Retour du congrès de la SFD 2023

Publié le 1691139609000

De la boucle fermée hybride à l’insulinothérapie complètement automatisée : comment relever le défi  ? Marc BRETON, Université de Virginie – SFD 24 mars 2023

L’insulinothérapie automatisée est en train de devenir le gold standard du traitement des patients avec un diabète de type 1, notamment grâce à 2 systèmes qui équipent actuellement plus de 200.000 patients dans le monde  : Control iQ et Medtronic 780G. Actuellement, tous les systèmes d’insulinothérapie automatisée utilisés en boucle fermée hybride permettent en moyenne une amélioration du TIR (temps dans la cible entre 70 et 180mg  dl) de 10 à 12 %, en gardant une stabilisation dans le temps. Par exemple, le système Control iQ a été testé dans plusieurs pays, chez 4100 patients au total, et permet d’obtenir en moyenne un temps dans la cible à 76,2 %, avec 2.5 % de temps passé en hypoglycémie, soit une moyenne glycémique à 144mg/l, un GMI à 6.8 % et surtout, une utilisation du système 94.1 % du temps. L’étude de Breton (DiabetesTechnology & Therapeutics. 2021 Aug :23 (8) :1942-9) a montré également chez 9451 patients sous Control iQ une stabilité des résultats à long terme, puisque le temps passé dans la cible passe dès le 1er mois de 64 à 75  %, et se maintient tout du long, avec à 12 mois à 74 %, avec moins de 2 % d’hypoglycémies. L’amélioration est immédiate et se maintient, mais ne s’améliore pas non plus.

Ces systèmes combinent à la fois un ajustement de la basale aux besoins du patient toutes les 5 minutes et des bolus automatiques de correction en cas d’hyperglycémie. Tous ces systèmes marchent d’autant mieux que les repas sont annoncés, avec une estimation de la quantité de glucides ingérés afin d’envoyer un bolus permettant de couvrir le repas (boucle hybride). Ils fonctionnent de manière sécurisée, même en l’absence d’annonce des repas, et sont plus efficaces que le traitement classique (boucle complètement fermée). En fait, il faut comprendre que ces systèmes permettent les 2, mais que ce sont les modalités d’utilisation du système par le patient qui vont en faire une boucle hybride ou fermée.

Une autre étude de l’équipe de Breton a montré des résultats très intéressants en comparant 3 groupes de patients  : ceux utilisant le système avec des annonces de repas appropriées (anticipées, avec de bons comptage de glucides), ceux qui faisaient des annonce inappropriées (retardées ou oubliées) et ceux ne faisant aucune annonce. Le temps passé dans la cible en moyenne dans ces 3 groupes était respectivement de 72.63 %, 62.8 % et 68.7 % et la moyenne glycémique à 154mg/dl, 170mg/dl et 162mg/dl. Autrement dit, le système fonctionne mieux sans annonce de repas qu’avec de mauvaises annonces !

Enfin, le Pr Breton a expliqué les nouveaux systèmes d’intelligence artificielle en cours de mise au point, qui utiliseront des systèmes prédictifs en multi couches. Les 1ers résultats en boucle fermée semblent très prometteurs et devraient être prochainement publiés. Amis diabétologues : L'avenir de la recherche en diabétologie passera par les mathématiques.

LE SYMPOSIUM ENTRED

Au cours d’un symposium dédié, il nous a été présenté au cours du congrès de la SFD 2023, les 1ers résultats de l’étude ENTRED (Échantillon National Témoin Représentatif des personnes Diabétiques).

Il s’agit de la 3e édition de l’étude ENTRED lancée par Santé publique France en partenariat avec l’Assurance Maladie, la Sécurité sociale des Indépendants, la Haute Autorité de santé (HAS) et l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM).

Elle a pour objectif de mieux connaître les besoins et le suivi des personnes diabétiques en France (diabétiques de type 2, DT2 et diabétiques de type 1, DT1). Après une 1ère étude ENTRED entre 2001 et 2003, une 2ème étude ENTRED 2 entre 2007-2010, la 3e édition a été lancée en 2019. La méthodologie était similaire avec le couplage de 3 sources de données : des questionnaires auprès des personnes, auprès de leur soignant et auprès des données SNDS (hospitalisation, parcours). Environ 13000 personnes diabétiques ont été tirés au sort avec un sur-échantillonnage des DT1 en métropole et de l’Outre-Mer (OM). Parmi les 1ers résultats principaux, on retient :

  • Des caractéristiques démographiques et socioéconomiques très disparates entre les patients DT1 et DT2.
  • Un sexe ratio  stable : 57  % d’hommes DT1 en métropole, 55  % d’hommes DT2 en métropole.
  • Un âge  : médian au diagnostic des DT1 de 21.8 ans, des DT2 de 53 ans avec un âge à l’inclusion de 2 ans de plus que dans ENTRED 2 (reflet de l’espérance de vie ?).
  • Une catégorie socio-économique de niveau moindre chez les DT2 que chez les DT1 en métropole et un écart encore plus marqué en OM.
  • Un niveau d’HbA1c, en métropole, de 7.7 % en moyenne pour les DT1, et 7.2 % parmi les DT2.
  • Des Facteurs de risque dont un surpoids/ obésité chez près de 50  % des DT1 et 80 % des DT2.

Au total, au sein de ces résultats préliminaires, la population des patients diabétiques en France vieillit avec une plus grande ancienneté du diabète de 2 ans et la présence fréquente à très fréquente de facteurs de risque dont le surpoids/obésité de façon associée (50 % des DT1 ??!).

Il existe, en perspective, de nombreuses autres informations à étudier, le niveau de contrôle des facteurs de risque, la qualité de vie, l’adhérence thérapeutique, le retentissement personnel et professionnel... Il a été proposé à la fi n de la session, en doux rêve, la possibilité d’un registre des diabétiques Français par la SFD ce qui permettrait de se rapprocher des besoins de cette population.


Dr Emmanuelle LECORNET-SOKOL
Endocrinologue

Institut Parisien d’Endocrinologie
(IPE), Paris

Article paru dans la revue « Génération Endocrinologie Diabétologie Nutrition »  / GENERATION S ENDOC N°01

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