Orthophoniste et maman d’enfants dyslexiques

Publié le 23 Feb 2023 à 14:31
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Orthophoniste et maman d’enfants dyslexiques

Suite à la sortie de mon livre Orthophoniste et maman d’enfants dyslexiques chez Librinova et bientôt je l’espère en édition papier, j’ai fait l’objet de plusieurs interviews.

Les questions sont pratiques et récurrentes, elles intéresseront forcément les jeunes médecins généralistes, qui comme les pédiatres sont de plus en plus amenés à suivre de très jeunes patients.

La dyslexie démarre-t-elle toujours par un retard de langage ?
La dyslexie commence souvent par un retard de langage et/ou d’articulation mais pas toujours.

C’est la raison pour laquelle il faut être vigilant et bien suivre le développement linguistique des jeunes enfants. La visite d'admission au CP effectuée en fin de grande section de maternelle par un médecin scolaire est là pour diagnostiquer les difficultés de ce type. Un retard spatio-temporel, des difficultés phonologiques, de graphisme, un déficit attentionnel… autant de points qui seront testés et qui peuvent mettre en évidence des pathologies relevant de l’orthophonie Il faut aussi faire confiance aux maîtresses qui sont habituées à ces troubles d’apprentissage et qui pourront alerter les parents en cas de problèmes.

Ne pas hésiter à les questionner en cas de doutes.

Existe-t-il différents types de dyslexie ?

Il existe en effet différents types de dyslexie.
La dyslexie phonologique est la plus courante.
Elle touche au décodage entre la trace écrite et le son oral, soit le passage du phonèmegraphème.

C’est-à-dire que l’enfant réécrit mal ce qui l’entend. Cela peut se traduire par des confusions de sons (t/d, c/g, f/v, p/b, ch/j, ss/s sont les plus courantes) ou par une plus grave difficulté d’écriture.

La dyslexie lexicale : Correspond à la difficulté de se composer un lexique de mots. L’enfant ne parvient pas à retenir leur orthographe, même pour les mots simples, il pourra les écrire à chaque fois de façon différente sans que cela ne le gêne. Cette forme de dyslexie est liée à un
défaut de mémoire visuelle.

La dyslexie visuo-attentionnelle : Est une difficulté à repérer les lettres en certaine position dans les mots. Elle entraîne des sauts de ligne, des mots oubliés, déformés... Elle est très liée à l’attention et touche surtout les enfants qui se concentrent mal, voire qui souffrent de déficit attentionnel. La multiplication des tablettes et des temps d’écran a considérablement augmenté son intensité et son importance. Elle devient la forme de dyslexie la plus courante dans mon cabinet alors qu’en début de carrière (dans les années 90), je rencontrais plus de dyslexies phonologiques.

La dyslexie mixte : Associe plusieurs de ces formes.

La compréhension peut être affectée par les difficultés de lecture (l’effort de décodage peut provoquer une perte de sens).

La dysorthographie (durable) accompagne les dyslexies, mais aussi d’autres troubles. C’est la difficulté à assimiler le code orthographique et à appliquer les règles de grammaire.

D’autres pathologies font partie de la grande famille des troubles dys et peuvent s’y associer, on parle alors de cas « multi-dys »

Bien sûr il existe différents niveaux de gravité pour chaque pathologie mais l’association de plusieurs troubles dys chez un même enfant aggrave considérablement son cas.

La dyspraxie
C’est un trouble de l’automatisation et de la planification de la coordination des gestes, chez des personnes ayant une intelligence normale, évoluant dans un environnement affectif social et culturel ordinaire.

La dyscalculie
C’est un trouble de la logique mathématique qui ne permet pas d’accéder correctement au nombre et qui impacte la notion d’ordre, de succession d’actions. La dyscalculie est souvent associée à un autre trouble spécifique dont elle peut être la conséquence (trouble de l’attention, troubles exécutifs, difficultés mnésiques).

