Portrait d’un corps de métier

Publié le 1706024958000


Le conseiller médical d’environnement intérieur (CMEI)


Romain HABEAU,
CMEI au CHU Nantes

Présentez-nous votre métier en quelques mots

Je suis conseiller médical en environnement intérieur depuis juin 2015 au sein du service de pneumologie du CHU de Nantes. Je suis le seul dans le département de Loire-Atlantique, mais la région Pays de la Loire est dotée de 3 conseillers à temps plein.

Mon rôle est d’agir directement sur le lieu de vie des patients pour analyser leur domicile, leur environnement, pour mieux comprendre les causes d’aggravation des maladies respiratoires ou des allergies, puis de proposer des solutions adaptées au cas particulier de chacun.

ll s’agit ainsi d’améliorer l’environnement du patient et de favoriser son acculturation aux bonnes pratiques sur l’éviction des allergènes, l’entretien du logement ou l’aération par exemple.

Je réalise autour de 160 visites par an sur le département. Sur la région, environ 400 visites par an sont effectuées, en majorité à la demande des pneumologues.

Concrètement, c’est le médecin pneumologue, allergologue ou pneumo-pédiatre qui propose au patient une intervention à son domicile, prise en charge par le CHU et l’ARS le plus souvent, pour rechercher des facteurs aggravants sa pathologie. Un bilan allergologique préalable est indispensable.

Les principales pathologies concernées par mon intervention sont celles favorisées et/ou entretenues par les polluants de l’air intérieur, principalement l’asthme, les allergies respiratoires, les aspergilloses ou encore les pneumopathies d’hypersensibilité.

L’enquête environnementale s’attache à étudier les caractéristiques du bâtiment  : le chauffage, l’isolation et la ventilation. Elle est menée avec le patient pour mieux connaître ses habitudes de vie, la présence d’animaux, ses loisirs, les travaux récents au domicile, les sources de pollution extérieure, etc.

Des prélèvements et analyses sont réalisés selon les cas :

→ En routine  : température, humidité relative, dioxyde de carbone, monoxyde de carbone.

→ Prélèvements de poussières domestiques et analyse d’allergènes biologiques (acariens par exemple).

→ Prélèvements fongiques selon les situations  : analyses des surfaces contaminées, des poussières, de l’air intérieur et extérieur.

→ Dans certains cas, l’analyse de polluants chimiques comme les composés organiques volatiles (COV) peut s’avérer utile (proviennent des produits d’entretien, du tabac, des travaux de peintures ou encore de la cuisson des aliments) ainsi que l’étude d’exposition aux particules fines PM2.5 (à l’aide de micro-capteurs par exemple).

→ Le radon peut faire l’objet d’une analyse en cas de logement à risque

Un compte rendu de visite est ensuite adressé au patient et au médecin prescripteur accompagné des conseils personnalisés délivrés lors de la visite. Des supports d’informations validés sont également communiqués au patient ainsi que certaines applications sur la pollution atmosphérique ou les pollens (Reco Santé https://recosante.beta.gouv.fr/ les sites des AASQA, www.atmo-france.org/, du RNSA https://www.pollens.fr/ et des Pollinariums sentinelles www.alertepollens.org).

Si je suis seul CMEI au CHU de Nantes, je travaille en réalité avec de multiples acteurs assez éloignés les uns des autres  : la communauté médicale ou le réseau ETP du territoire mais aussi les biologistes du laboratoire de parasitologie hospitalier. Puis à l’extérieur du CHU, je suis en lien avec les collectivités locales, les travailleurs sociaux et les organismes qui interviennent dans la rénovation thermique de l’habitat ou la lutte contre l’habitat indigne.

L’efficacité de l’intervention du CMEI à domicile sur le contrôle des maladies respiratoires et notamment de l’asthme est prouvée par plusieurs études.

  • De Blay et al. en 2004 ont mis en évidence une meilleure observance des techniques d’éviction des acariens et la diminution du taux d’allergènes en cas d’intervention d’un CMEI associée aux conseils du médecin par rapport aux conseils du médecin seul (1). • Une étude prospective contrôlée randomisée a été menée aux États-Unis chez 937 enfants présentant un asthme allergique. Il est mis en évidence que l’intervention d’un CMEI permet de diminuer la charge en allergènes et les symptômes (2).
  • L’étude ECENVIR a récemment été menée en France et publiée en mai 2022. Il s’agit d’une étude prospective multicentrique randomisée chez 85 patients asthmatiques. On compare l’intervention d’un CMEI à l’inclusion et à 12 mois par rapport à l’intervention à 12 mois seulement. Il est mis en évidence une amélioration du contrôle de l’asthme et une diminution du nombre d’asthme sévère dans le groupe interventionnel par rapport au groupe contrôle. Une diminution de la consommation en soin est en cours d’investigation via les données de l’Assurance Maladie (3).

Quelle formation  ?

Un diplôme universitaire technologique à Lorient en Hygiène, sécurité et environnement (HSE) puis à l’EHESP Rennes où j’ai suivi une formation de technicien des risques sanitaires liés à l’environnement pour exercer en agence régionale de santé (ARS) et en service communal d’hygiène et de santé (SCHS). Enfin j’ai obtenu un DIU santé respiratoire et habitat à l’Université de Strasbourg pour devenir CMEI.

Un mot pour finir  ?

Toutes les régions françaises ne disposent peut-être pas encore d’un nombre suffisant de CMEI. Aussi, il faut faire un état des besoins sur le territoire, notamment en allergologie et pneumologie, et en faire une demande auprès des agences régionales de santé ou des plans régionaux santé environnement (PRSE). En 2021 en France, on comptait 66 CMEI actifs. Chaque année, une douzaine de CMEI valident le DIU santé respiratoire et habitat à Strasbourg et une dizaine de Conseillers Habitat Santé (CHS) sont formés à Marseille via un DIU santé environnementale en milieu intérieur.

Quelques liens

  • CMEI France https://cmei-france.fr/
  • Formation CHS http://umfcs.univ-amu.fr/notre-catalogue/par-type-deformation/formations-diplomantes/sante-environnementale-en-milieu
  • Formation CMEI https://sfc.unistra.fr/formations/sante-medecine_-_ readaptation-kinesitherapie_-_diplome-interuniversitaire-de-santerespiratoire-et-habitat_-_3948/

Bibliographie

  1. De Blay F, Fourgaut G, Hedelin G, Vervloet D, Michel FB, Godard P, et al. Medical Indoor Environment Counselor (MIEC): role in compliance with advice on mite allergen avoidance and on mite allergen exposure. Allergy. janv 2003;58(1):27-33.
  1. Morgan WJ, Crain EF, Gruchalla RS, O’Connor GT, Kattan M, Evans R, et al. Results of a home-based environmental intervention among urban children with asthma. N Engl J Med. 9 sept 2004;351(11):1068-80.
  1. Gangneux JP, Morel H, Blanc FX, Bonniaud P, Boza G, Briault A, et al. Évaluation multicentrique et randomisée de l’impact des conseillers en environnement intérieur sur le contrôle de l’asthme : l’étude ECENVIR. Rev Fr Allergol. 1 avr 2022;62(3):330-1.

Article paru dans la revue « du Jeune Pneumologue » /AJP02 N°03

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Publié le 1706024958000