Actualités : nouvelle charge du Pr SIBILIA à l'encontre des jeunes médecins

Publié le 23 May 2022 à 11:06
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Début septembre 2018, les propos sur les jeunes médecins tenus par le président de la conférence des doyens, le Pr Sibilia, déclenche une vague de réprobations en premier lieu chez les organisations de jeunes médecins mais aussi chez d'autres organisations médicales comme le Conseil de l'Ordre. Une seule organisation va au-delà de la réprobation et demande des excuses publiques.

Le mépris
« Si les étudiants en médecine et les jeunes médecins avaient plus de valeurs citoyennes et républicaines et rendaient ce qu’ils ont reçu... Il n’y aurait plus de problèmes de démographie médicale ». Quand de tels propos ont-ils pu être tenus ? En 1967 ? En 1939 ? Non : le 5 septembre 2018 !

Qui les a tenus ? Selon Philippe Leduc (1), ce serait le premier responsable (hors ministères) de la formation initiale des médecins : le président de la conférence des doyens des facultés de médecine !

Qui occupe ce poste ? C’est le Pr Jean Sibilia, Doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg. C’est ce médecin hospitalo-universitaire qui pour son premier entretien médiatique après son élection à la présidence de la conférence des doyens a tenu des propos équivoques sur les suicides d'internes de médecine et sur les risques psycho-sociaux encourus par les étudiants en médecine (2).

C’est ce médecin hospitalo-universitaire qui vient de cosigner, avec le président de la conférence des doyens des facultés de pharmacie et celui de la conférence des présidents d'université, un communiqué défendant le rôle de l’université dans "un enseignement rigoureux des médecines alternatives et intégratives" qui n’ont pas apporté de preuve scientifique d’une action au-delà de l’effet placebo (3).

C’est ce médecin hospitalo universitaire qui a perçu au moins 152 956 euros (4) des laboratoires pharmaceutiques (allo et homeopathiques) alors que la conférence des doyens avait voté en 2017 une charte éthique sur l’indépendance des facultés de médecine (4).

Et c’est enfin, le responsable médical qui va prochainement présenter ses excuses publiques auprès des étudiants en médecine et des jeunes médecins.

Et si ces excuses ne viennent pas, le SNJMG, en tant que syndicat indépendant des Jeunes MG (6), appelle la conférence des doyens et les ministères concernés (Santé et Enseignement supérieur) à intervenir pour clore le plus vite possible le malaise créé dans la communauté médicale par des propos infondés (les problèmes de démographie médicale ne viennent pas de la mauvaise volonté des jeunes médecins mais de carences politiques : abandon de l'aménagement des territoires, mauvaise gestion du numerus clausus, dévalorisation de certaines disciplines médicales...) et déplacés (7).

Sayaka OGUCHI
[email protected] - 07 61 99 39 22

(1) : Tweet de Philippe Leduc
(2) : Communiqué du SNJMG (06.02.18)
(3) : Communiqué conjoint CPU - Conférence des doyens médecine et pharmacie (06.09.18).
(4) : Fil twitter (05.09.18).
(5) : Communiqué du SNJMG (17.11.17).
(6) : Le SNJMG a été créé en Mars 1991 pour rassembler internes (et FFI), remplaçants et jeunes installés (ou salariés) depuis moins de 10 ans en Médecine Générale. Il n'a jamais eu de lien direct ou indirect avec l'industrie pharmaceutique ou des produits de santé.
(7) : Communiqué de l'Ordre des médecins (06.09.18).

Suite à la vague de réprobation, un communiqué de la conférence des doyens signé du Pr Sibilia est publié le 7 septembre 2018 regrettant qu'une phrase ait été sortie de son contexte et dénonçant l'interprétation qui en a été faite. Le SNJMG répond à ce communiqué.

Le déni
Confronté à la polémique provoqué par les propos infondés et déplacés de son président le 05 septembre 2018 (1), la conférence des doyens des facultés de médecine a publié ce week-end un communiqué de presse (2).

La lecture de ce communiqué de presse laisse perplexe le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG).

Ce communiqué donne officiellement la position de la conférence des doyens mais il est signé par son seul président, le Pr Sibilia.

