Témoignage une italienne à paris

Publié le 1653400399000


« LE COURAGEUX PARCOURS D’UNE RYTHMOLOGUE PÉDIATRE »

Cristina Raimondo, 33 ans, est une cardiologue italienne spécialisée en rythmologie pédiatrique. Elle partage son temps entre un poste de Praticien Attaché pour la rythmologie à l’Hôpital Necker-Enfants Malades dans le service de cardiologie pédiatrique du Pr D. Bonnet et un poste de fellow à l’Hôpital Privé de Parly 2 dans le service de rythmologie adulte du Dr F. Halimi. Elle a vécu et fait ses études de médecine en Italie à l’Université de Turin. Elle est arrivée en France en début 2017 alors qu’elle était nouvellement thésée. Lors d’une interview, Chloé Arbault-Bitton s’est intéressée à son étonnant parcours et l’a retranscrit pour le journal du CCF.

Pourquoi t’es-tu orientée vers la rythmologie pédiatrique ?
Pendant mon premier stage d’externe en cardiologie, j’ai été confrontée à la difficulté de lecture et d’interprétation de l’ECG. J’étais convaincue que tout médecin devait savoir interpréter un ECG. Je m’en faisais donc un point d’honneur. J’ai rapidement été confrontée à la difficulté de cet apprentissage, ce qui a attisé ma curiosité et m’a permis de progresser et d’apprécier encore plus la cardiologie. Depuis toujours, je pense qu’il faut essayer de dépasser ses limites pour découvrir ce qu’il y a au-delà. J’ai donc orienté le reste de mon internat vers la rythmologie. Mon intérêt pour la cardiologie pédiatrique est né subitement après avoir étudié pour l’examen obligatoire de cardiopédiatrie lors de l’avant-dernière année d’internat.
Pendant mes années de spécialisation, j’ai évolué dans une équipe experte en rythmologie adulte, pédiatrique et congénitale dans le service du Dr M. Scaglione à l’Hôpital Cardinal Massaia à Asti en Italie. Ce service était l’un des centres les plus importants à réaliser des ablations pédiatriques dans le nord de l’Italie. L’équipe m’a fait découvrir et apprécier un autre univers au sein de la cardiologie, qui n’existait pas ailleurs.
C’est grâce à ce service que j’ai développé une forte passion pour la rythmologie pédiatrique.

Pourquoi être venue te former en France ?
L’attrait que j’ai eu pour la France est né de plusieurs choses. Tout d’abord, je l’ai en quelque sorte découverte en étudiant le français à l’école primaire et secondaire. Ensuite, j’ai progressivement nourri une grande curiosité pour la France et en particulier pour Paris. Mais dans la vie il suffit parfois d’une rencontre.

En effet, le déclic a ensuite été une rencontre professionnelle très importante pour moi : celle avec le Dr A. Maltret, pédiatre spécialisée en cardiologie et rythmologie pédiatrique travaillant à l’hôpital Necker- Enfants Malades. J’ai eu la chance d’effectuer un stage d’un mois dans son service durant ma dernière année d’internat. Ça m’a donné un bel aperçu de Paris. Travailler à ses côtés m’a donné l’envie et le courage de me spécialiser en rythmologie pédiatrique et de déménager à Paris après mon internat. Les surspécialités interventionnelles étant plus représentées chez les hommes en Italie, j’étais persuadée que si elle avait réussi, je le pouvais également. Son parcours représentait, pour moi, un exemple à suivre.

Quel a été le plus grand obstacle que tu as rencontré lors de ton installation à Paris ?
Je pense que l’obstacle le plus difficile à surmonter a été l’ensemble des démarches administratives (Ordre des médecins, DIU de rythmologie…). Cela peut sembler anodin, mais dans un pays que l’on ne connaît pas bien, la bureaucratie peut vite décourager.

L’autre grande difficulté a été d’avoir un revenu pendant ma fellowship à Necker et à Parly 2, sans aucun soutien financier. La première année n’a pas été très simple. Malheureusement les stages de fellowship sont rarement rémunérés. J’ai donc décidé d’envoyer une demande de candidature pour une bourse à la Société Européenne de Cardiologie. Heureusement, mon projet de recherche avec Necker a été choisi. L’obtention d’un « Training Grant européen » m’a été octroyée pour ma deuxième année de felllowship et a beaucoup simplifié ma formation à Paris.

