Une maïeuticienne ? une sage-femme ?

Publié le 10 May 2022 à 00:45
#Sage-Femme

Sage-femme, qu’est-ce que c’est? 


Le mot « sage-femme » est un mot épicène, c’est-à-dire que c’est un mot qui ne varie pas selon les genres. On dit donc une sage-femme.

Sage-femme, étymologiquement parlant, veut dire « personne qui aide l’autre à accoucher, personne qui a la connaissance sur les femmes ». 
En effet, « sage » provient de « sapere » en latin qui signifie « s’y connaître en ». La femme de « sage-femme » est celle qui accouche. 

On parlera donc toujours de sage-femme car, le «femme» de sage-femme ne concerne pas le·la soignante.

>> Et si je dis «accoucheur», «accoucheuse» ? 
Et perdu ! ce n’est pas une alternative au mot « sage-femme », car l’accouchement n’est qu’une partie des compétences de ce métier. En effet les sages-femmes sont présentes pour l’accouchement, le post-partum, les premiers soins du nouveau-né, le suivi gynécologique,… De plus, c’est la femme qui accouche. Le·a sage-femme accompagne la femme dans cette épreuve. 

>> Et maïeuticien·ne, d’où ça vient ? 
Pour comprendre pourquoi certain·e·s parlent de maïeuticien·ne, il faut revenir en 1982. 
En effet, ce n’est qu’à partir de cette année là que la profession de sage-femme est ouverte aux hommes. Rien de très réjouissant car cela vient d’une directive européenne qui interdit la discrimination sexuelle et contraint les états à ouvrir aux hommes cette profession. 
Bien que la profession de sage-femme compte moins de 2 % d’hommes parmi ses effectifs, la question du terme « sage-femme » pour les hommes pose problème notamment pour l’Académie française (oui oui). 
En juin 1984, l’Académicien Alain Peyrefitte propose avec l’accord de l’académie française le mot de « maïeuticien », en référence à la maïeutique socratique.

Mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Le mot « maïeuticien » a rencontré de nombreuses résistances sociales notamment au sein même de la profession. 
De nombreuses sages-femmes ont refusé de se faire appeler « maïeuticienne ». Ce terme fut même refusé au sein des écoles de sages-femmes. 
Willy Belhassen, premier sage-femme homme de France se disait d’ailleurs très heureux de se faire appeler « sage-femme ».

C’est un bel exemple qui illustre le fait que lorsque les hommes ressentent un inconfort, il existe de nombreuses ressources pour tenter de conjurer le sort. Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes nous dit d’ailleurs : « À croire que la primauté de l’usage ne s’applique que lorsqu’il s’agit de freiner la féminisation d’un mot masculin »
Mais la ténacité des sages-femmes a triomphé car aujourd’hui le terme de « Maïeuticienne. » n’est pas utilisé ! Cela s’explique aussi par le fait que ce mot n’évoque rien d’immédiat. Anne-Marie Houdebine rapporte même qu’il était spontanément associé à la pratique de l’emmaillotage : vous avez dit « mailloticien » ?

Alors maintenant, cher(e) étudiant(e) sage-femme, tu sauras quoi répondre aux questions amusées de nos patient(es) concernant le nom de notre profession !

Edna BRIAUD,
Membre de la commission culture de l’ANESF

Article paru dans la revue “L’Engagement” / ANESF n°41

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