Il ne manifeste qu'un seul regret : celui que la phrase incriminée ait été sortie de son contexte. Cela veut-il dire qu'il existerait un contexte dans lequel elle n'aurait rien de choquant ? Cela veut-il dire aussi qu'il y a pas lieu de formuler le moindre commentaire sur la phrase en soi ?

Seul élément positif, le communiqué réaffirme la volonté de la conférence des doyens de travailler avec les organisations d'étudiants et de jeunes médecins sur la réforme des études médicales. Le SNJMG est naturellement disponible pour un travail en commun et attend l'invitation de la conférence des doyens.

Mais ceci ne peut pas satisfaire la demande des jeunes médecins relayée par le SNJMG : les excuses publiques du Pr Sibilia qui constituent l'acte minimal nécessaire pour espérer clore la polémique.

Le SNJMG remarque qu'outre cette "demi" réaction de la conférence des doyens, les ministères concernés (Santé et Enseignement supérieur) ne se sont pas exprimés sur les propos du Pr Sibilia.

Sayaka OGUCHI
[email protected] - 07 61 99 39 22

(1) : Communiqué du SNJMG (07.09.18)
(2) : Tweet de Vincent Granier (10.09.18)

Le Pr Sibilia est resté sur sa position, factuellement incohérente de la phrase sortie de son contexte, et n'a jamais exprimé le moindre regret sur cette phrase. Profitant d'une mansuétude professionnelle, il a pu même se présenter en victime : « Cette affaire est d’autant douloureuse que j’ai été visé personnellement » (source : discussion avec l'ISNI le 02 octobre 2018).
Nous tenons donc à terminer ce récit par la retranscription des propos tenus par le Pr Sibilia début septembre 2018 : « Si tous les jeunes médecins en formation avaient ces valeurs citoyennes, républicaines et puissent rendre à la Nation ce que la Nation leur a donné, peut-être que l'on discuterait différemment de la répartition des médecins et de la coercition et non coercition (...) S'il y avait plus de sens, plus de qualité civique et plus de valeurs sociétale et républicaine, je pense qu'on avancerait un tout petit peu » (source : Vincent Granier).

Dossier : les jeunes MG et la santé publique

L'été et l'autonome 2018 ont été marqués par plusieurs événements/ décisions/annonces concernant la santé publique en France. Voici une compilation des réactions du SNJMG à plusieurs d'entre elles (NB : les polémiques sur l'accès à l'IVG, absentes de ce dossier, seront abordées dans le prochain numéro de la revue jeune MG).

Déremboursement des médicaments anti Alzheimer : une décision bienvenue (même si tardive et incomplète) !

Le ministère de la Santé a publié au JO ce vendredi 1er Juin 2018 un arrêté de dé remboursement des médicaments anti-Alzheimer. Jugés insuffisamment efficaces et potentiellement risqués, ils ne seront plus remboursés à compter du 1er août 2018. Cet arrêté publié au Journal officiel concerne quatre médicaments : Aricept, Ebixa, Exelon, Reminxyl ainsi que leurs génériques. Jusque-là, ils étaient remboursés à hauteur de 15 % par l'Assurance maladie.

En tant que syndicat médical indépendant, le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG) s'était pleinement investi dans l'affaire du Médiator et la réforme du médicament qui s'en était suivi (1).

Dans le prolongement de cette action, le SNJMG avait informé, début 2011, les (jeunes) médecins généralistes des preuves scientifiques sur le manque d'efficacité et les dangers potentiels des médicaments Anti Alzheimer. Il avait ensuite relayé les actions du Formindep contre les recommandations officielles émises alors par la Haute Autorité de Santé (2).

Aussi, après avoir apprécié le revirement de la Haute Autorité de Santé sur le sujet en octobre 2016 (3), le SNJMG apporte aujourd'hui son soutien à la décision de la ministre de la Santé, Mme Agnes Buzyn.

Si cette décision n'arrive pas aussi tardivement que dans le cas du Mediator, le SNJMG regrette qu'elle n'ait pas pu être prise plus tôt. De même, le SNJMG regrette que le processus ne soit pas mené au bout de sa logique avec un retrait du marché pur et simple des médicaments concernés.