Qu’est-ce qui te manque le plus d’Italie ?
Je pense en premier à mes proches : ma famille et mes amis italiens me manquent chaque jour. Je pense bien sûr à la cuisine italienne même si je trouve de bons « substituts » !
Ensuite, les relations interpersonnelles sont plus chaleureuses en Italie qu’à Paris.
Ici, les gens peuvent apparaître très proches en étant pourtant très distants dans la construction de leur relation. L’aliénation sociale qu’une ville comme Paris peut créer m’a surprise. Ces relations chaleureuses me manquent énormément.

Cela fait maintenant plus de 2 ans que tu vis en France, est-ce que tu dirais que tu te sens enfin chez toi ?
Par « chez moi », je peux entendre « être près des gens que j’aime », mes proches. Dans ce sens, on peut dire que je me sens à moitié « chez moi ». Mais en même temps, je ne me sens pas étrangère. Aujourd’hui, je me sens à l’aise en France, ce pays qui m’a accueillie à bras ouverts.
En termes d’intégration, je n’ai pas eu de difficulté particulière, que ce soit au niveau professionnel ou amical. Concernant l’apprentissage de la langue, le français médical est venu facilement. Et quand les patients comprenaient que j’étais italienne et que j’éprouvais quelques difficultés à parler en français, ils étaient très compréhensifs et bienveillants. Cela a probablement été favorisé par les origines variées des patients. Ça arrivait de temps en temps qu’ils corrigent mon français, ce qui m’a permis de progresser auprès d’eux.

Qu’envisages-tu pour la suite ? Resteras-tu à Paris ?
Dans un premier temps, je souhaite rester à Paris et poursuivre en tant que praticien attachée à l’Hôpital Necker-Enfants Malades. J’ai décidé de poursuivre cette belle occasion que la France m’a donnée.

Que conseilles-tu aux internes qui souhaiteraient s’orienter vers la rythmologie pédiatrique ?
La cardiopédiatrie est une surspécialité passionnante. Elle peut décourager les jeunes médecins devant la rareté des pathologies, parfois très complexes. Je conseille avant tout de persévérer devant ce que l’on ne connaît pas, de toujours chercher à comprendre. L’avantage et la beauté de la cardiologie pédiatrique, c’est qu’elle apporte une réflexion basée sur l’hémodynamique cardiaque, bien différente de celle de la cardiologie adulte non congénitale, ce qui la rend très captivante.

C’est à la fois une difficulté et un plaisir d’aborder la cardiologie autrement. Il faut parfois du courage pour se lancer dans cette surspécialité un peu à part, qui pourtant nécessite de plus en plus de médecins, de services spécialisés grâce aux innovations thérapeutiques de ces dernières années, notamment rythmologiques. Par ailleurs, travailler avec les enfants nous engage à donner beaucoup de nous-même, mais la récompense n’en est que plus belle.

Une fois la volonté acquise, je conseille de réaliser, pendant l’internat, un stage de cardiologie pédiatrique puis de rythmologie adulte. Le post-internat peut ensuite inclure un fellowship ou un poste d’assistant- CCA mixte en rythmologie adulte et rythmologie pédiatrique. Il faut bien se renseigner sur les différentes formations théoriques et pratiques de rythmologie et de cardiologie pédiatrique car elles dépendent des régions.

En conclusion, il faut être passionné et avoir une grande volonté dans la vie. Il ne faut pas avoir peur de faire un saut dans le vide et choisir une surspécialité car elle est en dehors des normes habituelles : la découverte peut être surprenante et révélatrice. Il ne faut surtout pas avoir peur d’avoir un parcours différent car chaque expérience apporte quelque chose de plus, des compétences spécifiques, qui peuvent être reconnues et recherchées. Par ailleurs, je conseille vivement de ne pas hésiter à aller se former à l’étranger pour élargir ses horizons et avoir une ouverture médicale plus internationale. J’invite tout le monde à suivre avant tout sa voie. Tous mes choix dans la vie ont été guidés par la passion. J’ai toujours été amoureuse de ce que j’ai fait, de mon travail. En effet, je pense qu’une grande passion peut nous aider à surmonter même les obstacles plus difficiles auxquels nous sommes confrontés et à réussir notre vie.

Le courage est euphorisant. La passion est contagieuse.

Il faut aimer. Il faut oser. Il faut rêver.

Le futur appartient à ceux qui croient dans la beauté de leurs rêves.

Article paru dans la revue “Collèges des Cardiologues en Formation” / CCF N°8

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