Retour sur les JFN 2022

Publié le 04 Aug 2023 à 10:39
#chirurgien
#Endocrinologue
#Médecin diabétologue

Les journées francophones de nutrition qui se sont déroulées en novembre 2022 à Toulouse ont été une nouvelle fois un grand succès. Alimentation, nutrition, obésité, troubles du comportement alimentaire étaient au programme, de quoi régaler toutes les bouches et cerveaux en soif de connaissance. Quelques faits et thèmes m’ont marqué durant ces 3 journées.

L’obésité a pu ainsi être abordée sur un aspect méconnu et en plein essor : l’olfaction. Celle-ci est connue pour jouer un rôle dans les phases de préparation à l’ingestion alimentaire (dans le but de vérifier l’absence de dangerosité et la palatabilité de l’aliment), mais également dans la phase d’ingestion (pour guider l’alimentation) et enfin en phase post-ingestion (dans l’objectif d’imprimer au sein du cerveau l’expérience de cet aliment et guider les préférences alimentaires).

Il a pu être observé chez des adultes tout-venants âgés entre 45 et 60 ans une prédominance de l’hyposmie chez les sujets en situation d’obésité. Ce symptôme a un effet délétère sur la qualité de vie et la perte du plaisir alimentaire, et peut donc être une des composantes de la survenue de syndromes anxiodépressifs en cas d’obésité.

Cette hyposmie est corrélée à une diminution franche du volume du bulbe olfactif en comparaison à des individus de poids normal. L’altération globale de la sensibilité olfactive est cependant à nuancer par le fait qu’il existe une augmentation de la détection des odeurs hédoniques d’aliments hautement palatables comme le chocolat, ce dernier point étant en accord avec ce que l’on peut observer dans certains troubles du comportement alimentaire responsables d’obésité comme l’hyperphagie boulimique. Fait intéressant, la chirurgie bariatrique semble avoir un effet de réversibilité en améliorant la détection des odeurs et leur identification, permettant d’insister sur le fait qu’un score olfactif amélioré après chirurgie pourrait être un facteur prédictif de bonne réussite de cette dernière sur le plan métabolique et pondéral.

Mais alors d’où vient ce dysfonctionnement du bulbe olfactif ?

L’insuline pourrait jouer un rôle prépondérant. Ainsi en cas de résistance à l’insuline, retrouvée fréquemment chez les personnes en situation d’obésité, l’insuline en excès aurait un impact sur la baisse de la sensibilité olfactive. D’autres études sont cependant nécessaires pour élucider ce mécanisme exact (Interventions du Dr Gurden, Paris et du Dr Bensafi , Lyon).

Une autre session est revenue sur plusieurs études réalisées à partir de la cohorte prospective française NUTRINET. Ces études basées sur un grand nombre d’individus (entre 15 000 et 100 000 adultes) ont permis l’obtention de conclusions avec un impact important sur nos pratiques. Il a ainsi été trouvé une association entre la consommation totale d’édulcorants et une augmentation du risque de maladie cardiovasculaire et plus précisément de maladie cérébrovasculaire. La consommation de l’aspartame semblerait favoriser les maladies cérébrovasculaires alors que la consommation de sucralose favoriserait les maladies coronariennes. Ces résultats alertent sur la consommation d’édulcorants qui font partie intégrante des produits que nous consommons quotidiennement, et qui semblent par conséquent ne pas être si « innocuitaires » pour la santé.

Il a pu également être mis en évidence une association entre des apports élevés en nitrites alimentaires (provenant d’additifs alimentaires ou de sources naturelles comme l’eau) et un risque plus élevé de développer un diabète de type 2. Ces résultats ouvrent la porte à la découverte d’un nouveau facteur de risque de diabète de type 2 : un apport élevé en nitrites alimentaires.

Enfin, à partir de cette même cohorte il a pu être identifié une association significative entre les apports en glucides et la survenue d’un état anxieux. Plus précisément, des apports en glucides complexes et en amidon étaient beaucoup plus associés à la survenue d’un état anxieux au cours du suivi. La persistance d’un état anxieux était quant à elle favorisée dans cette même étude par un apport majoré en glucides totaux et une augmentation du pourcentage d’énergie provenant des glucides. Cette constatation est en accord avec ce que nous pouvons observer en pratique. (Interventions des Dr Deschasaux-Tanguy, Dr Srour, Dr Kose, Hôpital de Bobigny). Je m’attarderai également sur l’association entre la consommation alimentaire et l’inflammation en pathologie humaine. Comme nous le savons depuis de nombreuses années, les acides gras riches en oméga 3 et les fibres alimentaires ont tendance à diminuer l’inflammation, à contrario des sucres ajoutés qui possèdent un effet pro-inflammatoire. Un des exemples les plus parlants de cette association est l’effet protecteur que peut avoir le régime méditerranéen qui permet dans les études une diminution des cytokines pro-inflammatoire de manière nette. À ce titre un score a été établi afin d’évaluer spécifiquement le caractère pro-inflammatoire de l’alimentation  : le DII pour Dietary Inflammatory Index. À partir de ce score, plusieurs études ont montré une association entre l’augmentation de cet index et une augmentation des syndromes dépressifs, du diabète de type 2, de maladie cardiovasculaire, de cancer colorectal, et de la mortalité globale et cardiovasculaire. Ces données amènent à considérer le régime anti-inflammatoire comme une voie importante de prévention primaire en santé humaine et un aspect « thérapeutique » à ne pas négliger. (Intervention du Dr BELLICHA, Bobigny)

Enfin quelques mots sur les troubles de l’oralité de l’enfant, et plus particulièrement sur l’ARFID qui se défi - nit par un désordre alimentaire avec aversion amenant à une perte de poids significative, un déficit nutritionnel ou encore une dépendance à des compléments nutritionnels, mais non expliqué par une indisponibilité des aliments ou par des habitudes culturelles, une anorexie, une boulimie, ou une cause organique médicale.

Ce trouble, avec une prévalence évaluée en population française pédiatrique de 2,7 % sur une cohorte de 401 patients, semble être favorisé par un excès d’accommodation parentale.

Ainsi «  plus le style de la mère est permissif et plus ses motivations et ses stratégies sont dictées par les préférences de son enfant, d’autant plus grandes seront les difficultés alimentaires de l’enfant ».

De nouvelles recommandations ont été publiées récemment afin d’offrir une prise en charge adaptée, prenant en compte le risque important de carences vitaminiques et en micronutriments ainsi que le sur-risque d’ostéoporose dans ces populations. (Intervention du Pr FEILLET, CHU de Nancy).


Thomas DEMANGEAT
Interne EDN, Rouen

Article paru dans la revue « Génération Endocrinologie Diabétologie Nutrition »  / GENERATION S ENDOC N°01

 

 

 

 

 

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