Recherche translationnelle du réseau avenir GRRC : édition 2018

Publié le 24 May 2022 à 14:18
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Édition 2018 de la rencontre entre jeunes fondamentalistes et jeunes cliniciens à Marseille sur le thème des Valvulopathies

La 3ème édition du meeting annuel CCF-GRRC, parrainée par le Pr G Habib (La Timone, Marseille), s’est tenu au Vieux Port de Marseille au mois de Juin. Quatre sessions avec des intervenants cliniciens et chercheurs ont permis d’aborder de multiples aspects de la biologie des valves et des valvulopathies.

Endocardite infectueuse (ei)
Le Pr G Habib a lancé le meeting avec une introduction sur cette pathologie qui résulte d’une infection de l’endocarde associée aux valves, notamment du coeur gauche. Des végétations se forment et sont à l’origine de régurgitations et d’embolies. Une coopération entre cardiologues, microbiologistes, experts en maladies infectieuses et chirurgiens [1] a permis la mise en place d’un « Standard Management » qui réduit fortement la mortalité chez les patients (2015 ESC Guidelines for the management of infective endocarditis, présidé par le Pr Habib). Parmi ces recommandations figurent l’utilisation de PET-Scan en plus de l’échographie, ainsi qu’une caractérisation plus aboutie du type de microorganisme. A ce sujet, Hélène Martel a décrit ses travaux qui consistent à étudier le lien entre les souches de bactéries (notamment staphylocoque) et la sévérité de l’EI. Des analyses MLST (Multilocus sequence typing) des souches prélevées sur 168 patients ont permis d’identifier 17 clones différents et un lien entre des souches spécifiques et la taille des végétations/taux d’embolie. Laetitia Coutte a clôturé cette session avec un topo sur les progrès récents du diagnostic et du traitement des endocardites. L’identification des souches de microorganisme par séquençage du ARN 16S permet de résoudre les cas difficiles de EI à hémoculture négative. De nouveaux traitements, par exemple amoxicilline/cefomtaxine, permettent de traiter des souches particulièrement virulentes comme les entérocoques.

Exploration fonctionnelle et développement
Thomas Moore-Morris (chercheur) a décrit l’utilisation de modèles animaux pour l’étude de divers aspects de la biologie des valves. Notamment chez la souris le marquage génétique de progéniteurs a permis de montrer que l’endocarde, la crête neurale (une population multipotente qui migre le long du tube neural) et l’épicarde sont les principales sources de cellules valvulaires (VICs, valve interstitial cells). Aussi, le modèle zebrafish a permis de mieux comprendre le rôle de la mécanotransduction dans la formation des valves. Des études par imagerie d’embryons et des délétions génétiques ont permis de montrer que les canaux mécanosensibles trpv du canal atrio-ventriculaire initient une cascade de signalisation pro-TEM/valvulogénique. Gaëlle Odelin (Vétérinaire/docteur en sciences) a présenté l’utilisation de l’échographie chez les modèles animaux. Ses travaux de délétion et marquage génétique lui ont permis de mettre en évidence un rôle essentiel pour le facteur de transcription Krox20 dans la valvulogenèse et la fonction valvulaire [2].

Le rétrécissement aortique (ra)
Clémence Antoine a décrit comment la Sténose aortique (ou rétrécissement aortique) peut entrainer une dysfonction du ventricule gauche. L’inflammation, fibrose et calcification de la valve rendent son remplacement indispensable. Une discussion sur le manque de biomarqueurs pour le RA a suivi la présentation et a permis une transition idéale avec l’intervenant suivant. En effet, Flavien Vincent a fait un topo sur le facteur Willebrand (VWF), une glycoprotéine essentielle pour l’hémostase produite par les cellules endothéliales et les mégacaryocytes. Les forces de cisaillement associées à une sténose aortique stimulent le clivage des multimères VWF par l’enzyme ADAMTS13, affectant l’hémostase et étant à l’origine de saignements intestinaux chez les patients Heyde’s. Le remplacement de la valve aortique (TAVI, transcatherter aortic valve insertion) permet de normaliser le taux d’occlusion plaquettaire (PFA). Ainsi le niveau de VWF circulant est un biomarqueur pour le remplacement de la valve aortique [3]. Guillaume Bonnet a développé sur le TAVI, qui devient un traitement « courant », présentant cependant des complications fréquentes. L’accès au point d’insertion par l’artère fémorale/aorte peut provoquer des complications vasculaires (anévrismes entre autres). De nouvelles approches permettent d’atteindre l’hémostase plus rapidement et en diminuant les hémorragies (notamment la technologie Manta). Dans l’avenir, des prothèses biomécaniques plus semblables à des valves naturelles pourraient faire baisser les taux d’hémorragie à court et à long terme.

