Un intervalle de temps court ou long entre la collecte de sperme et l’insémination intra-utérine - un essai clinique contrôlé randomisé

Publié le 1711435592000
Article paru dans la revue « AIGM / Gynéco Med » / AIGM N°2


A short versus a long time interval between semen collection and intrauterine insemination: a randomized controlled clinical trial

C.H. Statema-Lohmeijer
Human Reproduction, mars 2023

Mots-clés :
Intrauterine insemination, male subfertility, pregnancy rate

L’insémination intra-utérine est une technique d’AMP simple pouvant être proposée dans certaines étiologies d’infertilité (endométriose légère, hypofertilité inexpliquée, cervicale ou masculine légère).
Le manuel de laboratoire de l’OMS pour l’examen et le traitement du sperme humain établit les lignes directrices nécessaires à la préparation du sperme en vue d’une insémination intra-utérine. Cependant, certains aspects comme le délai entre la collecte du sperme et l’insémination ne font pas l’objet d’un protocole strict. Les données de la bibliographie sur le sujet demeurent controversées. En effet, alors que certaines études ont trouvé de meilleurs taux de grossesses lorsque ce délai était court (< 80-90 minutes), d’autres ne relevaient aucun effet.
Cette étude est le premier essai contrôlé randomisé et vise à examiner si un intervalle de temps court entre la collecte de sperme et l’insémination augmente le taux cumulé de grossesse après 6 cycles.

Matériel et Méthodes

Cette étude, réalisée entre 2012 et 2018, était un essai monocentrique sans insu, randomisé en 1 pour 1, pour 6 cycles (naturels ou stimulés) entre le groupe d’étude intervalle court (< 90 minutes) et le groupe intervalle long (> 180 minutes).

Les critères d’inclusion était une hypofertilité masculine inexpliquée ou légère, définie par un nombre de spermatozoïdes mobiles au TMS compris entre 2 millions et 10 millions.

Les critères d’exclusion était le recours au don de sperme, le recueil de sperme après lavage de la vessie, le SOPK et le fait d’avoir commencé les cycles d’insémination.

Le critère d’évaluation principal  était le taux de grossesse intra-utérine évolutive 10 semaines après l’insémination.

Les critères d’évaluation secondaires étaient le taux de grossesse par cycle et le pourcentage de grossesses multiples.

Le taux de grossesse du centre avant l’étude, obtenu après 6 cycles d’insémination, était de 39.4 % en utilisant un intervalle long. L’augmentation escomptée dans cette étude était de 13 %, ce qui, avec une puissance de 80 % et un niveau de significativité de 5 %, nécessitait un nombre de 127 couples par bras.

Des analyses en régression de Cox ont été utilisées pour évaluer le délai d’obtention de la grossesse.

Résultats

142 couples ont été analysés dans le groupe intervalle court et 138 dans le groupe intervalle long.

Le taux de grossesses cumulé (critère principal) était significativement plus élevé dans le groupe intervalle long (71/138 ; 51.4 %) que dans le groupe intervalle court (56/142 ; 39.4 %) - (RR 0.77 ; IC à 95 % 0.59 - 0.99 ; p = 0.044).

En analyse per protocol, c’est-à-dire en excluant les couples ayant arrêté leur prise en charge avant 6 cycles d’insémination sans grossesse, il n’était pas retrouvé de différence entre les deux groupes.

Le taux de grossesses par cycle (critère secondaire) était significativement plus élevé dans le groupe intervalle court (14.3 %) que dans le groupe intervalle long (9.4 %). Ce résultat était retrouvé dans l’analyse per protocol.

Les pourcentages de grossesses multiples n’étaient pas significativement différents entre les deux groupes.

Dans le groupe intervalle long, le délai avant l’obtention de la grossesse était retrouvé significativement plus court.

Discussion / Conclusion

Cet essai a montré une augmentation significative du taux de grossesse cumulé après 6 cycles d’insémination maximum lorsque l’intervalle entre le recueil de sperme et l’insémination est long (> 180 minutes) par rapport à un intervalle court (< 90 minutes).

Il semblerait également que le délai d’obtention de la grossesse soit également plus court dans le groupe intervalle long.

Une des hypothèses pouvant expliquer ce résultat serait la concordance entre le moment de capacitation du spermatozoïde et le moment de l’ovulation.

En effet dans cette étude l’insémination a lieu 42 heures après l’injection d’HCG, ou après le pic naturel de LH et donc au plus près de l’ovulation.

En ce qui concerne les spermatozoïdes, le milieu de stockage du sperme de l’étude est un tampon à température ambiante similaire à celui des FIV, qui améliore la capacitation une fois la préparation revenue à 37°C. Le démarrage du processus de capacitation se ferait donc plus rapidement lorsque le sperme aurait été conservé plus longtemps dans ce tampon à température ambiante, permettant ainsi une fécondation dans un délai plus court après l’insémination.

Take Home Messages

  • Un intervalle de plus de 180 minutes entre le recueil de sperme et l’insémination intra-utérine dans les hypofertilités masculines légères semble permettre un meilleur taux de grossesse cumulé après 6 cycles maximum par rapport à un intervalle inférieur à 90 minutes.
  • Le délai entre le recueil et l’insémination doit également tenir compte du délai entre le pic de LH ou l’injection d’HCG et l’insémination ainsi que de la planification et des techniques de préparation du sperme du laboratoire.


Maloù Lec’hvien
Interne en Gynécologie Médicale
5ème semestre

Angers


Dr Coline CHAO
Responsable unité PMA
Hôpital de Saint Denis

Références

Organisation mondiale de la santé. Manuel de laboratoire de l’OMS pour l’examen et le traitement du sperme humain, 2021

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Publié le 1711435592000