S2F : Les Frais de Scolarité

Publié le 06 May 2022 à 17:59
#Kinésithérapeute


Une thématique régionale, bientôt nationale ?

La gestion du financement des études de masso-kinésithérapie est une des missions que l’Etat a délégué aux régions de France en 2004. Il existe trois statuts d’IFMK: les Publics (systématiquement rattachés à un CHU) ; les privés à but non lucratif (associations ou fondations) ; et les IFMK privés à but lucratifs. Si la loi prévoit un financement des IFMK publics, on sait que ce n’est pas toujours respecté comme à Brest où les frais de scolarité s'élèvent à 6 170 euros par an. Le financement des IFMK privés, à but non lucratif et lucratif, est quant à lui laissé au choix des régions La question du financement est donc une volonté politique des régions. C’est ainsi que l’IFMK privé à but non lucratif de Nancy est financé par la région de telle façon que les frais de scolarité y sont de 560 euros/an.

Tableau 1 : Tableau regroupant les extrêmes de coût de formation en fonction des statuts.

Statut/ Frais de scolarité annuels

Prix Minimum

Prix Maximum

Public

170

6 170

Privés à But Non Lucratifs

560

8 880

Privés à But Lucratifs

8 900

9 130

Ces frais de scolarité ne sont pas garants d’une meilleure formation et mènent tous vers un même diplôme d’Etat, quelque soit l’IFMK d’origine. Ainsi, le coût de la formation annuelle d’un étudiant kiné est en moyenne de 6000 en province et 8000 en Ile-de-France.. La différence entre ce que doivent payer les étudiants d’un IFMK à l’autre, se fait essentiellement par l’investissement de la région dans la formation en kinésithérapie.

Ils posent en revanche différentes problématiques et ont des répercussions qui se ressentent tant sur le monde étudiants que professionnel :

1. La sélection par l’argent
A l’issue de la première année de sélection universitaire les étudiants peuvent se retrouver affectés, en fonction de leur classement, dans un IFMK public à frais universitaires à 170 euros par an ou un IFMK privé à but lucratif à 9200 euros par an. C’est le cas par exemple de la sélection à Bordeaux qui offre une orientation vers l’IFMK de Bordeaux et Bègles, dont les frais de scolarité s'élèvent respectivement à 1 055 euros et 6 800 euros/an).

2. La problématique territoriale
Au sein de mêmes territoires peut exister une disparité dans le coût de l’offre de formation. En Pays de la Loire, un néo-bachelier issu de l’université du Mans pourra effectuer sa ou ses années de sélection sur le site d’Angers avant d’intégrer l’IFMK de Laval à 2700. A contrario, le néo-bachelier de Nantes après un parcours identique ne pourra intégrer que l’institut de Nantes, à 5670. On a ici une sélection non par le mérite mais bien par le hasard géographique qui détermine l’affectation académique.

3. La précarité étudiante
Frais de scolarité élevés riment avec précarité. Un tel poids financier met l’étudiant dans une situation économique difficile. Les bourses servent, selon leur définition, à financer les frais de vie quotidienne. Les frais de scolarité sont donc un poids supplémentaire qui est à charge de la famille et/ou de l’étudiant. Ajouté à cela, l’absence totale ou partielle d’accès aux services universitaires (CROUS, SIUMPPS [Médecine Préventive], SUAPS) ostracise les étudiants d’un système conçu pour offrir des garanties de qualité de vie à la population étudiante.

4. L’endettement
En IFMK privés à but non lucratif non financés, ce sont entre 27 et 31% d’étudiants qui contractent un emprunt bancaire pour financer leurs études, contre 3% en IFMK à frais universitaires. Quand l’étudiant ne s’endette pas, c’est la famille qui paye dans l’immense majorité des cas.

