Radiologie - Mammographie par auto-compression en pratique clinique - un essai randomisé en comparaison à la compression standard

Publié le 26 Mar 2024 à 08:42
Article paru dans la revue « AIGM / Gynéco Med » / AIGM N°2


Patient-centred care with self-compression mammography in clinical practice: a randomized trial compared to standard compression

L’étude excluait les femmes rentrant dans le cadre du dépistage organisé, ou qui n’étaient pas capables d’utiliser la téléMichelle M. Mielke, Menopause: The Journal of The North American Menopause Society, Novembre 2023

Mots-clés
Breast cancer, Mammography, Self-care, Pain, Radiation dosage

La mammographie est un examen radiologique pratiqué des centaines de millions de fois chaque année dans le monde. Lorsque l’on demande aux femmes pourquoi ne sont-elles pas revenues se faire dépister, 25 à 46  % d’entre elles mentionnent la douleur provoquée par la compression mammaire lors de l’examen (1). Cette compression est réalisée à l’aide d’une plaque pour atténuer le rayonnement diffusé et obtenir une image de haute qualité. La force de compression dépend de l’évaluation du manipulateur-radio. Plusieurs études ont montré que l’auto-compression permettait d’améliorer la satisfaction des femmes et potentiellement de réduire la dose d’irradiation, sans impacter la qualité de l’image  (2,  3). Cependant, il n’existe pas de données concernant le taux de participation avec cette technique. Le but de cette étude italienne était d’évaluer si l’auto-compression permettait de réduire la dose d’irradiation glandulaire et d’améliorer la participation à l’examen en comparaison à la compression standard.

Matériel et Méthodes

Il s’agit d’une étude contrôlée randomisée monocentrique avec un ratio de 1  :1, conduite à l’hôpital de Reggio Emilia (Italie).

L’étude incluait des femmes se présentant en mammographie pour (a) un suivi après le traitement chirurgical d’un cancer du sein, (b) des facteurs de risque familiaux de cancer du sein ne nécessitant pas de suivi par IRM, (c) un premier dépistage entre 40 et 44 ans, (d) des symptômes.

L’étude excluait les femmes rentrant dans le cadre du dépistage organisé, ou qui n’étaient pas capables d’utiliser la télé commande d’auto-compression, ou de donner leur consentement éclairé.

Les critères de jugement principaux étaient la dose d’irradiation reçue par examen (qui n’incluait pas les incidences supplémentaires), et le taux de participation pendant la durée de suivi qui était de 2,5 ans.

Les critères de jugement secondaires étaient nombreux et incluaient notamment la force moyenne de compression, la durée de réalisation de l’examen, le score de qualité de l’image, la douleur mesurée par échelle visuelle analogique (EVA) et l’inconfort mesurés pendant l’examen.

Résultats

Parmi les 495 femmes inclues, 245 ont été randomisées dans le groupe auto-compression (expérimental) et 250 l’ont été dans le groupe compression standard (contrôle). Les patientes ménopausées étaient moins nombreuses dans le groupe expérimental, elles étaient donc plus jeunes et avaient moins été opérées pour un cancer du sein que dans le groupe contrôle.

Dose reçue et résultats relatifs à la force de compression

Aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes n’a été observée concernant la dose totale reçu par sein (1902 mGy dans le groupe expérimental vs 1934 mGy dans le groupe contrôle, p=0.47). En revanche, la force moyenne de compression était significativement plus importante de 11.7  % dans le groupe expérimental, ce qui permettait de diminuer l’épaisseur mammaire de 3.5  % en comparaison au groupe contrôle. Le temps de réalisation de l’examen était également significativement plus important de 9.9 % dans le groupe expérimental.

Dans les analyses en sous-groupes prévues, l’auto-compression était plus efficace pour atteindre une force de compression plus importante chez les patientes avec un haut niveau d’anxiété et chez les patientes opérées, mais cela n’avait aucun effet statistiquement significatif la dose reçue et l’épaisseur mammaire.

