La pharmacie hospitalière au service de l’humanitaire : Retour d’expérience du Dr Fréderic Anglade

Publié le 1663670184000

Au cours de son internat, Frédéric Anglade a pu effectuer un stage humanitaire à l’étranger. Aujourd’hui assistant spécialiste dans les Hauts-de-France, il revient pour nous sur cette étape de son parcours d’interne.

Bonjour Frédéric, merci de répondre à nos questions pour le journal l’Observance. Peux-tu nous dire dans quel pays tu as pu réaliser un semestre, et avec quelle association ? Salut ! Je suis parti au Togo dans le CHU de Kara (situé dans le nord du pays). L’association qui m’a permis de partir est PAH, Les Pharmaciens Humanitaires.

Quels types de profils sont recherchés ?
Avant le départ en mission, nous avons suivi une formation théorique d’un mois. Les points communs de toutes les personnes ayant fait la formation, étaient la curiosité, la recherche d’autonomie et la volonté de se rendre utile là où nous pourrions l’être le plus.

Pourquoi as-tu choisi le Togo ?
Nous avions des missions possibles dans différents pays: Bénin, Togo, Madagascar. L’association m’a proposé le poste au Togo car il s’agissait d’un profil “support logistique”, qui correspondait plus à mon profil (j’avais évoqué à l’association mon affinité sur ces problématiques de flux d’approvisionnement). De plus, un pays francophone est également un certain confort.

Quelles étaient tes missions, tes objectifs ?
Les missions ont été assez diverses, avec notamment l’actualisation du livret du médicament, l’amélioration des conditions de stockage des médicaments (surtout thermosensible) et la gestion des stocks en fonction du seuil de sécurité. Nous avons aussi dû réaliser la destruction “sécurisée” des nombreux dons de médicaments inadaptés.

Comment sont intégrés les pharmaciens hospitaliers dans la prise en charge patient au Togo ?
C’est assez compliqué ! Un des facteurs qui peut l’expliquer, notamment dans les établissements publics : La pénurie de pharmaciens pour diverses raisons avec entre autres, un intérêt financier faible par rapport à la pratique libérale en ville.

En quoi consistait ta journée type ?
La journée type commençait par faire un point avec la “salle des ventes” c’est-à-dire le guichet de la pharmacie pour voir les nouveaux problèmes observés dans la nuit.

Il y avait également le travail de recueil des données financières, logistiques et organisationnelles afin de rédiger avec les équipes des procédures pour uniformiser et maîtriser les différents circuits. Nous devions ensuite effectuer un gros travail de communication et d’intégration des procédures dans la pratique quotidienne.

Nous préparions aussi les instances et comités en rapport avec le médicament pour la rédaction d’un livret thérapeutique (médicaments et dispositifs médicaux) et guider les prescriptions vers les spécialités disponibles dans le centre hospitalier.

Où en est-on sur le plan informatique dans ce genre de structure ?
Dans le centre hospitalier il n’y avait pas de Dossier Patient Informatisé, les ordonnances se font sur support papier libre. Un logiciel de GEF est disponible.

Comment se passe la dispensation ?
Le patient paye d’abord un tarif de consultation, puis consulte le médecin. Une fois que la prescription est rédigée (souvent sur papier libre sans les mentions obligatoires) le patient vient à la pharmacie de l’hôpital pour acheter ces produits. S’il n’a pas assez d’argent, il paye son traitement au jour le jour. Dans le cas d’un patient alité, c’est la famille qui vient et si le patient est seul, des “bonnes dames” peuvent faire la navette entre le service et la pharmacie.

Il y a également un système de sécurité sociale pour les fonctionnaires. Pour ces personnes, un accord de prise en charge doit être signé avant de venir à la pharmacie et la prescription se fait sur des ordonnances à trois feuillets.

Y a-t-il beaucoup de patients qui n’achètent pas leurs médicaments/tous les médicaments sontils disponibles ?
Il y a plusieurs raisons pour qu’un patient ne prenne pas ses traitements, les ruptures, le refus personnel, le manque financier… Il n’y en a pas beaucoup, mais il y en a quand même trop.

Faites-vous des préparations magistrales ?
Nous n’en faisions pas dans cet établissement.

As-tu trouvé cette mission enrichissante professionnellement et personnellement ?
Les missions réalisées ont été enrichissantes personnellement car elles m’ont permis de comprendre le confort dans lequel nous travaillons en métropole. Pour ce qui est du professionnel, le challenge a été très intéressant, avec des sujets tels que les délais d’approvisionnements de plusieurs semaines, ainsi que les relations professionnelles assez atypiques.

Si c’était à refaire, le referais-tu ?
 Oui, bien sûr !

Aurais-tu aimé un autre continent ?
Oui, je pense que l’Asie ou le Moyen-Orient peuvent présenter des problématiques encore différentes.

Est-ce qu’une nouvelle expérience humanitaire te tenterait ?
Je pense que j’aimerais repartir car cette première expérience m’a confirmé que nous pouvions avoir une plus-value et un impact utile.

Lien vers le site de PAH: https://www.pah-lespharmacienshumanitaires.org/

Alban NOWAK
Louis GAUCHER
Article paru dans la revue “ L’Observance” / FNSIP n°35

 

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