement intéressant de suivre l'évolution de la science et des pratiques de soins dans d'autres pays, notamment en ce qui concerne la ménopause, un sujet encore largement débattu.

Une anecdote ou une spécificité ?

S. D V.- En tant qu'endocrinologue, je ne traite pas uniquement des femmes, mais aussi des patients hommes. Il m'est déjà arrivé de recevoir des culturistes souhaitant que je leur prescrive des hormones à des fins esthétiques. Il a été particulièrement difficile d'expliquer que l'utilisation de ces substances à des fins non médicales pouvait avoir de graves répercussions sur la santé. Un jour, un patient qui s'auto-administrait des hormones est venu me consulter avec un taux de testostérone supérieur à 3000 ng/dl. J'ai presque perdu mon sang-froid !

Y a-t-il des questions ou des habitudes qui vous semblent propres à votre pays ?

S. D V.- Au Brésil, les patients peuvent consulter directement un médecin spécialiste sans avoir à passer d'abord par un médecin généraliste, ce qui facilite considérablement l'accès aux soins spécialisés. Un phénomène intéressant qui prend de l'ampleur est le choix des médecins via les réseaux sociaux. Les praticiens qui partagent leurs résultats en images attirent davantage l'attention et gagnent en visibilité. Toutefois, le médecin le plus suivi sur Internet n'est pas nécessairement le plus compétent. C'est pourquoi, ici, il me semble essentiel que les professionnels de santé investissent également l'espace numérique afin de diffuser une information fiable et de qualité. Cette présence en ligne permet d'avoir un impact indirect sur la vie de nombreuses personnes, y compris celles qui ne consultent pas directement le médecin concerné.

Pouvez-vous nous parler d'un cas dont vous êtes particulièrement fier ?

S. D V.- Je suis particulièrement fière de mon engagement actuel dans le domaine de la ménopause. Il est extrêmement gratifiant d'accompagner les femmes dans cette phase de leur vie et de les voir retrouver leur vitalité, leur bien-être et leur confiance en elles.

Je me demande si la société est réellement prête à accueillir cette nouvelle génération de femmes qui pourraient bénéficier d'un traitement hormonal prolongé. Plus qu'une avancée médicale, cela accompagne une évolution naturelle des mentalités.

Dr Simone DO VALLE
Médecin endocrinologue
Rio de Janeiro
Brésil

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