Quid de la contraception chez les femmes sans abri ?

Publié le 1688555084000

Introduction

  • En 1967 une révolution concernant les droits des femmes avec légalisation de la contraception (loi Neuwirth) ;
  • Depuis cette date de nombreuses méthodes de contraception sur le marché autres que la contraception orale hormonale : implant, DIU, patch, anneaux vaginaux ;
  • En 2016, 71,8 % des femmes en âge de procréer avaient une contraception, et majoritairement une contraception orale (36,5 %) ;
  • Dans ce contexte, nous avons voulu étudier, concernant ce sujet, une frange de population féminine qui était peu prise en compte dans cette situation : Les femmes sans abri.

Objectifs

Objectif principal

  • Quelle méthode contraceptive dans cette population ?

Objectifs secondaires

  • Quelles sont les caractéristiques sociales et environnementales selon la contraception choisie ?

Matériel et Méthode

  • Étude rétrospective observationnelle quantitative multicentrique (deux CHRS= centre d’hébergement et de réinsertion sociale) sur l’année 2019, et déclaration à la CNIL ;
  • Les consultations effectuées sont consignées sur un fichier Excel avec les données médico-sociales (âge, sexe, hébergement, motif consultation, addictions, contraception éventuelle) ;
  • Sur l’année 2019, 1002 patients ont été consultés, dont 188 femmes, et 126 en âge de procréer ;
  • Nous n’avons pas pris en compte les patientes ayant une contraception avec préservatif car contraception très aléatoire.

 

 Discussion (1)

  • Concernant l’objectif primaire de notre étude, 60 % des femmes n’ont pas de contraception, et dans le cas d’une contraception il s’agit majoritairement de l’implant : situation sociale avec indifférence concernant la contraception, ou volonté de ne pas oublier (implant) ;
  • Parmi les objectifs secondaires motifs principaux de consultation en relation avec des problèmes psychologiques, mais aussi sociaux : importante précarité de ces femmes n’ayant pas d’autre choix que d’aller dans des CHRS ;
  • En ce qui concerne la couverture sociale, nous voyons une situation paradoxale avec des patientes ayant en majorité une couverture sociale et pas de contraception, et a contrario celles n’ayant pas de couverture (36,71 %) ont un implant pour près de 50 % d’entre elles : rôle des structures comme la PASS, mais aussi planning familial chez les femmes sans droits, et insouciance plus importante de celles ayant une couverture sociale.

 

Discussion (2)

  • Plus de 60 % des patientes ayant une tranche d’âge de 18/24 ans, et 25/34 ans n’ont pas de contraception. Or cette frange de population est celle qui est la plus fertile, donc avec des risques de grossesse plus importants ;
  • Le mode d’hébergement (85,71 % en 115) a peu d’influence sur la nature de la contraception ou non choisie, excepté pour la stérilisation plus importante chez les patientes en insertion sociale (meilleure prise en compte de la contraception) ;
  • Prise en compte forte d’une contraception par implant chez les patientes quelle que soit la nature de leur hébergement : rôle des acteurs sociaux et des médecins impliqués dans ce domaine.

 

Discussion (3)

  • En ce qui concerne addictions et contraception, il n’y a pas de réelle différence dans le choix contraceptif entre patientes n’ayant pas d’addictions et les fumeuses ;
  • Par contre dans le cas des addictions alcooliques et dues à d’autres drogues la stérilisation est majoritairement choisie : prise de conscience de leur situation, ou intervention d’acteurs médico-sociaux dans cette situation ;
  • Lorsqu’on s’intéresse aux IVG effectuées chez les consultantes, nous voyons qu’après une ou plusieurs IVG effectuées, la majorité (58 %) n’a pas pris conscience de l’intérêt d’une contraception ;
  • Mais point positif avec, parmi les femmes ayant effectuées une IVG, 25 % qui ont actuellement un implant : implication des professionnels de santé dans ce cas, et probable prise de conscience de certaines.

 

Conclusion (1)

  • Travail effectué sur un échantillon de 126 patientes ce qui est une faiblesse de l’étude, qui a été effectuée sur deux CHRS pas nécessairement représentatifs de la population générale des SDF ;
  • Intérêt de ce fait d’effectuer d’autres études de ce type sur une population plus diversifiée et plus importante ;
  • Ce travail met en lumière une absence de contraception chez la majeure partie de ces patientes (60 %), alors qu’au sein de la population générale une contraception est actée dans 71,8 % des cas ;
  • En parallèle on ne peut qu’avec amertume constater que 58 % des patientes ayant effectuées une IVG n’ont pas pris en compte l’intérêt d’une contraception.

Conclusion (2)

  • De nombreux professionnels de santé en charge des problèmes gynécologiques et sociaux sont impliqués chez ces patientes : % de pose d’implants non négligeable due à cette intervention ;
  • Au-delà de ces résultats, nous voyons qu’il est important que les médecins généralistes puissent se mobiliser (ce sont les professionnels de 1er recours) pour informer et pour mieux orienter ces patientes souvent peu écoutées ou trop furtivement dans des centres n’ayant pas de fonction de soins ni de prévention.

Dr Pierre FRANCES
Médecin généraliste
1, rue Saint Jean Baptiste 66650 Banyuls sur mer

Article paru dans la revue « Le Bulletin des Jeunes Médecins Généralistes » / SNJMG N°36

 

 

 

 

 

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