Série Hippocrate

Publié le 1652464958000


Rencontre avec Thomas Lilti, médecin généraliste et réalisateur

« Le prisme de l’interne est une bonne raison de raconter le monde hospitalier comme reflet de la société. »

H.- Vous êtes médecin généraliste et réalisateur. Hippocrate est votre première série, diffusée sur Canal + depuis le 26 novembre. Les trois personnages principaux sont des internes. Pourquoi ce choix ?
Thomas Lilti.- Je parle de ce que j’ai connu en tant qu’interne, le premier jour à l’hôpital, les premières gardes mais aussi le rapport à la responsabilité, aux patients et à l’institution. Le prisme de l’interne est une bonne façon de raconter le monde hospitalier comme reflet de la société.

H.- Le premier épisode démarre très fort pour ces internes, qui n’ont pas le temps de souffler. Pourquoi une telle tension ?
T.L.- Je voulais montrer que ces jeunes vivent à 100 %. On n’arrête pas de dire que les jeunes ne sont plus mobilisés, qu’ils ne s’engagent plus. C’est faux. Les internes sont exceptionnels, engagés, tournés vers les autres. Mais ils sont aussi seuls face à leur sentiment de culpabilité.

H.- La première saison se passe au sein d’un service de médecine interne avec une équipe de soignants très solidaires. Pourquoi insister autant sur le collectif ?
T.L.- Car c’est la force de l’hôpital ! C’est d’ailleurs l’une des questions posée par la série : est-on plus fort seul ou en groupe ? Quand ça fonctionne de façon collégiale, on trouve des solutions et cela protège aussi l’équipe.

H.- Vous faites intervenir des médecins généralistes dans l’un des épisodes. Leur portrait n’est pas forcément flatteur…
T.L.- Je ne suis pas de cet avis. Ces médecins sont compétents mais peutêtre qu’ils ne sont pas à la bonne place. Et c’était surtout le prétexte pour dire qu’il n’y a pas une mais plusieurs médecines, qu’il y a mille façons d’aborder son métier.

Je parle de ce que j’'ai connu en tant qu' ’interne, le premier jour à l' ’hôpital, les premières gardes mais aussi le rapport à la responsabilité, aux patients et à l' ’institution.


Zacharie Chasseriaud (Hugo Wagner), Louise
Bourgoin (Chloé Antovska), Karim Leklou (Arben Bascha), Alice Belaidi (Alyson Lévèque)
Copyright : © Denis Rouvre / Canal+

H.- Comment avez-vous fait pour briefer les acteurs pour les rendre crédibles ?
T.L.- Il y a un gros travail d’écriture en amont pour que les épisodes soient réalistes. Ce réalisme sert le romanesque puisque la série est une fiction. J’ai aussi pris le temps de discuter avec les acteurs sur le rapport au patient, pour leur montrer les gestes techniques. Quand je ne maîtrisais pas le geste ou que je n’avais pas le temps de leur montrer, c’était un consultant qui s’en chargeait.

H.- Où avez-vous tourné les épisodes ?
T.L.- Le tournage a eu lieu dans un pavillon désaffecté de l’hôpital Villepinte qui est toujours en activité. Beaucoup de soignants venaient nous voir par curiosité et ont finalement tenu un rôle de figurant. D’autres nous ont apporté leur expertise. Ce fut très enrichissant.

H.- Quelles furent les réactions de vos confrères lors de la projection en amont de la diffusion ?
T.L.- Nous avons projeté la série mi-novembre à l’université de médecine de Paris V à des externes, internes et médecins. Leur retour fut très positif car la série faisait écho à leur quotidien au sein de l’hôpital.

Propos recueillis par V. Pageot

Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°21

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