5. L’orientation professionnelle
Les chiffres montrent qu’un étudiant endetté s’orientera majoritairement vers une activité libérale de remplacement, activité la plus lucrative. Il est donc très difficile de se tourner vers une activité salariée, aux salaires moindres. Il est également inenvisageable pour l’étudiant de poursuivre des études, par exemple vers une filière de recherche. De la même manière, il lui est impossible d’investir dans l’installation en zone sous dotée, et répondre ainsi à une problématique de santé publique. Certains étudiants signent, parfois très tôt dans leur formation, des contrats de fidélisation qui les lient à des structures hospitalières pendant au moins une année après le diplôme en échange du financement d’une année d’études. Cet enchaînement de l’étudiant se fait au détriment de l’attractivité de la structure et engendre un fort turn-over. Ainsi, ce système montre ses limites pour l’étudiant mais aussi pour le patient qui voit la qualité de prise en charge altérée.

Que fait la FNEK pour enclencher le mouvement ?

Une campagne de sensibilisation est menée au national. Le bureau de la FNEK a ainsi pu rencontrer différentes personnalités politiques comme les cabinets des ministres de l’enseignement supérieur, et de la santé, ainsi que plusieurs députés. Nombre d’éléments sont ressortis de ces rencontres, notamment le manque de connaissance de la problématique du financement de notre formation, mais aussi l’impossibilité de financer les formations privées à but lucratif. L’état ne peut en effet pas apporter de fonds vers un organisme qui a pour but de générer des bénéfices à des actionnaires, bien qu’il dispense une formation en kinésithérapie.
En parallèle, l’annonce de l’augmentation de 1,5 milliards du budget de la formation (budget dont nous dépendons) alloué aux régions par l’état, ou encore une récente allocution de la Ministre de l’enseignement supérieur abordant la question des frais de scolarité, sont des éléments encourageants quant au financement de notre formation.

La FNEK montre son investissement dans ce combat et n’a de cesse d’être force de proposition sur ces questions. Les positions de la FNEK demandent un financement intégral et inconditionnel de la formation en kinésithérapie, au même titre que toutes les autres formations universitaires. Cela suit par ailleurs le grand mouvement d’universitarisation de notre formation, dont l’actualité est aujourd’hui plus que dense. Cependant dans le corpus des positions que la FNEK a déjà adopté, la position vis-à-vis des IFMK privés à but lucratifs reste en suspens.
Ces instituts génèrent, grâce à leurs frais de scolarité exorbitants, des profits importants pour leurs actionnaires, au détriment des étudiants en formation. Étant souvent dirigés par des entreprises, il est impossible pour les pouvoirs publics de les subventionner. Une position claire doit être adoptée à leur encontre, mais elle ne doit en aucun cas impacter la formation des étudiants dans les IFMK concernés. Cette motion se veut cohérente avec nos valeurs et sera cadrée, sécure, ambitieuse et source de proposition pour les étudiants concernés. Ceci afin de permettre à la FNEK de remplir sa mission de défense des droits des étudiants en kinésithérapie.

Et vous, Que pouvez-vous faire ?

Depuis quelques années, des étudiants dans plusieurs régions de France ont décidé d’agir face à cette situation alarmante. Ils se sont rassemblés au sein d’une même région, pour porter la voix des étudiants auprès des acteurs locaux et régionaux, et ce, malgré leur différence de frais de scolarité ou même de statut. On parle de projets régions. Il est primordial de soutenir ces projets dans leurs actions et leurs communications pour que leur démarche soit la plus efficace possible !
Ce type de rassemblement n’existe pas dans ta région ? Ces problématiques t’intéressent ? Lance-toi ! Le Guide du Projet Région sera disponible dès le mois de janvier pour te donner les clés pour réaliser ce projet. Au sein de la FNEK, le pôle en charge de la Stratégie du Financement de notre Formation (S2F) est aussi là pour t’accompagner !

CARTE DES PROJETS REGION 2018

Paul Harscouet & Carl Abidji
Vice-Président S2F & Chargé de Mission S2F
K3 Berck & K3 Nantes

Article paru dans la revue “Le Journal des Étudiants Kinés” / BDK n°49

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

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