Réforme du 3ème cycle

Publié le 1652273471000


 UNE RENTRÉE CATASTROPHE

Lancée il y a sept ans, la réforme du 3ème cycle s’est accélérée entre janvier et avril pour, finalement, être imposée brutalement. Dès le mois d’avril les internes s’étaient mobilisés partout en France. L’ISNI avait réclamé le report de cette réforme. En vain. Mais la rentrée a aussi été mouvementée par la mise en place d’un nouveau logiciel pour les choix. Imotep n’a jamais aussi mal porté son nom !

LE GÂCHIS DE LA RÉFORME DU 3ÈME CYCLE Des formations tronquées
Les cardiologues, néphrologues et hépato-gastro-entérologues, s’inquiètent de voir leur internat rogné d’une année au cours de la phase 3. Cette année supplémentaire avait bien été demandée, mais elle n’a pas été prévue par la réforme. Avec l’arrivée du nouveau gouvernement,une mission IGAS/IGAENR a été créée et devrait aboutir à un rapport en fin d’année. Une révision de la durée des DES pourrait en découler, grâce au comité de suivi de la réforme. Un comité de suivi qui tarde à se mettre en place… L’ISNI réclame et se bat pour le maintien de durées de formation optimales.

Une grande incertitude sur la phase 3
Le statut de la phase 3 n’a toujours pas été défini malgré un décret écrit avant la fin de la dernière mandature ministérielle. Le conseil d’Etat, qui devait ratifier le document, a demandé une validation par les nouveaux ministres. Ces derniers ne semblent pas pressés dans leur réponse alors que cela a beaucoup d’impact, en particulier sur la réflexion concernant les durées de DES. Les internes issus de la promo fiasco, ECN 2017, s’engagent ainsi dans un internat sans savoir quel statut les attendra en phase 3..

Un post internat sacrifié
En cas de statut « senior » en phase 3, l’internat sera réduit d’une année. Par ailleurs, ce statut ne garantit qu’une seule année d’assistanat, alors qu’il en faut au moins deux pour pouvoir accéder au secteur 2. D’autre part, si les étudiants en phase 3 sont assistants et rémunérés comme tels, il y a un risque de diminution des financements pour ces postes d’assistants spécialistes à l’issue de l’internat, et donc une limitation de l’accès au secteur 2. Cela conduit à une réelle précarisation de notre statut. L’ISNI milite donc pour un statut hybride entre assistant et interne : le docteur junior !

Une réforme non aboutie
En recentrant les stages de premières années d’internat aux CHU ou à l’ambulatoire, la réforme vide les centres hospitaliers de leurs équipes d’internes. La diminution du nombre d’internes en médecine générale dans les CH posera très vite problème au fonctionnement de ces structures de proximité déjà en manque de personnel pour certaines. « Les internes sont au coeur du fonctionnement du système de santé tout en étant des praticiens en formation, on ne peut pas sacrifier ni la qualité des soins ni la qualité de notre formation », plaide Jérémy Do Cao, interne en pédiatrie.

Le plus de la réforme n’est pas au rendez-vous
La formation des internes devait être la cerise sur le gâteau de cette réforme grâce à des cours uniformisés et à un portfolio numérique. Une cerise verte au goût amer, la plateforme n’étant toujours pas finalisée… Même pour les internes en phase socle les cours ne sont pas prêts et disponibles dans toutes les spécialités. Par ailleurs, les options et les FST ne sont pas encore prévues dans les textes réglementaires, les nouveaux internes n'ont donc aucune indication quant à la possibilité de se sur spécialiser dans leur spécialité. Des arguments supplémentaires qui confirment le sentiment d’une réforme bâclée pour la rentrée 2017.

3 questions au Pr Louis Boyer, Président du Collège des enseignants de radiologie de France  CERF)

H.- Quand avez-vous commencé à travailler sur la maquette du 3ème cycle ?
Pr Louis Boyer.- Nous avions commencé à travailler en 2013 mais le processus a été ralenti par un changement de méthode et d’interlocuteurs ministériels en 2015. Tous les collèges d’enseignants furent consultés. Dès le départ, nous avons travaillé en concertation avec le G4, qui regroupe notre société savante (Société Française de Radiologie), notre collège d’enseignants (CERF), les syndicats de radiologues hospitaliers (SRH) et libéraux (FNMR) et en synergie avec l’UNIR, le syndicat des internes en radiologie : un dialogue très enrichissant où les internes ont montré une grande maturité.

H.- Etes-vous satisfait de cette nouvelle maquette ?
L.B.- Oui, car elle permettra de préparer convenablement à l’exercice de leur métier les jeunes radiologues. Notre diplôme demeure unique, signifiant l’unité de l’imagerie diagnostique et de la radiologie interventionnelle. Nous avons pu faire reconnaitre la distinction entre diplôme standard de radiologie diagnostique et interventionnelle, se préparant en 5 ans, et l’option de « Radiologie Interventionnelle Avancée », certifiante mais non exclusive, qui permet d’acquérir la maitrise des actes de radiologie interventionnelle complexes et lourds avec une année de formation supplémentaire.

