Micro-trottoir : au CALM, comme à la maison

Publié le 1652740576000

Avec la vague bobo-bio très à la mode en ce moment, de plus en plus de mamans se tournent vers des accouchements physiologiques, « naturels ». Vous avez peut-être eu l’occasion de vous en rendre compte lors de votre exercice, notamment à travers des projets de naissance rédigés par les patientes et leur conjoints, qui même s’ils partent d’un projet réfléchi, nous paraissent parfois loufoques voire dangereux.
Des maisons de naissance ont vu le jour, encourageant ces accouchements physiologiques, mais de manière encadrée.
En tant qu’internes, nous connaissons très peu le fonctionnement de ces maisons de naissance, mais en tant que professionnels, nous nous devons de savoir expliquer aux patientes ce qu’elles proposent, de les informer, ainsi que d’avoir une vision critique sur ce nouveau phénomène.

Dates clés
1998 : Bernard Kouchner lance l’idée des maisons de naissance.
2000 : Démarrage du projet de la maison de naissance des Bluets.
2006 : Création de l’association « CALM ».
2007 : Emménagement du CALM au 6 rue Lasson, Paris 12ème.
2008 : Début de l’activité libérale des sagesfemmes au CALM, première naissance en septembre. 2012 : Le CNGOF se prononce en faveur de l’expérimentation des maisons de naissance en France après plusieurs années d’opposition.

Qu’est-ce qu’une maison de naissance ?
Une maison de naissance est un lieu d’accueil, de suivi de grossesse et d’accouchement destinée aux femmes enceintes et à leur famille, dès lors que la grossesse, l’accouchement et le post-partum restent dans le cadre de la physiologie.

Les sages-femmes y sont autonomes, et le couple est suivi du début de la grossesse jusqu’à l’accouchement par une même sage-femme. Il s’agit donc d’une prise en charge personnalisée, qui tient compte de l’histoire du couple, des liens familiaux, sociaux, créant une relation de confiance.

Le couple a la volonté de vivre la grossesse et l’accouchement dans un environnement non médicalisé, entourés de professionnels de santé qui respecteront leurs choix et leurs envies.

Quels sont les avantages
Les performances seraient équivalentes en termes de morbidité et de mortalité périnatale en maison de naissance, avec une régression de l’interventionnisme chez les patientes sélectionnées à « bas risque », par rapport aux patientes accouchant dans des structures hospitalières conventionnelles.

Et bien que ce mode d’accompagnement à la naissance paraisse privilégié (puisqu’une sage-femme est consacrée à un couple personnellement), il pourrait être moins coûteux qu’un accouchement en structure hospitalière.
La maison de naissance doit être attenante à une maternité classique, afin que soit transférée la patiente rapidement en cas de complication.

Quelles sont les conditions requises pour accoucher au CALM ?
- La future maman ne doit pas avoir d’antécédents médicaux-chirurgicaux notables ;
- La future maman attend un singleton, contreindication aux jumeaux ;
- La future maman n'a jamais eu de césarienne ;
- La future maman a été suivie au CALM durant la grossesse ;
- La grossesse se déroule normalement ;
- La grossesse est arrivée à terme, donc au moins à 37 semaines d'aménorrhée ;
- Le bébé est en présentation céphalique, contreindication aux sièges ;
- Pas de pathologie obstétricale (malformations, RCIU) ;
- Le domicile des parents doit être situé à 40 minutes maximum du CALM par les transports en commun (pour que la sage-femme puisse s'y rendre assez vite)

Témoignages
Nassima & Jamaâ, parents d’Amjad, né au CALM
« Je cherchais à éviter l’hôpital et son protocole : je voulais être libre d’accoucher dans la position de mon choix, surtout pas en hauteur, le moins médicalisé possible et avec un praticien que j’aurais vu souvent. Je ne voulais pas devenir « un cas pathologique ».

Avec mon conjoint, nous avons décidé de faire appel à une sage-femme pour un accouchement à domicile.

Dès la première échographie, le docteur nous parle des maisons de naissance. J’en avais entendu parler, mais je ne savais qu’il en existait en France. Le lendemain, il y avait une réunion d’information au CALM. Et une place pour nous.
Cela convenait mieux que notre appartement situé au 5ème étage sans ascenseur et mal isolé.

Amjad devait naître en février. Et c’était plus rassurant pour mon conjoint ; c’est notre premier enfant.

J’ai eu ce que je souhaitais : un accompagnement tout au long de la grossesse qui m’a permis d’accorder ma confiance en la sage-femme qui me suivait, de pouvoir discuter des détails sur le déroulement de l’accouchement, d’oser poser des questions « idiotes », d’avoir accès à mon dossier médical, de pouvoir discuter des traitements à suivre, de leur importance, leur impact… et même des modalités de paiement.

J’ai le sentiment d’avoir eu toute ma place dans cette aventure, d’avoir été respectée quant à mes choix et mes envies, d’avoir été traitée avec beaucoup d’égard. Amjad est le 7ème bébé à être né au CALM cette année. C’est bon signe ! ».

Laurence, Maman de deux filles, dont Alice, née au CALM en janvier 2010
« Je souhaitais donner naissance à ma seconde fille de la manière la plus naturelle possible et en étant accompagnée par une sage-femme avec qui j’aurais eu l’occasion de faire connaissance pendant ma grossesse et qui connaitrait à la fois mon projet, ma famille et ma philosophie de vie.

Le lien et la relation de confiance avec la sagefemme me semblaient primordiaux.

