Présentation de l’IFMK Guinot (Villejuif)

Publié le 10 May 2023 à 15:19
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#Kinésithérapeute

Depuis 1948, l’Institut de Formation en Masso-Kinésithérapie (IFMK) Paul Guinot accompagne et forme des étudiants déficients visuels dans le cadre de l’obtention de leur diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute.

Il est intégré plus largement à l’ESRP Paul et Liliane Guinot (établissement et services de réadaptation professionnelle) proposant, en parallèle de la masso-kinésithérapie, des formations dans le secteur du numérique et de la relation clientèle. Son organisme gestionnaire, l’association Paul Guinot fondée en 1920 (portant le nom de son fondateur, lui-même masseur déficient visuel), est reconnue d’utilité publique et oeuvre notamment en faveur d’une politique d’inclusion des personnes en situation de déficience visuelle dans la formation comme dans le milieu professionnel. En tant qu’institut spécialisé, il s’intègre parmi les 4 écoles similaires sur le territoire français aux côtés de l’IFMK Valentin Haüy à Paris, de l’IFMK DV de Lyon et de l’IFMK DV de Limoges. L’institut possède également un lien fort avec l’ENKRE (IFMK de Saint-Maurice) puisque les deux écoles forment ensemble le Département Universitaire de Formation en Kinésithérapie/ Physiothérapie (DUFK/P) au sein de la Faculté de médecine de l’université Paris-Saclay (université de rattachement). Situés à Villejuif depuis 1984, les locaux de l’institut se répartissent sur 6 étages et frappent par leur architecture atypique (Figure 1 et 2). Ils ont en effet été spécialement conçus pour accueillir des personnes déficientes visuelles, tant dans l’agencement général (superposition d’étages en décalage permettant d’influencer la lumière entrante) que dans leur organisation intérieure (bloc central et repères récurrents dans les étages). Trois étages sont spécifiquement réservés à l’internat qui héberge plus de 60 étudiants.

Au total, 80 étudiants venant de toute la France évoluent au quotidien dans l’institut, tous admis en formation sur la base d’un processus de recrutement spécifique impliquant une reconnaissance du statut de travailleur handicapé et au cours duquel la candidature est étudiée sous différents aspects après entretien et évaluations générales : parcours antérieur, projet professionnel, niveau et compétences anticipées, motivation, niveau d’autonomie, prise de recul… L’entrée en formation a lieu habituellement soit en classe préparatoire (spécifique à Guinot), soit en 1ère année d’études (ou année spécifique).

La classe préparatoire se déroule en amont de la formation en masso-kinésithérapie proprement dite. Elle permet aux candidats non titulaires d’un baccalauréat ou aux bacheliers sans orientation sciences/santé d’obtenir respectivement le diplôme d’accès aux études universitaires (option scientifique) ou une remise à niveau en sciences. Caractéristique majeure de l’identité de Guinot, cette promotion permet une entrée en formation pour tous, donnant une chance à des étudiants déficients visuels non bacheliers ou non formés aux sciences à l’origine de se (re)former et d’accéder aux études de masso-kinésithérapie. Cette particularité forte est en quelque sorte l’expression du concept d’égalité des chances dans un contexte de déficience imposant parfois un retour à la formation pour poursuivre une activité professionnelle adaptée à la déficience visuelle.

Les étudiants titulaires d’un baccalauréat orienté sciences/santé entrent généralement en 1ère année de formation. Il s’agit là aussi d’une des spécificités de la formation à l’IFMK Guinot puisque cette année spécifique (réalisée à l’université pour les étudiants des instituts de droit commun) est organisée au sein même de l’école. Elle répond à un référentiel dédié (arrêté du 21 décembre 2012) et est organisée sur le modèle universitaire d’une PASS. L’un de ses objectifs premiers est de permettre un accompagnement spécifique dès le début de la formation (méthodologie de travail et d’apprentissage, maîtrise des outils adaptés…) tout en débutant de manière précoce les enseignements fondamentaux et les cours pratiques (dont l’abord tôt dans la formation est plébiscité par les terrains de stage).

Le parcours de formation typique au sein de l’institut couvre donc au total 5 voire 6 années de formation si l’étudiant entre par la voie de la classe préparatoire, ce qui représente un temps de formation au sein de l’école et un temps « de vie » relativement important. L’équipe pédagogique a donc un rôle phare dans l’accompagnement des étudiants tout au long de leur formation.

Constituée de 4 responsables pédagogiques, d’une assistante pédagogique, d’un directeur et d’une assistante administrative, elle sert de repère et de guide aux étudiants tout en garantissant des enseignements de qualité et adaptés répondant aux attendus du référentiel de formation en masso-kinésithérapie. Sa mission principale : allier la professionnalisation des étudiants en masso-kinésithérapie dans un contexte de réadaptation professionnelle.

« Nous connaissons chacun de nos étudiants et notre rôle d’accompagnants nous conduit à les suivre plus largement que sur la dimension pédagogique stricte » précise Grégory Guyot, directeur de l’institut.

C’est d’ailleurs l’une des valeurs soutenant le projet pédagogique de l’IFMK Guinot : celui-ci se fonde sur une vision sociale de la déficience qui place l’étudiant en tant que personne au coeur de la formation dans un objectif d’inclusion dans la formation et, plus largement, dans la profession.

Pour mener à bien ses missions, l’équipe pédagogique part du principe que chaque étudiant.e est singulier et que le panel de déficiences entre non-voyance et malvoyance est vaste, de sorte que le recours à des outils pédagogiques adaptés et innovants est essentiel. Les cours d’anatomie et de physiologie sont par exemple abordés et complétés par un travail sur des maquettes en relief représentant les organes, les muscles, la vascularisation ou encore l’innervation, favorisant ainsi l’apprentissage et le travail de représentation mentale pour certains étudiants (Figure 3).

