Retour sur 10 ans d’échange humanitaire cardiologique entre l’inde et la France initiee par une interne…

Publié le 24 May 2022 à 14:32
#Cardiologue

 

Témoignage de Patrick Henry, responsable du projet, accompagné pour cette édition 2018 de Théo Pezel l’un des internes du service

Interview du Pr Patrick HENRY Cardiologue à l’hôpital Lariboisière, Paris

Quelle est l’histoire de la création de ce projet d’échange entre l’Inde et la France ?
Cette aventure franco-indienne naît d’une initiative individuelle: en 2006, grâce à Saroumadi Adavane, interne a  l’hôpital Lariboisie re, qui demande à effectuer un stage d’un semestre a  Pondichéry, dont sa famille est originaire. Accueillie par le Pr Santhosh Satheesh dans le département de cardiologie de l’hôpital de JIPMER (“Jawaharlal Institute of Postgraduate Medical Education and Research”), elle en revient enthousiasmée par l’expérience, et me demande si une collaboration avec l’équipe indienne ne serait pas possible.

Nous nous sommes rendus avec mon équipe pour la première fois à l’hôpital de JIPMER en 2007 pour un premier séjour de repérage : “A  l’époque, ils commençaient tout juste a  pratiquer l’angioplastie coronaire par voie fémorale”.

Depuis 2008, nous y retournons chaque année, accompagnés d’une petite équipe constituée de médecins (cardiologues, chefs, internes) et de deux infirmie res, munies de matériel, afin de participer à un programme d’échange à travers des ateliers de formation pratiques notamment sur l’angioplastie.

Ces séances bénéficient également a  des praticiens de la cardiologie interventionnelle venus d’autres établissements du Sud de l’Inde.

Les procédures étant désormais bien intégrées au sein de JIPMER, ces collaborations en cardiologie prennent aujourd’hui la forme de protocoles de recherche communs. En outre, chaque année, quelques étudiants en médecine de Lariboisie re font un stage d’un mois a  JIPMER !

Récit de l’édition 2018
Pondichéry, samedi 10 novembre. C’est sous un soleil écrasant que la délégation française arrive à l’hôpital de JIPMER, chaleureusement accueillie par le Pr Santhosh Satheesh. Aussi discret que compétent, ce cardiologue, chef de son département, est l’une des chevilles ouvrières d’un partenariat déjà bien établi entre JIPMER et l’hôpital Lariboisière.

Pour une partie de l’équipe qui a fait le déplacement, il s’agit là d’un premier contact avec l’Inde, et donc avec le système de santé indien. Une vision déroutante les saisit d’emblée : les familles de patients, qui campent littéralement dans l’enceinte de l’hôpital et lui donnent un air de cour des miracles. Un chaos apparent qui contraste avec la renommée nationale de l’établissement, ce qui résume le rôle crucial de JIPMER, hôpital public qui délivre gratuitement des soins de qualité à des patients pour la plupart indigents. Lesquels se déplacent jusqu’ici depuis des coins parfois très reculés. Comme le précise Patrick Henry : « un patient venu de loin peut se voir donner un rendez-vous pour trois jours plus tard. Alors il s’assied sur un banc devant l’hôpital, et il attend trois jours… ».

Protocole indien oblige, après notre arrivée dans le service de Cardiologie et juste avant de commencer les ateliers de formation, un intermède insolite s’organise : la « cérémonie de la lampe ». Le Pr Subhash Chandra Parija, directeur de JIPMER, invite les principaux instigateurs de cette rencontre à allumer avec lui « la flamme de la médecine ». A l’entrée du service trône à cet effet une colonne de bronze ornée d’une tresse en fleurs de jasmin. Le rituel est suivi d’une courte prière.


L’unité de soins intensifs de Cardiologie (USIC) sous forme de salle commune pour une vingtaine de patients au sein de l’hôpital de JIPMER.

Le coeur de cette expérience se passe au sein de la salle de cathétérisme cardiaque à travers près d’une semaine d’ateliers de formation pratique. L’objectif est de pouvoir transmettre un maximum de compétences et de savoir faire entre médecins d’un côté, et entre infirmières de l’autre. Il y a dix ans « l’enjeu technique était de pouvoir les former à l’utilisation de la voie radiale, mais aujourd’hui les enjeux de notre venue ont nettement évolué avec une croissance importante de leurs compétences » évoque avec enthousiasme Patrick Henry. En effet, au programme cette année : technique de stenting de lésions complexes de bifurcation, désobstruction coronaire chronique (CTO), formation technique à la FFR et à l’OCT endocoronaire.

Enfin, Patrick Henry rapporte que « pour la première fois, Théo, l’un de nos internes, a pu participer et échanger avec les radiologues indiens au cours de vacations d’IRM et de Scanner cardiaques du département d’Imagerie cardiaque en plein développement mais avec un manque de compétence encore notable. »

En parallèle des ateliers de formation en salle de coronarographie, Patrick Henry travaille aussi à développer des échanges universitaires entre JIPMER et l’AP-HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris), notamment avec le doyen de la faculté de médecine, le Pr R.P. Swaminathan. En effet, il peut s’agir de travailler ensemble sur des sujets de recherche fondamentale (via des programmes de Masters), sur des sujets de recherche clinique, ou de se livrer à des échanges de techniques de pratique. Un MOU (« Memorandum of Understanding ») a été signé en mars 2013 entre JIPMER et l’hôpital Lariboisière, afin de formaliser l’ensemble de ces processus de collaboration.

Un peu d’histoire autour des Franco-Pondichériens, une communauté pleine de promesses
Pondichéry a fait l’objet d’une décolonisation en douceur. Sa rétrocession à l’Inde par la France a été entérinée par un traité en mai 1956, et est devenue effective en août 1962. Ses habitants ont alors eu le choix entre adopter la citoyenneté indienne, ou conserver la nationalité française. Près de 7000 familles ont opté pour cette seconde solution. Leurs membres sont ainsi officiellement devenus des « Franco-Pondichériens », et une partie d’entre eux a émigré, par vagues successives, dans l’Hexagone. C’est ainsi qu’est né le quartier parisien que l’on nomme “Little India”, situé entre la Gare de l’Est et le boulevard de La Chapelle. Implanté au coeur de cette zone, le groupe formé par les hôpitaux Saint-Louis, Lariboisière et Fernand-Widal accueille donc régulièrement des patients originaires de Pondichéry.

Article paru dans la revue “Collèges des Cardiologues en Formation” / CCF N°6

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