Les droits suivants étaient importants pour nous, et ont contribué à ce choix :
- Droit de la personne d’être traitée avec égards.
- Droit de la personne à l’accès direct à son dossier médical.
- Droit de la personne à être informée sur les frais auxquels elle est exposée en raison de sa prise en charge.
- Droit de la personne à participer activement aux décisions la concernant
- Droit de la personne de refuser un traitement ou un acte médical

J’ai eu le sentiment de vivre ma grossesse et la mise au monde de mon enfant de manière beaucoup plus harmonieuse que la première fois grâce à l’accompagnement global.

J’étais totalement en confiance pour l’accouchement, me sachant bien accompagnée, par une personne de confiance.

J’ai été traitée avec égards et respect (alors que lors de mon premier accouchement, j’avais eu l’impression d’être traitée comme un « dossier médical »).

J’ai été parfaitement informée des frais auxquels je serais exposée et cela m’a paru important d’avoir connaissance du coût de chaque acte. ».

Chiffres clés de 2014
- 102 couples ont bénéficié de l’accompagnement au CALM.
- 70 couples se sont vus refusés le suivi.
- L’accompagnement étant personnalisé, une sage-femme du CALM effectue environ quatre accouchements par mois à temps plein.
- 6 sages-femmes exercent au CALM, dont 2 à temps plein, 2 à mi-temps et 2 en quart-temps (le lieu étant prévu pour fonctionner avec 6 sages-femmes à temps plein).
- Majorité de primipares : sur les 102 couples suivis au CALM, ils étaient 58 couples à venir pour leur premier bébé, ce qui représente près de 57 % des suivis.
- 74 femmes ont eu une naissance physiologique au CALM, soit 72,5 % des couples suivis. Ce qui signifie que 28 femmes ont été transférées pour accoucher. Le taux de transfert sur l’ensemble du suivi (anté/per/post partum) vers la maternité partenaire est de 27,5 %, 1/3 des transferts se font pendant la grossesse, et plus de la moitié des transferts (55 %) interviennent pendant le travail.
- Le taux d’extraction instrumentale des patientes suivis au CALM est de 6,12 % et le taux de césarienne de 7,14 %. 4 transferts ont été réalisés en post-partum : 2 pour hémorragie, 1 pour non décollement placentaire et 1 pour retard de croissance intra-utérin

Après 7 années de fonctionnement, plus de 430 bébés sont nés au CALM. Les couples venant pour leur premier bébé au CALM ne cessent d’augmenter. Et depuis quelques années, les couples reviennent pour accoucher de leur second, voire leur troisième bébé, au CALM.

PENCOLE
Interne à Paris

L’écriture rassemble…
Je n’invente rien en affirmant ceci : l’écriture est riche en vertus thérapeutiques. On évoque même la graphothérapie, cet art où l’on soigne son écriture et se soigne par l’écriture. Ecrire est parfois bien plus simple qu’un long discours embarrassé. Peu importe le trait, l’arrondi de nos lettres, l’envolée de nos accents, mettre des mots sur les maux permet souvent de relever le menton !

Quelques jours après la parution du cordon rouge n°12, nous avons reçu avec surprise et sincère émotion, certains mails d’encouragement.

Je ne peux que partager ma rencontre avec le Dr Marie Crédoz, PH de gynécologie, à qui notre magasine a donné l’envie de partager son histoire. Elle qui passa un jour « de l’autre côté de la barrière », venait de découvrir le Cordon Rouge par l’un de ses internes. Elle nous confia son exutoire « Espoir et Victoire. Le comble pour une gynécologue » (disponible aux Editions du net, commande directe sur le site ou à la FNAC ou librairie DECITRE), que nous avons dévoré et adoré. Je vous laisse découvrir…

F. PIROT
Interne à Paris

Je suis gynécologue-obstétricienne. Je viens de fêter mes quarante ans. Les vacances d'été touchent à leur fin. Un soir où je palpe machinalement mon sein gauche, je sens comme un petit grain de riz sous mes doigts. Insignifiant. Un kyste, certainement. Par acquit de conscience, je passe une échographie. Puis une biopsie, le 11 septembre. Le verdict tombe aussitôt, c'est un cancer ! Un cancer infiltrant. Alors, tout s'enchaîne : examens complémentaires, qui mettent au jour un deuxième foyer cancéreux ; exérèse des tumeurs et des ganglions ; ablation du sein ; chimiothérapie ; radiothérapie ; hormonothérapie ; reconstruction mammaire.

Très vite, je retire ma blouse blanche. Découvrant l'envers du décor, je pose un regard de soignée sur le monde soignant que je croyais connaître. Je supporte la lourdeur des traitements. Courageusement ? Non, je descends au fond du puits. Je suis morte.

Le cancer relève de la bombe atomique. Quiconque ne l'a pas vécu dans sa chair ne peut jauger la violence de la déflagration qui se produit chez le sujet malade. Puis, un jour, la vie reprend... Lentement.

"Se découvrir un cancer du sein quand on est soi-même gynéco-obstétricien, ne fut pas banal. Subir la violence des traitements (mastectomie, curage axillaire, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie, reconstruction mammaire) tout en découvrant l'envers du décor ne fut pas une sinécure. Ecrire m'apaisa et transforma cette aventure douloureuse en une tranche de vie positive. Je relate mon parcours de soignante : externe, interne, chef de clinique et praticien hospitalier. En tant que malade médecin j'apporte un autre regard aux soignants sur la maladie.

En découvrant votre journal Cordon rouge, il me semblait essentiel de partager mon expérience avec vous, internes en gynéco-obstétrique, qui serez un jour confrontés en tant que médecin, à l'annonce d'un cancer et à sa prise en charge thérapeutique. Au-delà de vos compétences techniques, n'oubliez jamais d'être profondément humains..."

M. CRÉDOZ
Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°13

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