Actualités : À propos du signe de Frank

Publié le 20 oct. 2025 à 09:58
Article paru dans la revue « SNJMG / Jeune MG » / SNJMG N°42

Cas clinique

Jean-Yves, 82 ans, vient nous consulter au cabinet car il présente depuis quelques mois une dyspnée lors de la montée de ses escaliers.
Auparavant il n'était pas coutumier de cette situation, et il s'inquiète grandement car des relations lui ont expliqué que ce phénomène pouvait être associé avec une pathologie cardiaque.

Notre examen clinique se révèle tout à fait normal avec cependant la présence d'un pli diagonal au niveau du lobule de l'oreille (cliché 1).

Nous avons effectué au sein de notre cabinet un ECG qui met en évidence un rythme sinusal, un pouls à 60/mn, et en parallèle un bloc de branche droit (cliché 2).

Néanmoins, et compte tenu de la symptomatologie d'effort présentée, ce patient est envoyé chez un confrère cardiologue qui décide d'effectuer une coronarographie, malgré une échocardiographie normale.

À notre grande surprise le patient présente une sténose de la coronaire droite qui a bénéficié de la pose d'un stent au décours (cliché 3).

 

Notre observation doit nous conduire à prendre en compte deux éléments qui semblent tout à fait indépendants : le sillon diagonal au niveau du pli diagonal de l'oreille, et la sténose.

Ces deux éléments ont été largement pris en compte par certains spécialistes et seraient en fait associés. Une relation entre le sillon diagonal du lobule de l'oreille, et une coronaropathie, a été mise en évidence par de nombreux spécialiste.

En fait l'anomalie du lobule de l'oreille observée chez notre patient porte le nom de signe de Frank.

Le signe de Frank

Préambule

En médecine il est parfois utile d'avoir une attitude observationnelle sur nos patients, mais en prenant en compte également sur les écrits des anciens qu'ils soient ou non professionnels de santé.

Cela permet de mieux comprendre certaines situations cliniques, ou est un élément qui dans certains cas conduit à faire des parallèles entre certaines anomalies cutanées et certaines pathologies organiques.

Ainsi nous nous sommes penchés sur le cas d'un empereur romain célèbre : Hadrien (76-138).

Ce dernier descendant de la famille du Picenum a été tuteur, sénateur, préteur, consul et gouverneur de Syrie1.

Le 8 août 117 il est adopté par Trajan sur son lit de mort, et devient de ce fait à 41 ans empereur romain1.

Hadrien n'avait de cesse que de développer économiquement, mais aussi intellectuellement sa zone d'influence.

Une des plus grandes réalisations a été le mur d'Hadrien qui consolide les frontières de son Empire1-2.

Les trois dernières années de sa vie furent éprouvantes, fin de règne qui se sont déroulées dans la villa Tivoli qui a été construite en hommage à Antinoüs qui fut son favori2.

Hadrien vécut jusqu'à 62 ans, alors qu'à cette époque l'espérance de vie ne dépassait pas les 30 ans3.

À la fin de sa vie ce dernier souffrait d'hydropisie3.

Cette entité médicale se définissait à cette époque comme un épanchement de sérosités dans une cavité naturelle du corps entre les éléments et le tissu conjonctif3.

Le plus souvent ce terme était mis en relation avec un œdème généralisé en rapport avec une insuffisance cardiaque congestive3.

Hadrien présentait des œdèmes au niveau des jambes, il était essoufflé lors de la montée des marches, et présentait des épistaxis (facteur en relation possible avec une hypertension artérielle)1-2.

Il est relaté une importante souffrance de cet empereur qui avait le souhait de mourir du fait que le corps médical de cette époque ne puisse pas donner une ardeur à sa vie, et lui procurer le confort de vie qu'il souhaitait1-2.

De nombreuses représentations (sculptures ou monnaies) ont été effectuées à la fin de son règne, et elles nous permettent de mettre en parallèle l'état physique d'Hadrien, et une manifestation cutanée soulignée dans ces portraits : un sillon faisant un angle de 45° entre le tragus et le lobule postérieur de l'oreille (cliché 4-5-6)2.

 

Publié le 1760947128000