Qualité de l’image

Aucune différence statistiquement significative n’a été retrouvée entre les deux groupes concernant la qualité de l’image évaluée par les deux radiologues, mais la concordance de l’évaluation retrouvée était moyenne.

Douleur perçue

Les patientes étaient interrogées sur la douleur et l’inconfort perçus juste après la première mammographie, puis juste avant la mammographie suivante 12 à 24 mois plus tard. Aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les deux groupes, y compris en stratifiant l’analyse sur le niveau d’anxiété. La concordance entre les deux auto-évaluations était médiocre.

Participation au suivi

Les résultats étaient similaires dans les deux bras, avec 95.1 % de participation au suivi dans le groupe expérimental, et 97.1 % dans le groupe contrôle (p=0.28).

Discussion / Conclusion

Cette étude n’a pas montré d’impact statistiquement significatif de la mammographie par auto-compression sur la dose totale reçue, en comparaison à la mammographie standard.

Contrairement à l’étude de Henrot et al (4), il n’a pas été observé de différence significative concernant la douleur et l’inconfort rapportés immédiatement après l’examen.

En revanche, en accord avec les études précédentes, la force de compression atteinte était plus importante dans le groupe avec auto-compression, ce qui pourrait être intéressant notamment pour les patientes opérées ou anxieuses chez qui la réalisation de l’examen est souvent plus délicate.

De même, il n’a pas été retrouvé de différence significative concernant le taux de participation à la mammographie de suivi, proche de 100 % dans les deux groupes.

Les auteurs mentionnent que le souvenir de la douleur ressentie juste avant de réaliser la seconde mammographie pourrait être un indicateur intermédiaire un peu plus sensible que le taux de participation, mais aucune différence n’a été observée entre les deux groupes, suggérant d’après les auteurs une absence d’effet de l’auto-compression sur le taux de participation.

À noter, les femmes rentrant dans le cadre du dépistage organisé ne faisaient pas partie de l’étude. Ainsi, un des biais concernant la participation au suivi était que les patientes inclues faisant partie de groupes à risque particuliers, celles-ci pouvaient potentiellement se sentir plus investies dans la réalisation des examens que la population générale.

Dans l’étude de Balleyguier et al (2) qui incluait notamment des patientes en dépistage en organisé, 74 % des patientes ont jugé que l’auto-compression pourrait améliorer leur participation au suivi. L’intérêt de l’ensemble de ces résultats serait donc de laisser le choix du mode de réalisation de leur mammographie aux femmes, puisque la qualité radiographique des clichés et la dose reçue sont comparables. La différence de temps de réalisation de l’examen entre les deux groupes bien que significative était faible dans l’étude (environ une minute). On peut donc penser que cette technique alternative aurait peu d’impact sur l’organisation des centres de radiologie.

Take Home Messages

  • Pas de différence significative sur la dose totale reçue et sur la qualité radiographique de l’image obtenue entre la mammographie par auto-compression et la compression standard.
  • Taux de participation similaire entre les deux groupes, mais biais de sélection important et étude monocentrique. Affaire à suivre en dépistage organisé !


Juliette Hugueny
Interne en Gynécologie Médicale 7ème semestre
Paris


Dr Michel Richa
Assistant spécialiste en radiologie à l’Hôtel-Dieu
Paris

Références

  1. Whelehan P, Evans A, Wells M, MacGillivray S. The effect of mammography pain on repeat participation in breast cancer screening: A systematic review. The Breast. 2013;22(4):38994.
  2. Balleyguier C, Cousin M, Dunant A, Attard M, Delaloge S, Arfi-Rouche J. Patient-assisted compression helps for image quality reduction dose and improves patient experience in mammography. European Journal of Cancer. 2018;103:13742.
  3. Alukic E, Bravhar P, Mekis N. Does the use of selfcompression in mammography affect compression force, breast thickness, and mean glandular dose? Eur J Radiol 2021;139:109694
  4. Henrot P, Boisserie-Lacroix M, Boute V, Troufléau P, Boyer B, Lesanne G, et al. Self-compression Technique vs Standard Compression in Mammography: A Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. 2019;179(3):407.

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