Le trouble Déficitaire de l’Attention avec ou

sans Hyperactivité (TDAH)

C’est un trouble neurodéveloppemental, avec une apparition pendant plus de six mois et avant l’âge de douze ans, de plusieurs symptômes (ruptures attentionnelles, hyperactivité motrice, impulsivité…) entraînant une gêne significative dans au moins deux environnements

distincts (scolaire, professionnel, social). Ce trouble porte sur les fonctions attentionnelles et les fonctions exécutives. Il est souvent associé à d’autres troubles et parfois la conséquence d’une surcharge cognitive. Il peut s’accompagner d’opposition et d’anxiété.

La dysgraphie
C’est un trouble spécifique d’apprentissage qui affecte l’écriture. Elle se caractérise par une calligraphie aléatoire, lente inégale, souvent accompagnée d’une grande fatigabilité, voire de douleurs dans le bras / la main.

La prise en charge orthophonique est-elle différente selon les types de dyslexie ?
Le bilan orthophonique effectué en premier acte est là pour poser le diagnostic du type et de l’intensité de la dyslexie.

Ensuite en rééducation, différents exercices seront proposés selon les cas, mais il reste une base commune à leur prise en charge : l’orthophoniste devra reprendre complètement les bases de la phonologie qui n’est pas suffisamment maitrisée. C’est particulièrement le cas
dans la dyslexie phonologique.

La dyslexie lexicale demandera à être complétée par un travail au niveau de la mémoire visuelle des mots. Donc un travail sur la mémoire visuelle.

La dyslexie visuo-attentionnelle met en évidence des difficultés attentionnelles. Une remédiation neuropsychologique peut y être associée pour améliorer les performances attentionnelles de l’enfant. L’orthophoniste proposera aussi des exercices allant dans ce sens.

Est-il important de poser le diagnostic le plus tôt possible ?
Il est évident que plus le diagnostic sera posé tôt, plus l’enfant aura de chances de suivre une scolarité normale. La prise en charge orthophonique est fondamentale même s’il est actuellement difficile de trouver une orthophoniste disponible (les déserts médicaux sont malheureusement de plus en plus nombreux en orthophonie aussi…).

Mais elle n’est pas suffisante. La prise en charge doit être associée à un travail rigoureux à la maison.

Il ne faut pas se voiler la face. Les parents ont aussi un gros rôle à jouer. En tant que praticienne libérale je sais que ce n’est pas toujours facile de le leur faire comprendre.

Enfin il faut aussi un enfant motivé pour réussir sa prise en charge. S'il n’est pas volontaire même la meilleure orthophoniste du monde ne pourra pas l’aider...

Avez-vous d’autres conseils à donner pour aider les parents d’enfants dys ?

Travailler beaucoup, l’enfant dys devra travailler plus que les autres pour réussir. Il faut l’accepter et s’en faire une raison.

-Garder le cap et quoiqu’il arrive, ne jamais renoncer. Il y aura des moments de découragement c’est normal. C’est au bout du parcours que l’on réalise vraiment combien, en tant qu’aidant, notre rôle a été indispensable.

-Apprendre à relativiser : les résultats scolaires ne sont pas un gage de bonheur, ni même un élément certain de réussite professionnelle, le plus important c’est la motivation.

Penser à la grandeur des métiers manuels qui ne sont pas incompatibles avec la dyslexie.

Penser aussi à la liste, non exhaustive, des dyslexiques célèbres (que je cite dans mon ouvrage).

Observer son enfant. Apprendre à le connaître pour l’orienter dès que possible vers son domaine de prédilection. Tout le monde à un domaine d’excellence. Aux parents de l’aider

à le trouver.

Ce qui a été le cas de mes filles, l’aînée qui avait une imagination débordante et d’incontestables qualités artistiques évolue maintenant dans le cinéma, après avoir réussi un concours très sélectif malgré ses multiples pathologies. La cadette qui excellait en dessin a fait du graphisme sa profession.

Toutes ces thématiques sont développées et à retrouver dans mon livre dont je vous conseille

vivement la lecture.

https://www.librinova.com/librairie/emmanuelle-carrasco/orthophoniste-et-maman-d-enfants-dyslexiques-1

Emmanuelle CARRASCO
Orthophoniste

 Article parue dans la revue “Le bulletin des jeunes Généralistes ” / SNJMG n°35

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