Naturellement attentif (4) à la prise en charge humaine des pathologies démentielles liées à l'age, le SNJMG souhaite que l'engagement de la ministre de la santé de consacrer les économies générées par ce dé remboursement au déploiement de thérapeutiques non médicamenteuses et au soutien des aidants soit effectivement tenu : ceci devrait constituer la première étape de la mise en application du Plan Maladie neuro-dégénératives (PMND) piloté par le Pr Michel Clanet.

(1) : Ce qui lui avait notamment valu d'être auditionné par la commission d'enquête parlementaire sur le Mediator.
(2) : Voir notre fil d'info twitter : https://tinyurl.com/y9wva44y
(3) : En octobre 2016, la commission de transparence de la HAS, quiévalue les traitements en vue de leur remboursement, avait jugé que tous ces médicaments avaient "un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge". Elle pointait aussi "l'existence d'effets indésirables potentiellement graves" : https://tinyurl.com/ycqouxn8
(4) : Nous sommes un syndicat de Médecine Générale...

Plan Santé 2022 : les jeunes médecins généralistes participeront à "l'engagement collectif" tout en restant vigilants sur les objectifs et les modalités de la réforme

Le SNJMG, syndicat indépendant des Jeunes Médecins Généralistes (internes, remplaçants et jeunes installés ou salariés en MG), qui a suivi tout le parcours de préparation du plan Santé 2022 entend exprimer les satisfactions mais aussi les interrogations et les critiques de ses mandants suite aux annonces ce matin du Président de la République, M. Emmanuel Macron.

Premier thème qui interpelle les jeunes médecins généralistes : les études médicales. Alors que c'est mis en place l'année dernière une réforme (imparfaite) du 3e cycle des études médicale, les ministères concernés (Santé et Enseignement Supérieur) ont commencé à annoncer cet été les premières mesures d'une réforme du 2e cycle. Or voici que le plan Santé nous annonce une fin du numerus clausus pour la rentrée 2020 : plutot que de réformer les études dans un ordre logique, le gouvernement assume de s'y prendre totalement à l'envers. Si le numerus clausus en soi ne veut plus dire grand-chose dans la France du 21e siècle avec la reconnaissance mutuelle des diplômes européens et l'explosion de la demande (du fait de la démographie de la population et de la médicalisation de la société), le SNJMG craint que les facultés de médecine n'aient ni les moyens ni la volonté de prendre en charge les promotions de premières années sur tout un cursus (NB : cette crainte est confirmée par la ministre de la Santé, ce jour même). C'est pourquoi le SNJMG restera vigilant concernant toute proposition de sélection dissimulée (saucissonnée en plusieurs examens étalés dans le temps) sur des critères plus ou moins aléatoires, ne pouvant que favoriser le marché d'officines privées de préparation parallèle aux études et au final, amplifier la réplication sociale.
Deuxième sujet de préoccupation des jeunes médecins généralistes : la démographie médicale. Le SNJMG propose depuis plus de 10 ans la transformation des hôpitaux locaux en établissements publics de soins de proximité et la création de postes salariés de médecins généralistes. Même si le président n'annonce pour commencer que 400 postes salariés et qu'il ne propose pas de transformer la fonction publique hospitalière et fonction publique de santé, le SNJMG se félicite que deux de ses revendications historiques commencent enfin à être reprises par un Président de la République (ce qui n'avait pas été le cas avec ses prédécesseurs).
Ceci ci dit, le SNJMG interpelle depuis sa création sur les problèmes spécifiques de la Médecine Générale. Outre les précédentes mesures sur la démographie médicale, le Président de la République annoce la création d'assistants médicaux. Comme il le propose, là encore, depuis plusieurs années, le SNJMG souhaite que ces assistants ne soient pas des "bullshits jobs" de la médecine ambulatoire mais correspondent à une activité bien précise en soutien des médecins généralistes comme il existe ou se mettent en place des postes de secrétaires médicaux/médicales et des postes d'infirmières avec de nouvelles compétences (protocole asalée et IPA). dans cet esprit, le SNJMG soutient depuis plusieurs années les expérimentations de coursiers sanitaires et sociaux, gérant les problématiques sociales liées au soin.

