Retour sur les premières journées de l’edn libérale

Publié le 1691138937000

La Fenarediam a toujours eu vocation à accompagner les spécialistes en endocrino-diabétologie et nutrition (EDN) dans les spécificités de leur pratique libérale. En 2021, c’est dans cet état d’esprit qu’a débuté le programme STARENDOC : après une grande enquête auxquels plus de 300 spécialistes avaient répondu, une équipe de 12 endocrinologues libéraux a travaillé sur différentes problématiques organisationnelles. Dans la suite de ce programme, ont été organisées les 12 et 13 janvier deniers les 1ères journées de l’Endocrinologie-DiabétologieNutrition Libérale, grâce au soutien institutionnel des laboratoires NovoNordisk et Abbott.

Une centaine de spécialistes se sont réunis à Paris, mais étaient aussi présents des représentants de la SFD (Société Francophone du diabète), y compris paramédicale, de la SFE (Société Française d’Endocrinologie), du CNP (Conseil National Professionnel), des infirmiers, des diététiciens et des médecins généralistes. Cela a permis beaucoup d’échanges afin de mieux se connaître et de pouvoir construire de nouveaux modes d’exercice

C’est le Pr Antoine Tesnière, directeur de l’Agence Numérique en Santé, qui a effectué la conférence inaugurale autour du cabinet de demain et du rôle du numérique dans nos pratiques. Utilisation des données de santé, échanges via les messageries sécurisées, le Ségur numérique, et bien sûr arrivée de l’Intelligence Artificielle : autant de thèmes qui ont été abordés et qui nous font entrevoir de nouvelles perspectives dans nos pratiques.

Les enjeux médico-légaux de l’utilisation du numérique nous ont été exposés par Maître Kamkar, avocat : retenons que la tenue du dossier doit être parfaite, que la téléconsultation doit être considérée comme une vraie consultation, avec les même enjeux et notamment la réalisation d’un compte-rendu ; enfin, la responsabilité en termes de télésurveillance reste ambiguë : l’information du patient sur son utilisation mérite d’être clairement précisée.

Une session a été consacrée à la collaboration avec les paramédicaux au cabinet. Assistant médical, infi rmier, diététicien, infirmier de pratique avancé, éducateur sportif : plusieurs exemples ont été proposés, avec les règles, les bénéfices, les difficultés et surtout les enjeux financiers. Même si beaucoup d’entre nous travaillent en pluri professionnel, l’obstacle majeur reste le financement. Il faut espérer que la prochaine convention pourra apporter des solutions à notre spécialité ; alors que nous sommes en 1ère ligne pour prendre en charge les patients avec diabète et en situation d’obésité, nos revenus restent insuffisants pour rémunérer les paramédicaux dans le cadre de programmes d’éducation thérapeutique. Quant aux aides, soit elles ne sont pas accessibles pour la plupart (en dehors des médecins en zone sous-dotée), soit elles nécessitent des contraintes administratives lourdes.

Les CPTS, Communautés Pluriprofessionnelles Territoriales de Soin, sont une des réponses à ces difficultés de financement. Rappelons que les CPTS sont un système permettant de mobiliser localement les professionnels de santé afin qu’ils se regroupent, volontairement, pour mieux se coordonner. Parmi les missions socles, on retrouve celle des parcours de soins. C’est dans ce cadre que l’on peut utiliser les moyens de la CPTS pour mettre en place une équipe, en utilisant des outils de communication et de coordination sécurisés, permettant de partager et/ou déléguer des tâches, de former les professionnels, d’améliorer le lien ville-hôpital. Cela permet de dégager du temps médical, d’améliorer les conditions d’exercice, de renforcer les liens avec les médecins généralistes et les autres spécialistes et de favoriser l’attractivité. Par exemple, certains collègues ont mis en place un parcours autour du diabète de type 2 ou encore de l’obésité. Les endocrinologues doivent s’impliquer dans les CPTS, car ils sont les experts de cette maladie, et sont à même de pouvoir orienter les programmes.

Des exemples de parcours de soins pluri professionnels pour les patients avec diabète de type 2 ont été proposés, issus du travail réalisé dans le cadre du programme Starendoc : patients à haut risque cardio-vasculaires, en situation d’obésité, avec un objectif glycémique non atteint. Mise en place, éducation thérapeutique, fiches : les outils sont mis à disposition sur le site internet de la Fenarediam.