H.- Etes-vous prêts sur toutes les phases ?
L.B.- Oui ! La phase socle est opérationnelle, puisque nous délivrions déjà les enseignements prévus selon le format désormais officiel, à l’échelon local et national, et utilisions depuis 2 ans des modalités nationales électroniques d’évaluation individuelle des connaissances. Pour la phase d’approfondissement, le travail est quasiment bouclé (enseignements, stages, évaluations). Quant à la phase de consolidation, qui prendra place en 2021, son programme est en très bonne voie aussi ; il persiste néanmoins des incertitudes sur les flux d’accès à l’option Radiologie Interventionnelle Avancée.

CHOIX DE POSTE : LES INTERNES "AMPUTÉS"

Mouvement de contestation des internes en psychiatrie
Avec Marie-Coline Rubio, interne 2ème semestre
H.- Mi-septembre, tous les internes en psychiatrie d’Ile-de-France se sont mobilisés lors du choix des stages. Comment cela s’est-il passé ?
Marie-Coline Rubio.- Quand nous nous sommes aperçus que les stages réservés aux premières années n’étaient plus disponibles aux plus vieux semestres, et que la liste des stages restant aux deuxièmes années était encore plus restreinte que celle qui nous avait été proposée quand nous étions en 1er semestre, nous avons donc refusé de faire nos choix ! De façon très spontanée, nous avons débattu sur place avec les internes présents, et voté à bulletin secret un blocus des choix de stage, qui l’a emporté à 96%. Comme ce vote n’engageait pas les promotions qui avaient déjà fait leur choix la veille, nous avons organisé une AG dans la semaine qui a suivi. Nous avons fait voter en ligne tous les internes du DES, et 90,3% des participants ont voté « oui » à une mobilisation générale ainsi qu’au refus commun de la liste de stage amputée qui nous était proposée. Cela impliquait donc que ceux qui avait déjà choisi acceptaient de re-choisir plus tard sans aucune garantie…

H.- Quelles étaient vos revendications ?
M-C.R.- Nous avons exigé le doublement des postes qui auraient normalement dû nous être accessibles à ce stade de l’internat, soit 44 postes au total en Ile-de-France. Nous avons rencontré le doyen de la conférence des doyens d’Ile-de-France, le Pr. Bruno Riou et notre coordinatrice, le Pr. Caroline Dubertret pour construire une solution ensemble. Ce n’était pas gagné !

H.- Quelles furent les premières réponses de la part du doyen et de votre coordinatrice ?
M-C.R.- Le doyen d’Ile-de-France ne voulait pas trop s’engager initialement, en rappelant une situation « compliquée », en parlant de commission de répartition, de dérogations.. Au contraire, la coordinatrice nous a tout de suite soutenus. Elle a travaillé avec nous sur la liste de postes que nous avions demandés, et a contacté elle-même les 44 chefs de services des stages concernés pour savoir si le dédoublement était possible ! Cette liste a été ensuite soumise par le Pr Riou à l’ARS, et nous avons attendu plusieurs semaines la réponse définitive en étant toujours sans stage devant nous …

H.- Etes-vous restés solidaires malgré cette attente ?
M-C.R.- Oui. Malgré de nombreux questionnements et inquiétudes, nous sommes tous restés mobilisés et solidaires.

 H.- Avez-vous obtenu gain de cause ?
M-C.R.-
Oui ! Nous avons eu l’accord à la mi-octobre du dédoublement de la quasi-totalié des postes. Seul un n’a pas pu être dédoublé pour des questions d’encadrement. Cependant, nous avons conscience de notre chance car les revendications d’autres spécialités après nous ont été déboutées. Nous resterons vigilants et nous continuerons de travailler avec le Pr Caroline Dubertret pour une situation pérenne, et pour essayer de prévoir à l’avance les problèmes auxquels nous pourrions être confrontés avec la suite de l’application de la réforme du 3ème cycle.

Déclassements
Jérémy Do Cao, interne en 6ème
semestre en pédiatrie et secrétaire général de l’ISNI fait un point sur ce dossier encore brûlant.
« Plusieurs internes à leur retour d’une année de recherche, de disponibilité ou de surnombre non validant, ont découvert au dernier moment leur déclassement ». La faute incomberait au nouveau logiciel de la direction générale de l’offre de soins (DGOS) exploité par l’agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France. « Le choix des internes s’est toujours effectué par ancienneté ou selon le rang du classement si l’ancienneté était égale », poursuit Jérémy Do Cao. Un bug informatique derrière lequel se cache l’ARS qui a refusé de prendre ses responsabilités et d’écouter les revendications pourtant légitimes des internes. Celle-ci répond avoir appliqué la règle édictée par l’ARS, mais celle-ci ne correspond pas à la réglementation. Jérémy Do Cao s’insurge contre ce manque de respect : « l’ARS joue à un mauvais jeu, par sa manière de faire, par la pression mise sur certains internes pour les forcer à choisir alors qu’ils voudraient bloquer la procédure de choix ». Contacté par le Quotidien du médecin, la conférence des doyens des facultés de médecine a expliqué, concernant les internes en année de recherche que « la réglementation actuelle ne prévoit pas de dispositif de compensation à leur égard ». L’ISNI est en pleine discussion avec les cabinets ministériels à ce sujet.

Pr. Louis Boyer
Président du Collège des enseignants de radiologie de France (CERF).
Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°18

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