Malheureusement, le président de la République, propose, en même temps, d'alourdir l'activité des médecins en leur imposant des contraintes dans la prise en charge de soins non programmés (par exemple : "Les urgences non vitales doivent être prises en charge en ville (...) jusqu'à 20 heures")...

Si le SNJMG attend logiquement une réponse à la crise de sa spécialité, il n'est pas indifférent à la situation d'autres spécialités en crise qui sont, comme par hasard, en lien étroit avec la MG : la médecine du travail et la psychiatrie. Aussi, le SNJMG apprécie l'effort annoncé pour la psychiatrie, même s'il peut et doit être amélioré (cf. notre communiqué du 01.02.18), mais regrette la quasi absence d'annonces pour la médecine du travail.

Quant à l'hôpital (où travaillent aussi des médecins généralistes, à commencer par les internes), le SNJMG salue la volonté de définitivement limiter la part de la T2A mais se montre suspect sur la mise en place de facturation à l'épisode de soins et encore plus de forfait de pris en charge partagé entre l'ambulatoire et l’hôpital : le SNJMG ne veut pas que soient recréé un système de budget global non plus focalisé sur l’hôpital mais dispatché sur plusieurs activités et partagé avec les professionnels de santé extra hospitaliers.

Pour terminer cette première analyse des annonces présidentielles, si le SNJMG regrette que la prévention reste toujours le parent pauvre du système de santé, il apprécie que le PLFSS 2019 propose un Objectif national de dépenses d'assurance-maladie (Ondam) relevé : la hausse des dépenses pourra atteindre 2,5 %, alors que la tendance du quinquennat devait initialement être de 2,3 % (450 millions d'euros supplémentaires). En effet, comment mettre en place un plan ambitieux si on restreint l'engagement financier ?

Comme à son habitude, le SNJMG est prêt à travailler avec tout gouvernement pour mettre en place des mesures que le syndicat juge aller dans le bon sens. Ce plan n'y fera pas exception et nous saurons porter auprès du gouvernement toute récrimination des jeunes médecins généralistes.

Sayaka OGUCHI
[email protected] - 07 61 99 39 22

Vaccination contre la grippe : hyperinflation pour les vaccins 2018-2019 !

Samedi 6 octobre 2018, débute la campagne 2018-2019 de vaccination contre la grippe.

Une nouveauté cette année : des vaccins quadrivalents (1) sont pris en charge par l'Assurance maladie. Jusqu'à l"année dernière, seuls les vaccins trivalents (2) étaient pris en charge, même s'il existaient déjà des vaccins quadrivalents.

Mais cette nouveauté se traduit en pratique par une bizarrerie.

D'une part, il y a 3 vaccins quadrivalents (InfluvacTetra - FluarixTetra - VaxigripTetra) pour un seul vaccin trivalent (Influvac).

Mais surtout, il s'avère que ce vaccin trivalent ne sera pas disponible en officine (3) ; il ne sera fourni que dans certaines collectivités qui ont déjà passé commande de ce vaccin directement auprès du laboratoire Mylan.

Au final, seuls seront disponibles en officine les 3 vaccins quadrivalents.

Il serait logique de se dire que : "plus, c'est mieux". Mais ce n'est pas ici prouvé scientifiquement, du moins à ce jour.

Jusqu'en 2017, les vaccins quadrivalents ne faisaient pas l'objet en France de recommandation particulière. Et pour cause : dans un avis du 9 septembre 2016, le Haut Conseil de la Santé Publique estimait que "les données épidémiologiques et virologiques disponibles à ce jour en France n'apportent pas d'éléments nouveaux permettant, en l'absence de données d'efficacité clinique comparatives, de privilégier l'utilisation des vaccins quadrivalents par rapport aux vaccins trivalents inactivés, ni d'identifier une ou des populations chez lesquelles ce vaccin pourrait être recommandé de façon préférentielle."