L’insuffisance mitrale
Le prolapsus de la valve mitrale (PVM) est le plus souvent non-syndromique et résulte d’une déficience fibro-élastique ainsi que d’une dégénérescence myxomateuse des feuillets. La fuite mitrale peut, à terme, entrainer une insuffisance cardiaque. Des cas de PVM héréditaires ont permis d’identifier des gènes associés à cette pathologie, notamment, DCHS1 [4], essentiel pour assurer la polarité cellulaire.

Aussi, une mutation récessive liée au chromosome X a permis d’identifier FLNA, le gène de la Filamine A, une protéine du cytosquelette. Romain Capoulade a décrit ses travaux sur la modélisation de la PVM chez le rat portant une mutation de la Filamine A (KI FLNA-P367Q). Les travaux, en cours, montrent notamment une différence de prolifération entre les VICs (cellules interstitielles valvulaires) déficientes en FLNA comparées au contrôle. Une prolifération accrue des cellules valvulaires est en effet associée à une dégénérescence. En ce qui concerne le traitement des patients, Théo Pezel a indiqué que l’IRM cardiaque joue un rôle essentiel dans l’évaluation du pronostic du PVM, car elle permet de quantifier de façon robuste la sévérité de la régurgitation mitrale ainsi que d’identifier des zones fibrose du VG à risque arythmogène. Enfin, il nous a présenté l’émergence de nouveaux traitements percutanés pour la mitrale comme le transcatheter mitral valve replacement (TMVI) mais avec un screening très précis des patients par scanner afin d’éviter notamment un risque d’obstruction au niveau aortique.

Conclusion
Plusieurs exemples concrets, comme l’évolution du traitement de l’endocardite et la génétique du prolapse de la valve mitrale, soulignent la force d’une recherche translationnelle. Encourager le Master 1 Recherche pour les cliniciens permettrait de renforcer les liens entre les chercheurs et les cliniciens. En ce qui concerne spécifiquement la thématique du meeting, nous avons constaté que peu d’équipes de recherche fondamentale étudient les valvulopathies, alors que de très nombreux patients sont concernés et qu’il s’agit d’une thématique majeure en clinique. Il sera donc important de promouvoir des projets de recherche fondamentale portant sur les valvulopathies dans l’avenir.

Références bibliographiques
[1] Botelho-Nevers E, Thuny F, Casalta JP, Richet H, Gouriet F, Collart F, et al. Dramatic reduction in infective endocarditis-related mortality with a management-based approach. Archives of internal medicine. 2009;169:1290-8.
[2] Odelin G, Faure E, Kober F, Maurel-Zaffran C, Theron A, Coulpier F, et al. Loss of Krox20 results in aortic valve regurgitation and impaired transcriptional activation of fibrillar collagen genes. Cardiovascular research. 2014;104:443-55.
[3] Vincent F, Rauch A, Loobuyck V, Robin E, Nix C, Vincentelli A, et al. Arterial Pulsatility and Circulating von Willebrand Factor in Patients on Mechanical Circulatory Support. Journal of the American College of Cardiology. 2018;71:2106-18.
[4] Durst R, Sauls K, Peal DS, deVlaming A, Toomer K, Leyne M, et al. Mutations in DCHS1 cause mitral valve prolapse. Nature. 2015;525:109-13.

Article paru dans la revue “Collèges des Cardiologues en Formation” / CCF N°6

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