Les smartphones peuvent-ils vraimentremplacer les appareils photo ?

Publié le 14 May 2022 à 00:12
#Radiologue et imagerie médicale

La couverture d’un grand magazine réalisée avec un iPhone, une galerie parisienne qui expose des artistes travaillant au smartphone : qui aurait pu prédire qu’un jour, un téléphone prendrait la place d’un Leica, entre les mains d’un grand photographe ? C’est pourtant une réalité et les “photophones” sont devenus si performants que, pour bien des utilisateurs, l’achat d’un véritable appareil photo ne se justifie plus. Mais est-ce bien vrai ?

Réussir à glisser une caméra dans le corps d’un téléphone de 7 mm d’épaisseur relevait de la gageure ; c’est pourtant l’exploit auquel sont parvenus les fabricants de smartphones haut de gamme. Malgré son extrême compacité, le système se compose d’un capteur de 12 à 24 millions de pixels et, surtout, d’un objectif de qualité avec autofocus et stabilisation d’image. L’ensemble délivre des photos d’un excellent niveau qui supportent sans peine d’être agrandies jusqu’au 50 x 60 cm.

Deux objectifs et deux capteurs pour une seule image

La miniaturisation est telle que l’on atteint les limites de la physique : impossible, en effet, de glisser plus de 24 millions de photosites sur un capteur dont la surface équivaut à la moitié d’un confetti. Pour contourner le problème, les fabricants dotent les modèles les plus performants de deux caméras. Chaque marque exploite ce système à sa manière : soit en associant un capteur couleur à un capteur noir et blanc, soit en utilisant deux objectifs de focale différente.

Cette solution n’en est qu’à ses balbutiements. Actuellement, elle permet surtout d’augmenter la qualité des images sans augmenter l’épaisseur des smartphones, critère apparemment important pour le consommateur. Mais le recours à une double caméra présente d’autres avantages et permet, par exemple, de jouer sur la profondeur de champ ou de personnaliser le bokeh des images, c’est-à-dire le rendu de l’arrière-plan. Dans un très bref avenir, on verra arriver des smartphones dotés de trois à cinq objectifs, chacun étant bien entendu associé à un capteur. La photo résultant de la combinaison de ces images enregistrées avec des paramètres légèrement différents ouvrira la porte à des possibilités infinies : non seulement on disposera de photos très haute définition mais il sera possible, même après la prise de vues, de modifier la profondeur de champ, d’augmenter de façon spectaculaire la restitution des détails dans les ombres et les hautes lumières mais, surtout, de faire varier les proportions et le placement relatif des différents plans de l’image.

Le smartphone “300 millions de pixels” n’est pas un rêve : il existe déjà en version expérimentale et s’il n’est pas encore commercialisé, c’est juste parce que les processeurs actuels ne sont pas suffisamment performants pour calculer à la volée ces encombrantes images.

Smartphone toujours prêt

Faut-il en conclure que les photophones de demain vont définitivement reléguer le matériel photo traditionnel au rang d’antiquités ? Assurément non !

Le smartphone a, pour lui, un atout déterminant : il est devenu un objet qui fait partie de notre quotidien et dont on ne se tient jamais très loin. Si un événement intéressant à photographier ou à filmer survient, c’est lui qu’on utilise en priorité, tout simplement parce qu’on l’a sous la main et que, sollicité tout au long de la journée pour des tâches très variées, on le tient toujours en état de marche. Ce n’est, hélas, pas le cas de l’appareil photo, dont le tort principal est d’être resté à la maison quand on en aurait besoin ou de ne pas être prêt à faire feu, pour cause de batterie vide. Si on ajoute à cela le fait que la qualité des images des smartphones satisfait 95 % des utilisateurs, à quoi bon s’embêter avec un appareil photo ?

Canon, Nikon, Olympus, Pentax et les autres marques traditionnelles ont déjà tiré les conclusions de cet état de fait et se sont progressivement retirés du marché des compacts bas de gamme, conscients qu’il n’y avait plus de place pour elles dans nos poches, déjà fortement sollicitées par de multiples objets. Leur offre se recentre donc vers des appareils que l’on dit “experts” et qui sont conçus pour faire… ce que les smartphones ne savent pas faire.

Un vrai zoom, c’est si pratique !

La lacune la plus évidente des téléphones photo concerne l’absence de zoom. Ils sont parfaits pour des scènes en intérieur ou pour le paysage mais si le sujet est lointain, il apparaîtra tout petit. On peut certes “le grossir” en écartant deux doigts sur l’écran, mais ce n’est pas un vrai zoom : juste un recadrage numérique qui dégrade fortement la résolution de la photo. Rien à voir avec un vrai zoom optique, qui va permettre de cadrer au plus près du sujet tout en exploitant la pleine définition du capteur.

Autre problème : l’ergonomie. La forme d’un smartphone n’est pas idéale pour prendre des photos. Avec les modèles les plus récents, dont l’écran est affleurant, il faut des doigts d’araignée pour faire une photo sans qu’un doigt ne déborde sur une zone sensible et renvoie vers une autre application. Cette prise en main particulière n’est pas sans risque dans la foule ou en pleine action sportive ; elle est aussi une cause fréquente de flou de bougé. L’appareil photo, surtout quand il dispose d’un viseur, se prête mieux aux cadrages soignés. On notera aussi qu’il existe des modèles taillés pour l’aventure, étanches, antichocs et forcément plus aptes à affronter certaines situations qu’un fragile smartphone.

Avantage aux grands capteurs

L’argument majeur en faveur de l’appareil photo tient malheureusement en un détail invisible : la taille du capteur. Or, plus le capteur est grand et meilleur sont les images.

Ici, on ne parle plus de définition mais de surface des photosites, ces cellules photoélectriques, situées derrière un réseau de microlentilles et chargées de collecter les informations lumineuses. Quand la taille de ces “puits de lumière” passe en dessous de deux microns, les photons qui convergent depuis le système optique ne parviennent plus sous un angle idéal : la qualité se dégrade, la sensibilité diminue, la dynamique s’effondre.

Au laboratoire d’essais Chasseur d’Images, nous testons tous ces paramètres et nous évaluons notamment augmentation du bruit numérique, dégradation des textures, dynamique réelle selon la sensibilité ainsi que contraste et accentuation. Ces mesures démontrent qu’en basse lumière ou face à des sujets comportant de forts écarts de contraste, les appareils photos, grâce à leurs capteurs de plus grande surface comportent plus de détails dans les zones sombres comme dans les hautes lumières et délivreront des images plus fines… même si le capteur affiche un nombre inférieur de pixels.

Bref, s’il est hors de question de nier l’efficacité, la facilité d’utilisation et les excellents résultats des photophones, un compact expert, grâce à son zoom, à la sensibilité de son capteur et à son ergonomie, reste un outil indispensable pour les prises de vues nécessitant un cadrage rigoureux et une grande finesse d’image. Il est un peu le couteau suisse de la photo pour ceux qui souhaitent des photos encore meilleures que celles d’un smartphone sans vouloir passer à l’étape suivante : un équipement composé d’un reflex et de plusieurs objectifs… mais c’est une autre histoire !

Article paru dans la revue “Union Nationale des Internes et Jeunes Radiologues” / UNIR N°31

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