Et les 3 vaccins quadrivalents pris en charge cette année ne modifient en rien la situation. En effet, la Haute Autorité de Santé a estimé dans ses avis des 07 mars et 11 juillet 2018 que : "Au vu des données disponibles, ils n’apportent pas d’amélioration du service médical rendu (ASMR V) par rapport aux vaccins trivalents inactivés disponibles indiqués dans la prévention de la grippe".

Suite à ces avis scientifiques, le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG) interpelle le gouvernement sur les modalités de prise en charge des vaccins contre la grippe.

Car, s'il n'existe, à ce jour, aucune différence en terme de service médical rendu entre vaccin tri et quadrivalents, le SNJMG remarque que le coût à la collectivité sera plus du double : 5.18 euros le flacon pour le vaccin trivalent contre 11.13 euros le flacon pour les quadrivalents !

NB : le SNJMG a publié sur son site Internet une fiche pratique sur la vaccination contre la grippe à destination des (jeunes) médecins généralistes.

Sayaka OGUCHI
[email protected] - 07 61 99 39 22

(1) : Elaborés à partir de deux virus grippaux des deux lignées de type A et de deux virus grippaux des deux lignées de type B.
(2) : Elaborés à partir de deux virus grippaux des deux lignées de type A et d'un seul virus grippal d'une lignée de type B.
(3) : Tweet d' Eric Douriez, pharmacien.

Mic mac des vaccins contre la grippe : le silence du ministère de la Santé

Voici un mois, le SNJMG interpellait le ministère de la Santé sur le quasi doublement du coût des vaccins contre la grippe (1).

Malgré la reprise de cette dénonciation par d'autres syndicats médicaux, le ministère de la Santé est resté muet. Et il n'en a pas été question pour le lancement officiel de la campagne de vaccination contre la grippe (2). Mais voici que l'ANSM communique depuis le 29 octobre 2018 (3) sur des erreurs de délivrance et d’injection du vaccin Influvac Tetra (Mylan) à des enfants de moins de 18 ans alors que ce vaccin n’est pas indiqué pour cette tranche d’âge.

Cette confusion vient du fait que le vaccin tetravalent de Mylan, à la différence des deux autres, n'a pas d'AMM pour les enfants de 6 mois à 17 ans et que comme notre syndicat l'a expliqué, le vaccin tri valent de Mylan, Influvac, seul trivalent à disposer d'une AMM cette année (pour toute personne à partir de l'âge de 6 mois), n'est pas disponible en pharmacie.

Ainsi, le scandale d'un doublement du coût des vaccins, sans raison scientifique valable (au vu des conclusions de la Haute Autorité de Santé), se double d'une confusion dans l'utilisation des vaccins.

Mais, tout ceci ne provoque toujours pas de réaction au ministère de la Santé...

Sayaka OGUCHI
[email protected] - 07 61 99 39 22

(1) : Communiqué SNJMG (06.10.18) : https://tinyurl.com/ybnkw26t
(2) : Ce problème n'est pas du tout abordé dans le dossier de presse officiel du 18 octobre 2018 : https://tinyurl.com/yaxgjq7d
(3) : Consignes d’utilisation des vaccins anti grippaux chez les enfants : Attention à la confusion entre InfluvacTetra pour adultes et Influvac destiné aux enfants (Point d'Information - ANSM - 29.10.18) : https://tinyurl.com/yaynt7e7

Octobre Rose : Un naufrage de la santé publique

Plus que quelques heures et il en sera fini de l'édition 2018 de la campagne Octobre Rose.

Comme tous les ans depuis 1994 en France, ce mois d'Octobre a été l'occasion de communications, d'actions et de mobilisations contre le cancer du sein et en faveur du dépistage et de la récolte de fonds pour la recherche. Comme les années précédentes, les agences sanitaires, le ministère de la Santé et tout le gouvernement s'associent à cette campagne en promouvant le dépistage du cancer du sein par mammographie (1).

Sur cette première lecture, il serait légitime de se réjouir du succès d'une telle campagne vis-à-vis de la santé publique. Hélas, la réalité est bien différente...

L'Institut National du Cancer (INCa) et, dans sa foulée, les autres agences sanitaires ainsi que le ministère de la santé et le gouvernement communiquent sur le "dépistage" du cancer du sein avec des arguments non conformes aux données actuelles de la science.

