Le prisme dans sa généralité

Publié le 1686921227000

 

Grâce aux phénomènes de vergences et de conduction nerveuse, le système visuel binoculaire permet de fusionner les images rétiniennes provenant de l’œil droit et de l’œil gauche. Cette fusion binoculaire est caractérisée par une vision binoculaire normale. En présence d’une déviation oculomotrice, le système de fusion ne peut plus coopérer faisant apparaître une deuxième image, une diplopie apparaît alors (1).

C’est alors que le prisme entre en jeu dans la pratique orthoptique. Le prisme est un outil essentiel au bilan visuel et à l’élaboration d’une procédure rééducative et thérapeuthique.

Comment ça fonctionne ?

Un rayon lumineux traversant un prisme se verra être réfracté deux fois. Le rayon lumineux est dévié vers la base du prisme pour que l’image ainsi que le mouvement compensatoire de l’œil se fasse en direction de l’arête. Un prisme placé base temporale, autrement dit base externe, stimule la rétine temporale et provoque un mouvement compensatoire en convergence. Ce mouvement permet d’assurer une vision binoculaire en maintenant la correspondance des deux maculas. Le prisme s’utilise devant toute déviation avec un correspondance rétinienne normale, non compensable par la fusion (2)

Diagnostic

Sur le plan sensoriel : Le prisme utilisé sous plusieurs formats (barre de prisme de Berens, biprisme) permet de quantifier l’amplitude de fusion, l’étude de la diplopie ou encore l’analyse de la correspondance rétinienne (3). 

Déviation De 0 à -2D De 0 à -6D
Vergences (diplopie) D4-10 C16-28 D’9-17 C’22-38
Vergences nettes D3-7 C6-12 D’5-11 C’12-20

Fig. 2 : Normes de déviation oculomotrice et vergence (Fauveau–Rousseau, 2019)

Sur le plan moteur : Le prisme permet de quantifier la déviation oculomotrice. À l’aide d’un examen sous écran alterné ou d’une baguette de maddox, on mesure la déviation oculomotrice (phorie, tropie) (3).

Dans le cadre d’une mesure d’angle à l’aide d’un écran, le patient fixe un point de fixation. L’orthoptiste réalise un examen sous écran alterné. Le but étant d’augmenter la puissance prismatique afin de ne plus obtenir de mouvement de prise de fixation oculaire. L’orthoptiste souhaite obtenir la puissance prismatique minimale faisant disparaître la déviation oculomotrice (2).

Sur le plan fonctionnel : Le prisme permet d’objectiver la vision par son rôle compensateur et facilite l’utilisation d’une direction du regard dans le cas d’une atteinte à la fixation centrale faisant ainsi apparaître une néo-fixation (3).

Traitement

La correction prismatique peut être indiquée dans plusieurs conditions. L’objectif étant de retrouver un parallélisme oculaire permettant la fusion binoculaire. Elle est mise en place chez les patients présentant une correspondance rétinienne normale. Le but est de prescrire la puissance minimale permettant de faire disparaître la diplopie (4).

Elle est utilisée en présence de :

  • Strabisme dans le cas de paralysie oculomotrice, strabisme d’apparition tardif, etc.

Dans le cas des paralysies oculomotrices, une occlusion est émise en première intention dans l’objectif de faire disparaître la vision double. La régression paralytique se fait progressivement. Un prisme presson peut être prescrit par la suite pour corriger la déviation résiduelle. Si la déviation oculomotrice persiste et se stabilise, une incorporation prismatique pourra alors effectuée (5).

  • Hétérophories par décompensation fusionnelle

Les hétérophories décompensées peuvent créer des symptômes tels que l’asthénopie visuelle, la diplopie... On préconise alors de prescrire la moitié de la puissance hété-rophorique trouvée au cover-test. Dans 80 % des cas, la symptomatologie disparaît (2).

  • Dégénérescence Maculaire Lié à l’Âge DMLA

D’usage fonctionnel, le prisme indiquera la fixation à utiliser dans le cas où la fixation centrale est atteinte par l’apparition d’un scotome central.

Une déviation est corrigée par un prisme positionné “arête dans le sens de la déviation” ainsi :

Esotropie Arête dans le sens interne
Exotropie Arête dans le sens externe
Hypertropie Arête dans le sens supérieur
Hypotropie Arête dans le sens inférieur


Dans le cas d’une déviation oblique, nous utilisons le schéma d’Allen. Le schéma d’Allen permet de calculer la puissance d’un prisme oblique ainsi que l’orientation que l’on va lui donner. Un prisme oblique rassemble une déviation horizontale et une déviation verticale. L’intersection entre la déviation horizontale et verticale donnera l’orientation prismatique (6). Ainsi, une déviation horizontale de 5 dioptries arête interne additionnée à une déviation verticale de 3 dioptries arête supérieure sur l’œil gauche donnera un prisme de 6 dioptries arête à 149° sur l’œil dévié.

Références

(1). Steffen H., Kaufmann H., Strabismes, traduit et adapté par Steffen H. et Gravier H., 2022, Elsevier Masson.
(2). Chaabouni Z., L’usage des prismes, CHU Liège, 2009. https://www.ophthalmologia.be/downloads/BSA/L_usage_des_primes.pdf
(3). Amortila M., Prismes et rééducation orthoptique, bilan et séances, Revue francophone d’orthoptie, 2009, 2, 20-27.
(4). Jeanrot N. et Ducret V., Manuel de Strabologie, Aspects cliniques et thérapeutiques, 4ème édition, 2018, Elsevier Masson.
(5). Quéré M., Traitement médical - Les prismes, 2012.
http://www.strabisme.net/strabologie/Colloques/TtMedical/TtMed_Prisme/TtMed_Prismes.html
(6). Schéma d’Allen, La P@ge des Orthoptistes de France, 2005, http://orthoptie.net.

Anouk OLIVIER

Article paru dans la revue « Le magazine de la Fédération Française des Étudiants en Orthoptie » / FFEO N°01

 

 

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