Sexualité et grossesse : Levons le voile !

Publié le 17 May 2022 à 22:34
#Gynécologue-obstétricien

En gynécologie, pas de sujets tabous !
Nous avons donc mené une enquête sur la sexualité et la grossesse. Notre principal outil d’investigation fut ce cher Pubmed. Levons le voile sur le sexe pendant la grossesse.

La fréquence des rapports sexuels pendant la grossesse : augmentée ou diminuée ?
Les études ayant comparé la fréquence des rapports sexuels avant et pendant la grossesse sont toutes arrivées au même résultat, la fréquence des rapports sexuels diminue durant la grossesse (1).

Le trimestre le plus touché ? Le troisième !
Dans une méta-analyse de 59 études de von Sydow rapporte que 76 à 79 % des femmes prennent du plaisir lors des rapports pendant la grossesse ce qui diminue à 59 % lors du premier trimestre puis 75-84 % lors du deuxième et finalement 40 % lors du troisième trimestre (2). Le premier trimestre est impacté par la peur des FCS et la prise de conscience de la grossesse. De plus, nausées, vomissements et asthénie font chuter la libido. Au deuxième trimestre, il semblerait y avoir un regain d’activité sexuelle : les signes sympathiques de la grossesse disparaissent, les craintes d’une FCS s’éloignent et la hauteur utérine n’est pas encore trop handicapante. Au troisième trimestre, les femmes sont gênées par l’engagement de la tête fœtale, l’incontinence, les hémorroïdes, les varices, les subluxations symphysaires et le volume du ventre (3).

Changement de positions ?
Oui à partir du deuxième trimestre, lié au volume utérin et aux sensations de malaise en décubitus dorsal. En fin de grossesse, les positions postérieures et de côté apparaissent comme plus confortables (1).

Diminution de la quantité mais augmentation de la qualité ?
Le FSFI (Female Sexual Function Index) est un score de qualité de vie explorant la satisfaction sexuelle.
Cinq domaines de la fonction sexuelle sont étudiés : le désir, la lubrification, l’orgasme, la douleur et la satisfaction sexuelle globale. Toutes les études vont dans le même sens, il existe une diminution statistiquement significative du score FSFI durant la grossesse et ce d’autant plus que l’âge gestationnel avance (1).

Pourquoi ? Est-ce que la physiologie du rapport change pendant la grossesse ?
Les études indiquent une diminution des sensations clitoridiennes, une diminution de la libido ainsi qu’une diminution de la qualité de l’orgasme pouvant persister jusqu’à 6 mois en post-partum (chez 80 à 95 % des femmes selon Erol) (4). Pendant le 3ème trimestre les contractions vaginales sont plus faibles et il existe des spasmes musculaires qui peuvent influencer la réponse orgasmique. De plus, la congestion vaginale associée à une diminution de la lubrification peuvent être responsable de dyspareunies d’intromission (3). Mais alors, y a-t-il plus de rapports non vaginaux ? Non, la fréquence des rapports vaginaux diminue, mais celle des rapports non vaginaux (oraux, anaux, masturbation) reste stable en comparaison à la fréquence avant la grossesse. Donc pas de compensation !

Et la psychologie dans tout ça ?
Le désir sexuel est intimement lié à la sphère psychologique et émotionnelle notamment l’estime de soi. La grossesse change la représentation que la femme a de son corps : les modifications physiques parfois difficiles à accepter (vergetures, prise de poids…) et le regard changeant du partenaire dégradent leur image d’elles-mêmes. Aussi, la femme peut être psychologiquement indisposée au rapport, ses pensées étant directement dirigées vers le fœtus témoin de l’acte.
Cela peut rendre les rapports moins épanouissants entretenant un cercle vicieux lors duquel le désir de la reconduite du rapport est diminué (1).

Mythes et légendes ?
La plupart des femmes craignent que les relations sexuelles nuisent au bébé. Dans plusieurs études, elles avancent des risques augmentés de fausse couche, rupture prématurée, infection jusqu’à la peur de blesser l’enfant. Il s’agit d’idées reçues ou de croyances qui ont été à ce jour largement réfutées.

La culture impacte beaucoup ces croyances. Dans des études au Pakistan et au Niger, les femmes étaient convaincues que le sexe élargissait le vagin et facilitait le travail. Tandis qu’en Iran, elles avaient peur d’une rupture de l’hymen du fœtus féminin voire de cécité fœtale. Certaines pensaient qu’avoir un rapport avec un fœtus in utero était similaire à un adultère (5).

Les rapports pendant la grossesse sont-ils dangereux ?
Même si les rapports sexuels n’augmentent pas le risque de RPM, d’infection, et d’accouchement prématuré, ils sont contre-indiqués en cas de MAP, RPM et en présence d’un placenta praevia.

En dehors de ces contre-indications le rapport sexuel est envisageable et devrait même être encouragé. Car il a été démontré que la satisfaction sexuelle augmente la qualité de vie mentale chez la femme enceinte (3).
Quel est le rôle du praticien dans tout cela ?
Plusieurs études rapportent un manque d’information des patientes sur la possibilité d’une activité sexuelle pendant la grossesse. Sans doute en lien avec un manque de formation des praticiens à la sexualité. 73 % des femmes n’ayant pas pu parler de sexualité avec leur praticien estimaient qu’il aurait dû l’évoquer spontanément en début de suivi (6). Les questions principalement posées portaient sur la baisse de libido, du désir, les dangers du rapport, les pratiques sexuelles compatibles avec la grossesse.

Ainsi les informations sur la sexualité ne devraientelles pas être systématiques au même titre que les conseils d’hygiène de vie ? On vous laisse réfléchir !

Léa DESCOURVIERES et Alexane TOURNIER
internes de GO à Lille

1. Thomas E et al, Sexualité durant la grossesse : revue systématique. La Revue Sage-Femme 2019 ; 18 : 293-301.
2. Von Sydow K. et al, Sexuality during pregnancy and after childbirth: A metacontent analysis of 59 studies. J Psychosom Res 1999;47:27–49.
3. Crista E. et al, Sexual Health during Pregnancy and the Postpartum J Sex Med 2011;8:1267–1284.
4. Erol B et al. A cross-sectional study of female sexual function and dysfunction during pregnancy. J Sex Med 2007;4:1381–7.
5. Shojaa M, Jouybari L, Sangoo A. The sexual activity during pregnancy among a group of Iranian women. Arch Gynecol Obstet 2009;279:353–6.
6. Lemaitre B. Sexualité et grossesse, souhaits et ressenti des femmes. Rouen: Université de Rouen; 2010 [Mémoire].

Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°20

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

Publié le 1652819672000