Selon la revue Cochrane (2), pour une vie sauvée sur 2000 femmes dépistées par mammographie sur une période de 10 ans, il faut déplorer 200 fausses alertes (avec les effets psychologiques induits), 10 sur-diagnostics (avec les traitements lourds qu'ils supposent : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie) et un décès des suites des traitements (3). Or, cette information est sciemment si ce n'est occultée du moins balayée d'un revers de main par la communication officielle de l'Etat (4).

En tant que syndicat indépendant de Jeunes Médecins Généralistes (4), le SNJMG veille depuis sa création à fournir une information scientifique éprouvée (Evidence Based Medicine - EBM) libérée de tout lien industriel ou commercial pour une prise de décision partagée entre praticien et patient. Ainsi, à propos du dépistage par mammographie du cancer du sein, il a dernièrement soutenu (5) la lettre ouverte co signée par différentes organisations (Formindep, Cancer rose, UFC - Que choisir, Groupe Princeps) - auxquelles s'est joint le médecin généraliste et blogueur, Dominique Dupagne - pour demander à l'INCa de revoir sa communication sur le sujet, en tenant compte notamment des conclusions critiques de la concertation citoyenne lancée par Mme Marisol Touraine.

De plus, le SNJMG rappelle que la campagne Octobre Rose n'est que la déclinaison française - par le magazine "Marie Claire" et le groupe industriel de cosmétiques "Estée Lauder" - du National Breast Cancer Awareness Month soutenu financièrement par l'entreprise Imperial Chemical Industries ce qui place cette manifestation dans l'univers du "charity business" à l'anglo-saxonne.

Afin que la mobilisation de bonnes volontés et d'engagements sincères ne soit pas détournée à des fins commerciales, que le mois d'octobre ne soit plus l'occasion de messages de mauvais goût (6) et que la santé publique ne soit plus ainsi dévoyée, le SNJMG poursuivra son action pour une information médicale de qualité et continuera, autant que de besoin, son interpellation des agences sanitaires et du ministère de la Santé.

Sayaka OGUCHI
[email protected] - 07 61 99 39 22

(1) : Tweet d'Agnes Buzyn (03.10.18) : https://tinyurl.com/ycae5unt
(2) : Revue Cochrane sur le dépistage du cancer du sein par mammographie (2013) : https://tinyurl.com/yad6ys5s
(3) : Video de l'association Cancer Rose (05.10.18) : https://tinyurl.com/y84vsacu
(4) : Video INCa (24.09.18) : https://tinyurl.com/y9rqgkn2
(5) : Communiqué SNJMG (09.04.18) : https://tinyurl.com/y84ntnfl
(6) : Quelques exemples : partie de chasse contre le cancer du sein (https://tinyurl.com/y8nymj6c), affiche aux relents sexistes (https://tinyurl.com/y8a4gn5p)

Ballade aux frontières de l'humain

Jonathan Hammel est écrivain. Ses deux premiers livres, "Stéthos & Cie" (prix Hippocrate 2008) qui raconte son internat de médecine, et "Des îles et d'elle", sur son périple en tant que médecin de l'archipel de Saint-Pierre et Miquelon, ont été publiés par les éditions Coëtquen. "Mémoires d'un sein" est son troisième roman. Il pratique la médecine vasculaire à Paris.

Dans son nouveau roman, Jonathan Hammel nous présente Julia, urgentiste trentenaire aux prises avec un cancer du sein. Mais aussi son coeur, son cerveau, ses seins et son estomac, qui prennent vie et rendent ce récit surréaliste profondément humain et touchant.


