Le rire médecin

Publié le 1652187325000


AU CHEVET DES ENFANTS À L’HÔPITAL

Depuis 1991, l’association Le Rire Médecin offre une bulle de bonheur aux enfants hospitalisés pour les aider à supporter la maladie et les soins. 25 ans plus tard, les 98 clowns professionnels que compte l’association interviennent dans 46 services pédiatriques, répartis sur 15 hôpitaux en Ile-de-France et en province.

Pour les enfants hospitalisés et leurs parents, une simple visite ou un long séjour à l’hôpital est souvent synonyme d’angoisse, de solitude et de détresse. « Par le jeu, la stimulation de l’imaginaire, la mise en scène des émotions, la parodie des pouvoirs, les clowns permettent à l’enfant de rejoindre son monde, de s’y ressourcer. Spectacle après spectacle, ils découvrent ou redécouvrent que l’humour, le rêve et la fantaisie ont leur place à l’hôpital », confie Caroline Simonds, fondatrice du Rire Médecin et clown depuis la naissance de l’association.

Le Rire Médecin est la première association en France à avoir investi des services pédiatriques.

Les comédiens-clowns sont tous des artistes intermittents du spectacle expérimentés dans les domaines du cirque, du théâtre ou des arts de la rue.

Pour ces artistes, l’hôpital n’est pas une scène comme les autres. C’est pour cela que pendant plusieurs mois, les comédiens sont formés au métier de clown hospitalier au sein de l’Institut de Formation du Rire Médecin, créé en 2011. Ainsi, ils peuvent incorporer l’univers de l’hôpital, respecter son fonctionnement et ses contraintes, et adapter leur jeu à ce cadre spécifique. Les trompettes, les ukulélés et les ritournelles peuvent alors entrer en piste !

Le rôle capital des clowns
Chacun est d’accord pour dire à quel point la présence des clowns est essentielle et rompt la monotonie des couloirs de l’hôpital.

Et qui sont les mieux placés pour en parler ? Les enfants ! Petits ou grands, ils ne manquent pas de mots pour raconter les instants magiques que leur procurent ces joyeux drilles. Elsa, 12 ans, se confie à eux : « Quand je vous entends dans le couloir, je me sens déjà heureuse ». Quant à Mathieu, 5 ans, on ne peut pas lui faire sa piqûre tant que « les clowns sont pas là ! ».

Même plusieurs années après leur hospitalisation, les enfants n’oublient pas le lien fort qui s’est construit avec les clowns. Ainsi, ils sont le « meilleur souvenir » d’Adrien, 16 ans, lors de son séjour à l’hôpital.

La présence des clowns permet également de déculpabiliser la famille, qui se sent souvent impuissante face aux moments difficiles. Le papa de Victor témoigne : « chaque mardi et jeudi, nous attendons les clowns. Ils ont été les seuls à sortir mon fils d’un état de prostration, par un sourire, un rire… ».

Par leurs pitreries et leur imagination, les clowns rendent l’hospitalisation et les gestes médicaux moins angoissants. Hélène, une infirmière, se rappelle de leur arrivée dans le service : « Les médecins, les internes, on était tous convaincus. Les clowns s’adaptaient à chaque situation. C’est une expérience extraordinaire qui a changé la vie de tout le monde. Je ne pensais pas qu’on pouvait faire quelque chose de bien comme ça. »

Les comédiens-clowns prennent leur mission très au sérieux, comme le témoignent plusieurs d’entre eux. « Dès qu’on dit clown on pense tout de suite grosse artillerie, mais notre travail est de tisser tout en douceur une relation avec l’enfant », nous apprend Susanna, alias Olivia Panzani, l’une des 98 clowns du Rire Médecin. Alexandre, alias Frankie, va plus loin : « Oui, le clown a sa place au milieu des soins et des civières, sa musique est préférée au silence, sa poésie allège les soucis, les enfants retrouvent la liberté d’être des enfants, les parents apprennent le droit de rire et les médecins ont la permission de faire des blagues ! ».

Comédiens-clowns et personnel soignant :
une relation de confiance
Jean-Louis Berdat, formateur des clowns au Rire Médecin, l’affirme : « Faire comprendre notre démarche aux soignants est essentiel. Une fois qu’ils acceptent notre façon de travailler, les portes s’ouvrent. Nous n’imposons rien mais nous intervenons toujours dans le souci de prendre soin de l’enfant et sommes dans la même éthique que les soignants. ».

Les clowns sont donc parfaitement intégrés à la communauté de soins. Avant de se glisser dans la peau de leur personnage, les comédiens rencontrent l’équipe soignante de chacun des services où ils vont intervenir : c’est l’heure de la transmission. Les informations échangées leur permettent de préparer leur entrée dans le service, de doser leur jeu et de proposer à chaque enfant rencontré un « spectacle » personnalisé. Pour les soignants, c’est aussi l’occasion de programmer un soin : quoi de mieux qu’un nez rouge pour détourner l’attention d’un petit pendant une ponction lombaire ?

Après les visites de la matinée, les clowns et le personnel se retrouvent et échangent sur les comportements remarqués pendant la tournée : tel enfant avait l’air plus réceptif, tel autre n’a pas voulu jouer…

Dans l’après-midi, les clowns ont quartier libre dans l’hôpital et s’en donnent à coeur joie ! Ils n’hésitent pas à investir les couloirs et les salles d’attente devant les fous rires et les yeux écarquillés des petits et des grands.

A la fin de la journée, ils sont tenus de compléter le cahier des consignes, utile pour les soignants mais aussi pour le duo de clowns qui interviendra lors de la prochaine visite hebdomadaire.

Toutes les conditions sont réunies pour donner aux enfants ce qui leur manque le plus dans l’univers stérile de l’hôpital : la joie, le rire, les bêtises…

Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°15

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