Malgré des déclarations d’intention, la crise de la pédopsychiatrie continue en 2022

Publié le 21 Dec 2022 à 11:14
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La démographie poursuit sa progression en France avec un million d’habitants de plus qu’il y a 5 ans et un rythme de naissance soutenu ; la chute des naissances après le premier confinement a été compensée avec 1,83 enfant par femme en 2021 soit 738000 naissances. Nous voyons dans les zones suburbaines se construire de nouvelles écoles, collèges et lycées... Mais pas de construction d’équipements de base comme les CMP pour la prise en charge des troubles mentaux des enfants et adolescents.

Le rapport du Sénat sur la psychiatrie de mineurs de 2017 dressait déjà le « constat d’une grande difficulté de la discipline, traversant une double crise démographique et universitaire ne lui permettant pas de répondre à ses besoins en évolution ».

Cette situation a été de nouveau reconnue lors des Assises de la Santé Mentale et de la Psychiatrie en 2021 : « 400 postes » ont alors été promis pour réduire les délais d’attente, soit 1 poste par secteur ! Quant aux mesures de rattrapage qui se concrétisent dans des appels à projet, elles sont également notoirement insuffisantes pour combler le retard pris.

La crise démographique des pédopsychiatres se cristallise dans le manque d’universitaires pour former les jeunes praticiens (certaines régions en sont dépourvues) et dans un manque d’incitations à exercer cette discipline.

Les professionnels de la pédopsychiatrie sont de plus en plus sollicités et leur champ d’action élargi : bébés, adolescents, traumatismes, etc.

La prévalence des troubles mentaux chez les mineurs augmente (surexposition aux écrans, TSA, dépression chez les adolescents). Les séquelles psychiques de la pandémie de COVID 19 se font toujours sentir : les admissions aux urgences pédiatriques de jeunes suicidants ou déprimés ont doublé depuis 2020.

Les délais d’attente pour un rendez-vous sont insupportables pour ces jeunes en plein développement et leurs familles. L’empêchement à remplir les missions premières : accueillir, soigner et si possible prévenir, est la cause d’un épuisement des professionnels et d’une crise des vocations. Il est de plus en plus difficile de recruter des personnels soignants pour la santé mentale des mineurs.

L’année 2022 a été marquée par la mise en place de la réforme du financement de la psychiatrie dont les effets seront sensibles dans les années à venir et qui inquiète les professionnels car la tarification à la file active semble être, quoi qu’on en dise, un premier pas vers une tarification à l’activité alors que les soins en pédopsychiatrie demandent du temps.

La réforme des autorisations risque de complexifier la création de structures nouvelles. Au sein d’une loi de psychiatrie et santé mentale, nous demandons une réelle reconnaissance de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et une réévaluation de ses moyens à la hauteur des enjeux sociétaux que l’avenir de la jeunesse représente.

Moyens
Nous demandons des moyens suffisants envisagés à l’échelle du territoire, associant plusieurs secteurs de psychiatrie infantojuvénile, pour des parcours de soins gradués, intégrés et pluridisciplinaires dans le cadre du PTSM. Chaque territoire devrait être doté des dispositifs nécessaires, lieux de consultation, équipes mobile, hôpitaux de jour d’évaluation, hospitalisation temps plein... Les urgences, les lits de crise, les parcours de soins spécifiques (tels que périnatalité, TCA, etc.).

Réforme de la tarification
Nous demandons :
- La représentation de la pédopsychiatrie publique dans toutes les commissions régionales chargées d’émettre un avis sur les allocations de ressources en psychiatrie.
- La poursuite de la réflexion sur la « tarification à la File active » et les activités spécifiques de la pédopsychiatrie.

Réforme de la maquette de l’internat
Nous accueillons favorablement la place accordée à la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent dans la nouvelle maquette.
Nous rappelons la nécessité d’une diversification des lieux de stage et d’une augmentation du nombre d’universitaires de pédopsychiatrie pour former les praticiens de demain.

Réforme des autorisations
Nous soutenons ce texte qui fixera officiellement l’exercice de la pédopsychiatrie pour les populations jusqu’à 18 ans. Pour cela il faut que des moyens de prendre en charge les 1618 ans soient alloués aux services de pédopsychiatrie.

Article paru dans la revue « Le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux » / SPH n°22

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