Nos professions : les Infirmières en santé au travail

Publié le 27 May 2022 à 15:52
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#Coordination
#Médecine du travail

Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quelle étagère ?

Les missions et compétences d’un Infirmier(ère) de Santé au Travail (IST) exerçant en Service Interentreprises sont parfois peu connues des salariés, des employeurs, des Médecins du Travail, des IPRP mais également des Infirmiers eux-mêmes !!! ...
Nos missions générales, ainsi que nos activités, sont décrites dans l’annexe 1 à la Convention Collective Nationale des Services de Santé au Travail Interentreprises…
Mais il est fort de constater que l’IST ne peut les mettre en œuvre sans qu’un réel travail en collaboration soit initié avec les différents acteurs internes et externes au service. Cette tâche n’est pas toujours aussi aisée qu’il n’y paraît…
La non connaissance (ou non-reconnaissance ?) de notre savoir, savoir-faire et savoir-être ne permet pas à tous les IST de s’inscrire pleinement dans leur rôle dans le cadre d’une approche pluridisciplinaire, donc globale...


Aline BETRA

L’histoire de mon parcours professionnel
C’est après 7 années de pratique en milieu hospitalier que je me suis tournée vers cette spécificité qu’est la médecine du travail. En 2012, j’ai été embauchée dans une entreprise de métallurgie adhérente au SIST Centre Alsace. Je n’avais aucune expérience antérieure en entreprise ou service interentreprises. Il ne m’a pas fallu une semaine pour comprendre que le rôle et les compétences d’une IST étaient largement sous-estimés par rapport à ce qu’il était possible de mettre en œuvre. Aucun profil de fonction n’était existant et la collaboration avec le service HSE n’était pas efficiente. Et d’ailleurs… pourquoi je dépendais des Ressources Humaines ? Quelle en était la cohérence ?

Il conviendrait de s’interroger sur le statut de l’IST salarié(e) de l’entreprise. Est-ce que le fait qu’un IST dépende directement d’un Directeur des Ressources Humaines ou encore d’un service HSE lui permet de respecter pleinement le code de déontologie qui lui est propre ?
Le médecin du travail intervenant sur le site ne devrait-il pas être le seul à pouvoir déléguer des missions à l’IST ?

J’ai obtenu la Licence Professionnelle des Métiers de la Santé au Travail et de l’Environnement de la faculté de Strasbourg en 2013. Cette année universitaire m’a permis de mieux connaître mes missions, de rationnaliser mes pratiques professionnelles et de mieux me positionner dans mon rôle. C’est grâce à cette formation que j’ai compris que je n’étais, personnellement, pas en accord avec ma pratique professionnelle en entreprise. Est-ce normal d’avoir été soumise à objectifs pour la réalisation d’une démarche d’évaluation des RPS ? J’imagine que vous connaissez la réponse…

Parallèlement à mon activité en entreprise, j’exerçais au SIST Centre Alsace en tant qu’Assistante de Santé au Travail.

En 2014, j’ai eu l’opportunité d’occuper un poste à temps plein au sein de ce service en tant qu’IST. Ma mission première a été de mettre en place les Entretiens Infirmiers de Santé au Travail en collaboration avec un médecin qui en était demandeur. En dehors des aspects organisationnels, et malgré le soutien de Docteur KIRSTETTER, Médecin Coordinateur du service, la pratique de cette « nouvelle » activité n’a pas été évidente à concevoir.

Quelques interrogations restaient en suspens pour tous… et pour ma part également.

Nous ne sommes ni médecins, ni ergonomes, ni toxicologues… nous sommes des IST !
Quelle est notre réelle valeur ajoutée en entreprise et dans les services interentreprises ?
Comment faire valoir notre rôle et comment le construire ?
Quelles sont les limites de notre champ d’action ? Comment trouver sa place au sein d’une équipe pluridisciplinaire ?

Comment avez-vous « construit » votre rôle au sein de votre service ?
Le rôle de l’IST n’est, actuellement, pas un sujet étoffé en matière de références bibliographiques. C’est pourquoi, je pense qu’il est nécessaire de débuter l’inscription de son rôle par l’approche législative.
C’est le Code du Travail qui nous permet d’exercer en entreprise ou services interentreprises. Toutefois, il est primordial de ne pas omettre que l’exercice de la profession d’infirmier(ère), quelle qu’elle soit, est également régi par le Code de la Santé Publique ! Par ce cadre, nous avons un rôle délégué, un rôle en collaboration... et un rôle propre.
L’approche de ces différents axes m’a permis de promouvoir et de légitimer mon rôle et celui de mes collègues de manière factuelle auprès des Médecins, des IPRP et des Assistantes de Santé au Travail.

Le rôle propre d’un IST reste très difficile à définir et à mettre en œuvre…
La notion de diagnostic infirmier (pourtant banale en milieu hospitalier), semble totalement inconnue en médecine du travail.
La modernisation de la médecine du travail… c’est bien beau… mais il me semble qu’aucun IST n’aie « milité » en ce sens…
De ce fait, ne conviendrait-il pas que notre rôle propre en tant que « professionnel de santé » fasse l’objet d’éléments complémentaires de la part de notre tutelle ?

Comment fonctionnez-vous, à ce jour, au sein de votre service ?
Aujourd’hui, nous sommes 5 IST au sein du SIST Centre Alsace (3 recrutements courant 2017).
Chacune fonctionne avec plusieurs médecins, maximum 4 non ETP. Nous avons un profil de fonction et des protocoles auxquels nous référer. Notre « projet d’activités » annuel est défini de manière formelle : VIP/ESTI SIR Intermédiaire + 1/3 Temps.
Une réelle collaboration entre les IST/ médecins et IPRP s’installe. Nous participons aux réunions de coordination médicale et aux CMT et nous avons le droit de nous exprimer.

Mais qu’en est-il dans les autres services ? Certaines pratiques ne devraient-elles pas être dénoncées ?

  • IST travaillant sous la délégation de 6 médecins.
  • IST n’ayant aucune activité de tiers-temps.
  • IST n’ayant que pour activité d’effectuer de l’assistance médicale au même titre d’une AST…

Aujourd’hui, il apparaît qu’il reste encore à notre profession de multiples réflexions à mener sur la « construction » de notre rôle dans cette spécificité qu’est la médecine du travail.
Le chemin à parcourir en ce sens est long et parfois complexe.
En revanche, cette réalité amène à un enrichissement de la fonction IST. Celle-ci ne doit pas laisser place à l’improvisation.
Nous devons valoriser et faire état de nos compétences en communiquant nos attentes et nos revendications à la CFE-CGC santé au travail.

Article paru dans la revue « Syndical Général des Médecins et des Professionnels des Services de Santé au Travail » / CFE CGC n°56

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