12ème Congrès international francophone de gériatrie à Montréal

Publié le 1700656945000


Du 20 au 22 septembre 2023, se tenait le 12e Congrès International Francophone de Gériatrie et Gérontologie à Montréal. Nous vous recommandons chaudement ce congrès se tenant tous les 4 ans dans un pays francophone différent. Cette édition alliait haut niveau scientifique international, richesse des échanges avec des homologues d’autres pays, le tout sans barrière de la langue !

L’AJG y était présente avec notamment un poster sur notre bande dessinée « Elémentaire, mon cher gériatre ! » qui vise à expliquer et promouvoir la Gériatrie aux soignants qui n’y sont pas formés. Les discussions furent riches avec les professionnels de plusieurs pays francophones. Et nous avons été honorés de recevoir le prix « coup de cœur du public » pour ce poster ! Merci encore aux participants et aux organisateurs ! Nous en avons aussi profité pour débuter les interviews de la 2e saison de notre podcast « Radio AJG », qui cherche à décrire la formation et l’exercice de la Gériatrie dans les pays francophones. Les 2 premiers épisodes sur la Belgique et le Québec sont déjà en ligne sur Spotify et Youtube.

Voici un résumé de deux interventions choisies très subjectivement parmi les nombreuses sessions intéressantes de ce congrès :

Le Dr Thien Tuong Minh Vu (Montréal) a donné une conférence sur le syndrome confusionnel, ou plutôt, comme on le nomme en anglais et dans certains pays francophones autres que la France : le delirium. Ce mot vient du grec de lira : qui sort du chemin, du sillon. Le Dr Vu a décrit l’historique des termes et de la définition, depuis l’Antiquité où Hippocrate décrivait la phrénite et la léthargie comme les deux formes d’altérations mentales associées à la fièvre, respectivement avec agitation et ralentissement. L’évolution de la définition mène jusqu’aux critères du DSM-5 :

  • A. Une perturbation de l’attention et de la conscience ;
  • B. Qui s’installe sur un temps court, en rupture avec l’état antérieur, et fluctue en sévérité dans la journée ;
  • C. Avec d’autres perturbations cognitives ;
  • D. n’étant pas mieux expliquées par un trouble neurocognitif pré-existant ou un coma ;
  • E. En conséquence directe d’une ou plusieurs autres affections médicales, toxiques ou sevrage.

Il a ensuite discuté l’évolution du delirium, pouvant mener à un retour à l’état cognitif antérieur ou à un trouble neurocognitif post-delirium (nouvel état de base). En effet, même si la plupart des cas sont résolutifs en 5 à 10 jours, une méta-analyse retrouve que respectivement 35 % et 20 % des patients ont toujours des critères de delirium 3 et 6 mois après l’épisode (Whitby et al. medRxiv 2022), les facteurs de risque de delirium prolongé étant, entre autres, la forme hypoactive et l’utilisation de contentions. En outre, plusieurs études chez des patients atteints d’une maladie neuro-cognitive mettent en évidence une augmentation de la vitesse de déclin cognitif après un épisode de delirium, avec un effet à long terme (Fong et al. Neurology 2009, Gross Arch Intern Med 2012). Ceci suggère que cet évènement pourrait aggraver les lésions cérébrales.

La Dr Claudel Petrin-Desrosiers (Montréal) a donné un exposé brillant sur l’impact des changements climatiques sur la santé, incluant celle des aînés, ainsi que l’adaptation nécessaire et le rôle des professionnels de santé. Selon l’OMS, les changements climatiques sont la principale menace sur la santé au XXIe siècle. Cela s’intègre dans la notion de « santé planétaire » : la santé de l’humanité et des systèmes naturels dont elle dépend (Horton & Lo, Lancet 2015). Comme le montre l’Institut National de Santé Publique du Québec, les statistiques des décès liés aux vagues de chaleur révèlent des inégalités liées à l’âge, aux comorbidités et aux facteurs sociaux (isolement, précarité, voisinage fait de béton ou d’espaces verts). Elle a ensuite dressé la liste des conséquences physiques et mentales de la pollution, des inondations, des feux de forêt, des zoonoses, et souligné que l’éco-anxiété n’était pas l’apanage des jeunes générations. Les baby-boomers sont souvent la cible de discours âgistes culpabilisants sur leur rôle dans les changements climatiques (Ayalon et al. Innovation in Aging 2023). L’éco-anxiété peut toutefois être le moteur d’action et de mobilisation, avec des pistes de solution basées sur la déconnexion numérique ou l’exposition à la nature. Des actions sont nécessaires à la fois à l’échelle des systèmes de santé (5e plus importants pollueurs mondiaux, voir l’initiative du National Health Service britannique qui a annoncé en 2020 viser la neutralité carbone) et à l’échelle individuelle. Comme soignant, on peut éduquer aux co-bénéfices climatiques de l’activité physique, de l’alimentation, de l’exposition à la nature, et « choisir avec soin », c’est-à-dire supprimer les prescriptions futiles. Citons les inhalateurs qui sont parmi les plus gros pollueurs et ont des alternatives durables (voir le projet Cascades sur le site web cascadescanada.ca). On trouvera la littérature sur les bénéfices de l’exposition à la nature sur la santé en visitant le site web prescri-nature.ca.

Bonne balade à vous et à vos patients !

Dr Florent GUERVILLE
Pôle de Gérontologie Clinique, CHU de Bordeaux

Pour l’Association des Jeunes Gériatres

Article paru dans la revue « La Gazette du Jeune Gériatre » / AJG N°34

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