Les stages a l’étranger en kinésithérapie, entre mouvement et expérience humaine

Publié le 30 May 2022 à 06:52
#International
#Kinésithérapeute

 

L’Institut de Formation en Masso-Kinésithérapie de Ecole d’Assas permet aux étudiants qui le souhaitent, d’effectuer un stage à l’étranger dans le cadre du parcours de stage de deuxième et troisième année.

Bien que le stage à l’étranger ne soit pas prévu par les textes réglementant la formation initiale, nous avons soutenu depuis plusieurs années déjà, avec l’accord de l’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France, certains projets d’étudiants dans ce sens. Ces initiatives personnelles nous ont semblé être pertinentes avec l’idée d’un « parcours de stage » personnalisé qui tienne compte des projets de nos étudiants et favorise la découverte de nouvelles approches de la rééducation. Cette ouverture sur le monde s’inscrit dans un contexte plus favorable à la mobilité internationale.

En effet, le récent Guide de la Mobilité Internationale (publié par l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes et la FNEK en 2014 et disponible en ligne : http://www.ordremk.fr/wp-content/ uploads/2011/07/Guide_CNOMK.pdf), souligne les similarités mais aussi la grande diversité de la pratique de la physiothérapie entre les pays et à l’intérieur d’un même pays. Le Guide souligne également la grande mobilité des physiothérapeutes et le travail qui est fait à l’échelle internationale pour encourager la libre circulation des physiothérapeutes d’un pays à l’autre.

Si nous encourageons la découverte de cette diversité pendant la formation initiale, cela nécessite un certain nombre de garanties avant de valider un projet de stage à l’étranger. Un dossier de demande de stage à l’étranger est transmis par l’étudiant l’année précédant le stage. Entre autres documents remis par l’étudiant, le dossier comprend les informations concernant l’établissement d’accueil et l’encadrement. Après enquête, sur la faisabilité, l’intérêt pédagogique et l’évaluation des risques liés au pays, un accord de principe est donné à l’étudiant jusqu’à l’agrément définitif qui intervient après l’avis du conseil pédagogique. La convention de stage est alors rédigée en anglais.

Ces stages nécessitent un esprit « globetrotteurs » et une parfaite maitrise de l’anglais ou de la langue du pays car les étudiants se retrouvent isolés en dehors des heures de stage. C’est pourquoi les deux étudiantes de troisième année qui sont parties au Vietnam, à l’hôpital Pédiatrique d’Hanoï (figure 1), l’ont fait dans le cadre d’une association de volontariat international qui propose d’encadrer les volontaires dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

L’avantage de cette formule est que les étudiants sont placés sous la responsabilité de l’association qui les récupère à l’aéroport, assure l’hébergement et des rencontres hebdomadaires qui permettent de faire le point sur le déroulement du séjour. Le stage est intégralement réalisé en langue anglaise.

Plusieurs étudiants ont souhaité réaliser un stage dans les pays anglo-saxons. La plupart des demandes sont restées vaines pour des raisons d’assurance et de coût. Une étudiante a tout de même réussi à partir six semaines à New York en 2013. Pendant l’été 2014, une étudiante franco-japonaise a obtenu un stage à la clinique Kawagoe dans le département de Saitama, au nord de Tokyo. Le stage d’un mois lui a permis, grâce à sa maîtrise du japonais, de découvrir des codes professionnels et les spécificités de la prise en charge des patients nippons (figure 2).

En 2014, l’IFMK Assas a eu l’opportunité d’aller plus loin dans son offre de stages à l’international, en signant un accord de coopération avec l’Université Médicale de Wenzhou, située au sud-est de la Chine, à 480 Km au sud de Shanghai. L’IFMK a fortement encouragé la découverte de ces médecines complémentaires qui sont aujourd’hui progressivement intégrées à l’offre de soins en France.

Cinq étudiants de deuxième année, encadrés par deux enseignants de l’IFMK, ont pu vivre une expérience unique de sept semaines dans le service de rééducation. Les étudiants ont pu découvrir le système de santé chinois, l’organisation des soins, observer les différences dans l’approche de la prise en charge, notamment le rôle de la famille. Ils ont également reçu une initiation à la médecine traditionnelle chinoise (acupuncture, tuina (massage chinois), cupping1 , moxibustion2 ) qui est largement utilisée dans le service de rééducation (figure 3).

Contrairement aux demandes individuelles, dans le cadre de notre partenariat avec l’Université Médicale de Wenzhou, les échanges se veulent bilatéraux et pérennes.

Une délégation chinoise a été reçue cet automne, à l’IFMK d’Assas et en partenariat avec l’APHP a bénéficié de stages spécifiques. L’été prochain une nouvelle délégation française devrait partir pour un stage de 7 semaines à Wenzhou.

Qu’il s’agisse du Vietnam, de New York, ou plus récemment de la Chine et du Japon, les témoignages des étudiants mettent toujours l’accent sur la richesse des échanges et la nécessaire adaptation à une culture complètement nouvelle, à de nouveaux codes professionnels (relations hiérarchiques, approche du patient), aux moyens disponibles. Mais ce qui revient en premier est l’expérience humaine. Le stage à l’étranger est avant tout l’occasion de vivre des moments uniques qui permettent de tisser des amitiés, d’échanger sur des sujets très variés aussi bien personnels que professionnels. C’est aussi l’occasion de mieux se connaître à travers l’autre et faire évoluer sa pensée. Comme l’a si bien exprimé Lamartine (Voyage en Orient, 1835) « il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie ». Ce concept d’expérience humaine utilisé par les étudiants eux-mêmes de retour en France en dit long sur leur maturité et sur la qualité des échanges qu’ils ont pu développer. Ce concept ne se limite pas seulement à leur vécu personnel mais à tout ce que ce vécu pourra avoir de positif, un jour, sur la prise en charge des patients.

C’est également l’idée reprise par l’Association Américaine de Physical Therapy qui résume leur vision stratégique du métier : « Transforming society by optimizing movement to improve the human experience » (transformer la société en optimisant le mouvement et en améliorant l’expérience humaine).

Le stage à l’étranger s’inscrit donc dans notre projet pédagogique comme un des moyens qui vise à mettre en mouvement la pensée et renforcer les expériences humaines et ainsi améliorer la qualité de la prise en charge des patients.

Jean-Jacques DEBIEMME
Directeur de l’IFMK Assas

Nicole MAURICE
Responsable de projet européen et international

            Article paru dans la revue “Syndicat National de Formation en Masso-Kinésithérapie” / SNIFMK n°6

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

Publié le 1653886336000