Stage en pédiatrie ambulatoire : Le point de vue des internes

Publié le 1651927379000

 
Enquête de l’AJP

Parmi les 6000 pédiatres français, un peu moins de la moitié exercent en libéral. Cependant, il n’est proposé aucun stage en pédiatrie ambulatoire (i.e. non hospitalière) au cours de l’internat. En effet, contrairement à nos collègues de médecine générale, nous nous installerons « en ville » sans avoir reçu les enseignements théorique et pratique qui font la spécificité de cet exercice. Pourtant l’envie semble être bien là, tant chez les coordonateurs régionaux des DES, qu’au sein des internes. Les tentatives de création de tels postes se heurtent parfois à la lourde logistique qui en découle, bien que certaines villes commencent à proposer ce type de stage en « hors filière ».

La majorité des internes doit donc actuellement se contenter de remplacements pour se faire une idée de ce que représente l’exercice libéral. Alors que de nombreux projets sont portés dans différentes régions, entre les associations d’internes, les ARS et les facultés, nous avons voulu sonder les internes sur leurs attentes pour un tel stage.

Nous avons mis au point un questionnaire court, que nous avons envoyé par mail aux internes de 15 régions. Nous vous exposons ici le résultat de ce sondage réalisé entre mai et octobre 2012. 572 internes ont été contactés et nous avons reçu 249 (43,5 %) réponses.

85,9 % des internes sont pour un tel stage. La figure 1 montre la répartition des réponses concernant le moment considéré comme opportun pour la réalisation de ce stage en ville.

85,3 % souhaitent faire leur stage chez plusieurs praticiens et 79,9 % aimeraient pouvoir faire ce stage également dans une autre structure de ville : CAMSP, PMI, etc. 63,9 % sont pour un stage chez un praticien spécialisé. Cependant, les internes ne souhaitent pas effectuer ce stage dans une autre région que la leur (59,4 %). Concernant la possibilité de réaliser des gardes dans un hôpital de proximité, 73,5 % des internes y sont favorables et 69,1 % envisagent également de faire ces gardes dans une maternité du secteur.

Au sujet d’un enseignement théorique, 92,8 % des internes se disent intéressés par des cours théoriques sur la gestion d’un cabinet de ville et la pédiatrie ambulatoire : guidance parentale, prévention, nutrition etc. Sur le plan de leurs projets d’exercice futur, seulement 12,4 % de ces futurs pédiatres envisagent une installation dans une zone rurale. Une grande majorité (81,9 %) souhaitent faire un clinicat, et le mode d’exercice futur envisagé se répartit comme présenté en figure 3.

Forts de ce sondage, les commissions formées pour la mise en place des stages chez le praticien vont pouvoir faire valoir les attentes fortes des internes. En effet, les internes de pédiatrie se sont, par ce biais, prononcés fort en faveur d’un tel stage et sont dans l’attente de recevoir cette formation essentielle à leur exercice futur. Il reste donc à organiser localement le stage chez le praticien en pédiatrie, tant en termes de formation des responsables de stage, que d’adéquation au nombre de postes d’internes ou de financement.

 Nous vous remercions pour vos précieuses réponses !

 Eloïse Giabicani

La réponse de nos pairs
Devant la demande des internes, la logique démographique et le prévisible départ en retraite d’un tiers des pédiatres de ville dans les 10 prochaines années, quelles sont les réponses de nos pairs, pédiatres libéraux et professeurs d’université ?

Le point de vue des pédiatres de ville
Plus que favorables au projet, ils sont très demandeurs de nous former pour assurer la relève, tant en nous apprenant la pédiatrie en cabinet qu’en nous sensibilisant à la manière de se définir d’un pédiatre par rapport aux autres professionnels de l’enfance. Mais le temps qu’ils utilisent pour notre formation est un manque à gagner pour leur activité, et doit faire l’objet d’une légitime indemnisation qui reste à définir.

 Le point de vue des enseignants
Eux aussi, enthousiastes à nous faire découvrir la ville, d’ores et déjà en pénurie de pédiatres, ne le sont pas à n’importe quel prix. Ils sont exigeants quant à la qualité de la formation, donc à celle des formateurs, et quant aux obligations des internes de participer aux permanences de soin durant leur stage ambulatoire.

 Alors, si tout le monde est d’accord qu’estce qui bloque ?
Il y a plusieurs sons de cloche : tantôt le motif « budgétaire » est avancé, car ce mode de stage n’existant pas dans la maquette de pédiatrie, aucun budget ne lui est dédié. C’est comme ça que certains ont pu y accéder seulement par un hors filière en médecine générale (…). Tantôt le motif statutaire : quel statut de l’interne pendant ce stage, qui n’est ni sous la responsabilité d’un chef de service ni remplaçant ? La déontologie et la loi permettent-t-elles qu’un patient mineur consultant un pédiatre libéral sorte du cabinet avec une ordonnance signée de la main d’un interne ? Ces motifs découragent les négociations depuis plusieurs années.

Au final, est-ce qu’on avance ?
Oui, clairement. Car aujourd’hui, si certaines régions parviennent à mettre en place un stage ambulatoire pour les internes en pédiatrie, c’est souvent par un grand sens de la négociation et du système D, et ce stage n’est en aucun cas reconnu dans la maquette de pédiatrie.

Ensemble, les assemblées nationales de pédiatres ambulatoires, les collèges d’enseignants et l’AJP (grâce à vos réponses) construisent en ce moment même un projet visant à définir sur tout le territoire les modalités de mise en place du stage ambulatoire en pédiatrie. Les embûches administratives ont récemment été résolues par de nouveaux textes de loi, rendant ce projet plus que jamais à l’ordre du jour. Ce projet consiste à établir les conditions dans lesquelles le stage de l’interne peut être réalisé, comment un pédiatre de ville peut être agrémenté pour recevoir un interne stagiaire, les objectifs de stage, le nombre de maîtres de stage par interne, le contenu de la formation théorique associée, etc.

Si ce projet est accepté, il y aura encore une phase de recrutement et de formation des futurs maîtres de stage avant de voir émerger ces nouveautés parmi vos choix.

 Encore un peu de patience, ça viendra !

 Noémie Lavoine

Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°07

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