Pénurie médicale : Remèdes possibles

Publié le 30 May 2022 à 16:42
#Médecine du travail


On voit que d’un parcours simple et suffisant dans la mesure où le métier s’apprend surtout au contact du terrain on est passé à un système rigide et contraignant dont la plus-value n’est pas évidente si ce n’est pour les universitaires.

Pire encore, en cas de volonté de reconversion une fois la formation finie : le jeune généraliste ou spécialiste qui veut se reconvertir doit subir un parcours du combattant digne de Kafka ! Jugez-en ! 5 ans d’attente et 4 ans de formation = 9 années, aucune autre spécialité n’a cette contrainte !

En Conclusion apparaissent comme causes essentielles :
Le numerus clausus qui a entrainé un recrutement malthusien de médecins d’une part mais surtout les contraintes de l’internat qui a rigidifié l’accès à cette spécialité.

Alors que faire
Indiscutablement l’examen actuel de la pyramide des âges des médecins du travail en exercice montre que si on n’apporte pas une solution rapide et efficace le système perdra le seul acteur bénéficiant d’un haut niveau de formation en santé au travail et porteur d’une indépendance technique, élément nécessaire pour pouvoir exercer correctement.

Les diverses solutions ont entrainé un profond débat entre les confrères.

Les solutions consensuelles sont :

  1. Organiser des stages pour tous les externes dans les Services de Santé au Travail pour découvrir la réalité de ce qu’il s’y fait.
  2. Recruter les enseignants universitaires sélectionnés chez des médecins du travail ayant dix ans d’exercice sur le terrain dans des services de santé au travail et ayant réalisé un minimum de publications.
  3. Imposer la présence de questions concernant la prévention et l’ergonomie au concours de l’internat.
  4. Réduire le temps de passage par le stade de médecins collaborateurs à 2 ans.
  5. Supprimer le délai imposé d’attente pour se reconvertir en médecin du travail qui est actuellement de cinq ans.
  6. Mettre en place une formation diplômante de qualité pour devenir infirmier(e) de santé au travail et avoir un statut d’indépendance comme le médecin du travail pour assister le médecin dans sa pratique d’entretiens médicaux.
  7. Mettre en place un niveau de rémunération des acteurs en rapport avec la sélection à l’entrée de leurs études, leur niveau de formation, leur responsabilité et leur engagement ! On discute chaque année de quelques euros d’augmentation et en même temps on met des millions d’euros dans des logiciels imposés, dans des immeubles en verre avec des directeurs sans formation garantie qui méprisent les médecins.
  8. Un facteur déstabilisant à corriger la réformite, je ne sais pas quelle profession a subi autant de réformes en si peu de temps. Tous les deux ans un nouveau rapport ou un nouveau texte législatif vient modifier l’exercice et les responsabilités.

Un médecin du travail est un médecin généraliste ayant des connaissances supplémentaires, une mission bien spécifique et un exercice exclusif particulier.

Les solutions repoussées sont :

  1. La sortie de la formation universitaire en se formant dans une école comme l’école de Rennes pour les directeurs d’hôpitaux ou l’École nationale supérieure de Sécurité sociale (EN3S) pour les cadres de la sécurité sociale.
  2. La sous-traitance de la prestation médicale du travail par des médecins traitants, cela mettrait cette activité médicale en déconnection des conditions de travail, oublierait que la mission première de la santé au travail est « éviter l’altération de la santé au travail » et non de la constater par une activité médicale même si cette constatation est très importante. Enfin cela mettrait ces médecins dans un rapport de subordination par rapport aux directions contractantes et donc exit l’indépendance du médecin. Le collège des enseignants hospitalo-universitaires l’a rejeté (voir l’article du Pr Fantoni et du Pr Gehano).

Les solutions discutées sans consensus :

  1. Revoir la formation universitaire.

Un médecin du travail est un médecin généraliste ayant des connaissances supplémentaires, une mission bien spécifique et un exercice exclusif particulier.

On devrait pouvoir rajouter un module de 1 an au cursus dans l’internat de médecin généraliste consacré à la santé au travail en particulier son aspect réglementaire et ses caractéristiques pathologiques spécifiques et à l’issue consacrer une double possibilité d’activité soit de généraliste, soit de médecin du travail retrouvant ainsi la souplesse qui faisait qu’il n’y avait pas de déficit avant cette réforme de l’internat. Formation qui faciliterait la relation des généralistes ainsi formés avec le monde du travail.

Ce jeune médecin serait ainsi formé dans le cadre de l’internat, avec la possibilité s’il retourne généraliste de pouvoir prescrire ce que demandent les internes. Ce jeune médecin ayant la formation de généraliste avec un an de plus pour l’initiation en santé au travail choisirait la voie de la santé au travail dans un service de santé au travail et aurait le statut de médecin du travail junior. Il bénéficierait d’un statut équivalant au médecin collaborateur existant, c’est-à-dire avec un statut de salarié inscrit dans la convention collective et bénéficiant de salaire décent et des cotisations sociales en rapport.

Il continuerait sa formation en exerçant dans un service de santé au travail pendant deux ans tutoré par un médecin du travail sénior, en particulier pour la prise de certaines décisions. Années pendant lesquelles il compléterait sa formation en ergonomie, en toxicologie, en psycho-sociologie, en statistiques, en législation, etc. retrouvant ainsi comme dans les autres spécialités la formation « au lit du patient ». C’est au cours de cette période, dans le cadre d’un compagnonnage qu’il appréhenderait son rôle de coordinateur de l’action de l’équipe pluridisciplinaire. Son passage au statut de médecin du travail en titre se ferait au travers de l’examen de ses formations et du rapport de stage de ses tuteurs.

Article paru dans la revue « Syndical Général des Médecins et des Professionnels des Services de Santé au Travail » / CFE CGC n°63

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