Jonathan Hammel

Je n'ai pas de cancer
Je suis un jeune interne de premier semestre, affecté au service de pédiatrie du CHU de Bordeaux. Mon temps se partage entre soirées à l'internat, aventures avec des infirmières prêtes à tout pour instruire les jeunes étudiants, et gardes de nuit aux redoutables urgences pédiatriques. Mon monde est coloré, vivant, fougueux. Je n'ai jamais pensé au cancer autrement que comme une entité sournoise apte à s'attaquer au quatrième âge, ou à la limite à quelques cas bien précis regroupés dans le service de cancérologie, que j'ai toujours évité de choisir pour mes stages d'externat. Je me sens protégé, indestructible ; chaque jour, j'apprends à repousser la maladie aux confins du réel, à soigner, à parler aux familles : j'apprends à vivre, aussi. Aux urgences pédiatriques, je découvre la maladie grave, la souffrance des mères et des enfants. Je n'ai pas encore rencontré la mort. Tout cela me fascine, mais reste dans les limites de ce que j'attendais en mettant le pied dans le service, trois mois plus tôt. Et puis un soir, à l'internat, juste après l’apéro, je perçois une forme qui pleure, assise sur les marches en béton qui donnent sur l'arrièrecour. C'est Aurélie, une interne de deuxième année à la chevelure rousse et folle, qui se noie dans une mer salée. J'ai un mouvement de recul mais il est trop tard, elle m'a vu, plus question de feindre l'ignorance, d'autant que deux jours plus tôt, je ne pourrai le jurer car l'alcool brouille parfois la mémoire mais il me semble bien l'avoir un petit peu embrassée. « Aurélie... ça va ? ». On remarquera la haute pertinence de la question. Elle articule avec difficulté, tente de faire bonne figure, tergiverse et annonce : « C'est horrible… ma mère, ma mère !! Elle a 45 ans… on vient de lui trouver un cancer du sein ! Si jeune ! ». J'ai regardé mes baskets, joué avec les branches de mes lunettes, respiré un peu fort… si j'ai dit quelque chose de rassurant, je ne m'en souviens pas.

Ce fut le premier choc, l'irruption du réel, le début des dissonances.

Je n'ai pas de cancer
L'internat est derrière moi. Avec lui, la fin d'une histoire d'amour, le début d'amitiés profondes, l'apprentissage d'un métier, un lent mûrissement. Je remplace des médecins généralistes installés au milieu des vignes, je vis la médecine de campagne de l'intérieur. Mon pouls bat fort lors des gardes nocturnes au volant de ma Peugeot grise, sur laquelle je n'ai pas encore installé de GPS. Autant dire qu'être appelé à trois heures du matin pour une crise d'asthme dans un village reculé de la Dordogne fait partie de mes souvenirs brûlants.

J'ai vécu trois mois avec une femme, puis on s'est séparés. Par hasard ou miracle, nous sommes restés amis. Elle vit d'eau fraîche, de tabac, de mer et d'aventures ; elle rit. Je la retrouve un soir dans son appartement, qu'elle a décidé de peindre en rouge. Elle aime le rouge. Elle m’accueille d'un clin d’oeil expert, rejette ses cheveux en arrière, éteint sa clope, descends du tabouret, range son pinceau. « Ça va toi ? Dis-moi, tu pourrais vérifier un truc ? Je sens une boule, là, probablement rien, mais bon, t'es médecin après tout, et puis tu as déjà vu mes seins ! ». Nonchalamment, elle pose ses mains sur mes épaules, face à moi. Je palpe. Je garde mon sang-froid. Enfin, j'essaie.

Je n'ai pas de cancer
Elle, si.
Elle m'en parle ; se débat avec le séisme. Les amis qui partent, ceux, plus rares, qui restent et font bloc. Les remises en questions, indispensables, inéluctables. La nourriture, l'hygiène de vie, le tabac, l'activité physique… elle cherche, lit, scrute, espère ; se heurte à l'appareil hospitalier et ses incohérences, à l'incompétence aussi, parfois. Elle me parle ; j'écoute. Je ne me dis pas j'écrirai là-dessus, mais j'encaisse, je m'imbibe. J'essaie de redonner, d'être là, attentif. Car elle, c'est moi, c'est nous tous. L'idée se dévoile : oui, elle est concernée actuellement, mais nous le sommes tous potentiellement, c'est le monde qui veut ça, saturé par le stress, la pollution, les mutations génétiques, les perturbateurs endocriniens, les attaques microbiennes et virales de Martiens vindicatifs, je m'emporte sans doute, mais tout reste possible. Je me sais concerné. Je suis là lorsqu'on lui annonce une bonne nouvelle ; elle se tourne vers moi, les larmes aux yeux. Là aussi quand elle peine à boire son thé vert, au lendemain d'une cure de chimiothérapie particulièrement active. Instinctivement, je passe plus de temps au rayon « Bio » de mon supermarché, je me surprends à lire les ingrédients sur la boîte d'Oréos, à ne plus gober des cuillères à soupe de Nutella, à quitter le Coca pour de la Vittel fraîche. Mon monde a perdu ses bases. Avec elle, je rentre dans l'âge adulte. Celui où l'on comprend qu'un jour, il y a le mot « fin ».