Un symposium, sous l’égide de NovoNordisk, sur les dernières recommandations de la HAS (Haute Autorité de Santé), publié pour améliorer la qualité de la prise en charge médicale des adultes en situation d’obésité et plus spécifiquement ceux dont l’obésité est complexe ou sévère. Dans une approche multidisciplinaire, la HAS a clarifié les 2e et 3e niveaux de prise en charge afin d’accompagner les professionnels de santé dans la mise en œuvre. Il a été proposé des clés pour modifier de manière durable les modes de vie du patient sans que l’objectif ne se résume à la perte de poids. Les laboratoires ABBOTT nous ont proposé un symposium autour de l’utilisation des capteurs Freestyle Libre 2 chez les patients avec un diabète de type 2 sous insuline basale. Les Drs Nathalie Gervaise et Rémy Leroy nous ont proposé différents cas cliniques permettant d’illustrer l’intérêt du FSL2 dans cette situation : par exemple, en initiation, il peut être rassurant pour le patient afin d'observer plus facilement son taux de glucose. Un autre intérêt est de repérer les hypoglycémies, notamment nocturnes méconnues chez les sujets à risque. Enfin, chez les patients sous insuline basale, qui présentent une dissociation entre des glycémies à jeun à l’objectif et une HbA1c trop élevée : une bonne analyse du profil glycémique permettra de mieux choisir le traitement à proposer

Des ateliers ont été proposés pour échanger sur les pratiques de la télésurveillance et de la télé-expertise. D’ici quelques semaines, nous allons pouvoir facturer la télésurveillance, mais elle nécessite une organisation différente afin de la mettre en place de manière efficiente, et qu’elle puisse être faite dans des conditions de sécurité et d’efficience : temps dédié, formation aux plateformes, paramétrages des alarmes, voire délégation de tâche auprès des paramédicaux. Quant à la télé-expertise, elle peut représenter un nouvel outil pour fluidifier la communication entre professionnels de santé mais aussi les parcours de soins. Cela fera sans doute l’objet d’un article à part entière lors d’un prochain numéro.

Enfin, une dernière session a eu lieu autour de l’initiation des pompes à insuline en libéral. Le Dr Didier Gouet, du Centre Hospitalier de la Rochelle nous a montré une expérience particulièrement positive de collaboration ville-hôpital, en vue de fluidifier les parcours de mise en place de boucle fermée chez les patients, notamment via la tenue de réunions mensuelles en visio entre l’équipe hospitalière et les partenaires régionaux de ville. Le Dr Sylvie Picard nous a présenté son expérience d’initiation de pompe à insuline chez 150 patients au cabinet, de 10 à 75 ans. Elle a mis en place un protocole, avec un suivi strict, une astreinte téléphonique, dans un souci de qualité et de sécurité. Forte de cette expérience, elle s’est récemment associée à d’autres endocrinologues sur le territoire, en créant le CIRDIA, Centre Inter-Régional D’Insulinothérapie Automatisée, afin de répondre au cahier des charges de la position d’experts de la SFD sur l’initiation des patients en boucle fermée. Néanmoins, aucun mode de financement n’existe. Le Dr  Hélène Charrier a ensuite présenté le modèle de l’association Liberpomp, créée avec le Dr Séverine Baud-Besançon, qui regroupe onze endocrino-diabétologues de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et qui propose également l’initiation des pompes par les médecins libéraux, avec la mise en place d’une charte pour les patients et les prestataires, une astreinte téléphonique médicale et des formations à visée des professionnels participants. À 2 ans et demi, plus de 60 patients ont été mis sous pompe, au sein d’une fi le active de 450 patients sous pompe à insuline.

Pour conclure, ces journées ont été l’occasion de riches échanges, de partage d’idées et d’expérience. La Fenarediam s’engage à les renouveler en 2025. En attendant, nous vous donnons rendez-vous du 12 au 14 janvier 2024 à Rennes pour le Congrès National de la Fenarediam.


Dr Emmanuelle LECORNET-SOKOL
Endocrinologue

Institut Parisien d’Endocrinologie (IPE), Paris

Article paru dans la revue « Génération Endocrinologie Diabétologie Nutrition »  / GENERATION S ENDOC N°01

 

 

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

Publié le 1691138937000