De la même manière, des logiciels de visualisation d’anatomie en 3D ou le simple recours à un outil de visio permettent le partage de schémas réalisés lors du cours sur le matériel de chaque étudiant, donnant ainsi accès aux informations via les outils de compensation propres à chacun.e. Pour d’autres étudiants, c’est via la lecture tactile de schémas en relief thermogonflés et réalisés par la transcriptrice de l’établissement que l’accès aux connaissances est rendu possible (figure 4).

Autrement dit, les portes d’entrée sont multiples et singulières à la fois. C’est pourquoi l’équipe pédagogique parle volontiers d’approches pédagogiques au pluriel car elles sont tout aussi variées.

Au-delà du temps supplémentaire parfois requis pour approfondir certains concepts, c’est aussi le recours à la verbalisation, à la description (des concepts, des schémas, des techniques masso-kinésithérapiques) qui est particulièrement présent dans les salles de cours. Si la dimension visuelle reste exploitée pour les étudiants y ayant accès (projection des supports de cours, images et schémas classiques), elle est complétée par l’oralité mais aussi par le tactile. Évidemment, l’utilisation du braille en est l’exemple premier mais il n’est pas rare que les étudiants placent également leurs mains sur celles du formateur lors des cours pratiques pour suivre, sentir, expérimenter et réaliser un mouvement, une technique ou une manoeuvre (figure 5).

En tout état de cause, la déficience visuelle implique un questionnement et un ajustement permanent du côté de l’équipe pédagogique qui construit et adapte son approche à partir des retours des étudiants.

C’est sur le principe de la collaboration et de l’écoute, autre pilier phare du projet pédagogique de l’institut, que professionnels et étudiants fondent l’apprentissage au sein de l’IFMK. À tel point que la déficience fait partie intégrante du contenu de la formation, avec un abord individuel et spécifique au 1er cycle (concept de déficience, apprentissage et déficience, vécu de la déficience, outils de compensation, thématique du service sanitaire…) complété par une approche « métier » lors du 2nd cycle (déficience et accessibilité, notamment des logiciels métiers). Évidemment, les temps de pratique clinique en stage sont l’occasion pour les étudiants d’expérimenter sur le terrain non seulement les compétences professionnelles masso-kinésithérapiques acquises progressivement au cours de leur formation mais aussi d’appréhender leur positionnement et leurs besoins liés à la déficience visuelle. Le responsable pédagogique des stages assure un accompagnement spécifique sur ce point, en parallèle d’un échange régulier et d’une sensibilisation des tuteurs de stage.

Ce modèle collaboratif permet d’instaurer une confiance mutuelle entre tous les acteurs de la formation et notamment entre les étudiants et l’institut. Ceci se matérialise à travers les initiatives et les projets en commun tournés vers la professionnalisation, la recherche et l’inclusion.

L’utilisation depuis 2 ans d’un espace numérique de travail en collaboration avec l’université partenaire Paris-Saclay a par exemple amélioré l’accessibilité des supports de cours tout en donnant accès à de nouveaux outils pédagogiques (format Moodle) : parcours pédagogiques, activités complémentaires pour aller plus loin, activités collaboratives, réalisation d’examens numériques en ligne, enseignements complets en ligne... De la même manière, l’institut a eu la chance de rejoindre depuis cette année la charte Erasmus + de l’université Paris-Saclay afin d’offrir à ses étudiants des opportunités d’études et de stage dans l’Union Européenne.

Un pas de plus vers l’extérieur et vers la richesse de la physiothérapie à l’international. Ceci va d’ailleurs dans le sens du renforcement de l’équipe recherche et des enseignements associés qui s’ouvrent vers des travaux plus larges (études qualitatives, expérimentales…) et des initiatives prometteuses (réponse aux appels à projet des JFK, construction de posters scientifiques en anglais…).

D’autres projets sont actuellement en cours de réflexion ou en phase de test dans un souhait d’optimiser la formation sur le fond et la forme. L’intégration dans la formation initiale d’une séquence de 40 heures en éducation thérapeutique du patient validé par une attestation finale est en cours d’élaboration en lien avec les enseignants dédiés et l’ARS Ile-de-France.

Par ailleurs, l’institut souhaite développer le recours à la simulation pour exercer le raisonnement clinique kinésithérapique et la pratique clinique, qu’il s’agisse de simulation virtuelle (en association avec l’ENKRE et Paris-Saclay) ou de simulation réelle (par le recours et le développement notamment d’enseignements recourant à des patients-acteurs). C’est d’ailleurs sur ce dernier aspect que des initiatives ont vu le jour cette année en partenariat avec Unis Cité Solidarité Entreprises et les élèves de l’Ecole de la 2e Chance venus découvrir et participer à la formation en masso-kinésithérapie en tant qu’acteurs tout en étant sensibilisés à la déficience visuelle. Enfin, des réflexions sont en cours autour de l’aménagement encadré de double cursus.

Au-delà des enseignements, c’est toute une vie qui se crée au sein de l’Institut de par sa taille et sa population. Elle englobe de nombreuses activités internes mais aussi des évènements organisés par le BDSE ou encore via les services étudiants universitaires. L’implication des étudiants est forte tant au niveau local que national, notamment à travers la FNEK.

L’IFMK Guinot poursuit donc ses objectifs d’accompagnement, de professionnalisation et d’inclusion dans une volonté de modernisation et d’intégration. Le challenge est important… et passionnant !

Grégory GUYOT
Directeur de L’IFMK Paul Guinot
[email protected]

Article paru dans la revue « Syndicat National des Instituts de Formation en Masso-Kinésithérapie » / SNIFMK N° 13

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