Revue de presse - ESMO 2023

Publié le 1708613744000
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / RIO N°6


L’équipe de la revue de presse se réunit une fois par mois. Chaque membre se voit attribuer une revue et y sélectionne un article de son choix, qu’il a trouvé important, original, novateur… La revue de presse n’a pas vocation à être exhaustive mais plutôt à faire découvrir des articles et à amener discussion et réflexion. Bonne découverte !

Actualités ESMO 2023  par Alix CELARIER
Interne d’oncologie médicale 

Article analysé : Van der Heij den MS, et al. Nivolumab plus gemcitabine-cisplatin versus gemcitabine-cisplatin alone for previously untreated unresectable or metastatic urothelial carcinoma: results from the phase 3 CheckMate 901 trial.

ESMO Congress 2023, publié dans le NEJM le jour de la session présidentielle.

Malgré les avancées récentes, les carcinomes urothéliaux à un stade avancé restent souvent incurables avec approximativement 35  % de survie à 5  ans. Les chimiothérapies à base de sels de Platine (en particulier le Cisplatine) sont historiquement le standard dans le traitement de première ligne des patients avec un carcinome urothélial avancé (non résécable ou métastatique).

Les inhibiteurs de checkpoints immunitaires ont transformé considérablement la prise en charge de nombreux cancers et ont déjà leur place dans la prise en charge des patients avec des carcinomes urothéliaux à un stade avancé. Actuellement c’est l’avelumab (anti PD-L1) qui est utilisé en traitement d’entretien des carcinomes urothéliaux avancés, après une première ligne de chimiothérapie à base de platine. Selon les recommandations de l’ESMO 2021, non encore valables au moment de l’essai CheckMate901, l’Atézolizumab ou le Pembrolizumab est une option de première ligne pour les patients inéligibles au Cisplatine en première ligne. Le Pembrolizumab est aujourd’hui selon ces mêmes recommandations la deuxième ligne de traitement pour les carcinomes urothéliaux avancés ou métastatiques. Mais pour l’instant aucune première ligne de traitement avec une association inhibiteur de checkpoint et chimiothérapie à base de Platine n’a démontré un gain en survie chez les patients avec des carcinomes urothéliaux avancés.

L’étude CheckMate901 est un essai randomisé, prospectif, international et multicentrique (135 sites dans 30 pays) de phase III, qui a évalué l’efficacité de la combinaison du nivolumab et d’une chimiothérapie à base de cisplatine et de gemcitabine contre un traitement par chimiothérapie seule dans le traitement de première ligne des carcinomes urothéliaux avancés.

Pour être inclus les patients devaient présenter un carcinome urothélial avancé c’est-à-dire soit non résécable soit métastatique, être OMS 0 ou 1 et ne pas présenter de contre-indication au Cisplatine (notamment avoir un DFG > 60ml/min). Les patients ne pouvaient pas avoir reçu de chimiothérapie systémique. 608 patients ont été randomisés (304 par bras), avec une stratification sur le statut PDL1 de la tumeur et sur la présence ou non de métastase hépatique. Les caractéristiques des patients étaient équilibrées entre les deux groupes.

Les objectifs principaux étaient la survie globale et la survie sans progression avec une répartition du risque alpha globale entre ces deux critères avec un risque alpha respectif à 0,01 et 0,04. Les critères de jugement secondaire incluaient la qualité de vie, la toxicité, la réponse objective au traitement et l’étude des critères principaux dans le sous-groupe sur exprimant le PDL1.

Les patients du groupe traitement recevaient 6 cycles (toutes les 3 semaines) de la combinaison du Nivolumab et de la chimiothérapie à base de Cisplatine-gemcitabine puis du Nivolumab en entretien tous les mois pendant 2 ans ou jusqu’à progression tumorale ou jusqu’à une toxicité intolérable. Tandis que les patients du groupe contrôle recevaient seulement les 6 cycles de cisplatine-gemcitabine. Un switch du cisplatine pour du carboplatine était autorisé en cas de toxicité.

La durée médiane de suivi était de 33,6 mois. La survie globale était significativement meilleure dans le groupe nivolumab plus chimiothérapie avec une durée médiane de survie à 21,7 mois (IC 95%, 18,6 à 26,4 mois) contre 18,7 mois (IC 95%, 14,7 à 22,4 mois) dans le groupe contrôle soit une amélioration significative de 22  % (HR 0,78 - IC 95%, 0,63 à 0,96 – p = 0,02). La survie sans progression s'est également améliorée, avec un rapport de risque encore meilleur à 0.72 (IC 95%, 0,59 à 0,88 – p = 0,001).