Je n'ai pas de cancer du sein
Elle non plus : elle est en rémission.

J'ai écrit un livre, sans la consulter. Pourquoi ?
Qui le sait vraiment. Matérialiser l’innommable ?
Me rassurer, nous rassurer tous, nous rappeler de vivre tant qu'on le peut, et de vivre « bien » ? La réponse est flottante, imprécise.

Ça y est, le livre sort. A l'intérieur, les organes prennent vie. Les seins se causent, le coeur en rajoute une couche, l'estomac et le cerveau discutent du bien-fondé de ce nouveau régime… dehors, Julia avance, fait son possible au milieu de la tempête. Elle rame, se débat, rit même, parfois. La situation de base est la même, le reste est inventé. Nous sommes à Paris et non plus à Bordeaux, mais nous pourrions être à Limoges, Lyon, New-York ou São Paulo ; nous sommes tous concernés.

Le livre est partagé, l'histoire résonne dans les corps. Des femmes m'écrivent. De New-York, du Canada, de Suisse et de Belgique. Mon métier m'a permis de voyager, et j'en ai retenu une chose simple : nous avons tous le même corps. Et par conséquent, les mêmes faiblesses, les même attentes, les mêmes rêves parfois, les mêmes peurs, souvent.

Je n'ai pas de cancer
Mais si j'en avais un ?
Citations :
Mettez-moi du rouge sur une couverture et je fonce tel un taureau au milieu de l'arène ! "Mémoires d'un sein" fait partie de ces livres que je n'oublierai pas de sitôt. (Noémie, 32 ans).

Préventif et explicatif, le livre possède une dernière corde à son arc, et pas des moindres puisqu’elle l’enveloppe d’un charme puissant et beau : il est porteur d’espoir, de cet espoir fou auquel rien ne résiste, qui fait accomplir de grandes choses et qui donne enfin sens et goût à la vie, même dans l’adversité. (Elisa 19 ans).

Quelle histoire !! (…) une belle découverte pleine d’émotion et d’humour (qui l’eût cru?) Je ne peux que vous encourager à lire ce roman qui ne manque pas d’audace concernant le style d’écriture pour aborder le sujet difficile de la maladie. Chapeau l’auteur (et le médecin bien évidemment) !!! (Charlotte, 24 ans).

Un récit lumineux rythmé d’intrusions narratives des organes de Julia, évoquant le dessin animé « Il était une fois la vie » (…) Le cancer du sein met à mal notre féminité et il frappe de plus en plus jeune. Sujet de haute importance. (...) Un livre qui m’a donné envie de boire du thé vert et de protéger mon corps tout en appréciant la vie. (Agathe, blogueuse).

Elle s'appelle Julia, je m'appelle Isabelle.
Elle a 30 ans, je vais en avoir 40 dans pas longtemps, pas très longtemps.

Elle est médecin, je travaille dans le médical (...). Les livres qui ont une forte résonance à votre histoire personnelle sont souvent difficiles à lire car ils renvoient à trop de choses. Et pourtant...

Pourtant cette fois, c'était différent. En quoi, me direz-vous ? Tout simplement dans le fait que pour la première fois, j'ai lu un livre qui avait compris tout ce que je ressentais depuis le début. Car oui, dans ce livre tout y est. @livrespepete

Jonathan HAMMEL
https://www.amazon.fr/M%C3%A9moires-dun-sein-Jonathan-HAMMEL-ebook/dp/B07CVGZS8X
Photographies du @leclubdeslecteurs

Article paru dans la revue “Le Bulletin des Jeunes Médecins Généralistes” / SNJMG N°22

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Publié le 1653296796000