La MPR dans le monde - Zoom sur l’Italie

Publié le 1709647121000
Article paru dans la revue « AJMER / AJMERAMA » / AJMERAMA N°5


Continuons de voyager dans le monde par le prisme de la MPR, cette fois au pays de la mozzarella, avec Gabriella SERLENGA, venue en France à Montpellier le temps d’un semestre.

Peux-tu te présenter  ?

Je suis Gabriella, j’ai 31 ans et je suis italienne. Je suis en 2e année de spécialité en MPR à Naples, dans le sud de l’Italie.

Le sud et le nord sont très différents en Italie. La partie sud est plus pauvre, il y a plus de patients par structure de soin et par soignant, les infrastructures sont plus précaires. J’ai obtenu de bons résultats me permettant de choisir de nombreuses facultés dans le pays, mais j’ai choisi de rester dans le sud malgré la formation moins attrayante, car la faculté de Napoli me laissait la possibilité de partir effectuer un stage à l’étranger.

Comment cela se passe pour devenir médecin et plus particulièrement MPR en Italie ?

En Italie, les facultés ont un champ d’expertise précis et se concentrent sur le domaine de prédilection pour l’offre de stage proposée aux étudiants hospitaliers. L’interne est payé par la faculté et non par l’hôpital comme c’est le cas en France, et les terrains de stages sont très orientés par les domaines de recherche de prédilection dans une ville. À Naples, on se concentre sur l’ostéoporose. L’hôpital où j’ai travaillé propose des séjours de rééducation pour la prévention des chutes, et effectue le suivi et le traitement de l’ostéoporose. Il y a des ostéodensitométries sur place. Ce sont les MPR qui s’occupent de la prise en charge de cette pathologie en Italie, et non les rhumatologues comme en France. La population est très vieillissante en Italie. Une minorité de patients viennent en rééducation devant des problématiques de sarcopénie, de lombalgie ou d’arthrose.

En Italie, la formation est très axée recherche, j’ai publié plusieurs articles. J’ai postulé pour un projet de thèse de sciences sur le thème de la prévention des lésions musculaires en parasport car le sujet me plaisait beaucoup et qu’il s’agissait d’une belle opportunité, avec un professeur anglais.

Où travailles-tu actuellement ?

Je travaille actuellement à Naples, qui est une ville très peuplée que l’on aime ou que l’on déteste. L’accès en voiture est difficilement possible, très dangereux à vélo, je prends donc le train et le bus avec une heure trente de trajet. La façon de vivre est particulière car les habitants de Naples ne se soucient peu des choses et des situations et l’implication est variable. La nourriture y est exceptionnelle, vraiment, et très peu chère. Je réalise un semestre au sein de cette clinique au centre de Naples où sont pris en charge des patients atteints d’ostéoporose, d’Ehler Danlos ou de maladie de Parkinson. Nous avons une ostéodensitométrie, une salle de gym, des ondes de chocs, du TENS, …

Pourquoi as-tu choisis la MPR ?

J’ai d’abord travaillé en tant que médecin généraliste et urgentiste après l’université. Puis, ne sachant plus exactement ce que je voulais faire de ma vie, j’ai débuté une formation professionnelle pour devenir professeur de yoga sur 2 ans. Je voulais être connectée à mon corps, j’aime le concept général de bien manger et bouger. J’étais sportive de niveau national en voile, et je courais pour mon université. J’étais attirée par la médecine du sport et je ne connaissais pas la MPR. Je pensais que toutes les spécialités médicales se concentraient sur le fait de soigner une affection ou un organe précis, pour ensuite abandonner le patient sans s’attarder sur son retour à la maison et sans l’aider à comprendre les changements dans son corps. La MPR, finalement, c’est aider le patient dans sa globalité, et de façon transversale. Et j’adore cette façon de faire de la médecine. J’ai donc débuté ma spécialité. Au bout d’un an, j’ai entendu parler de la formation française. J’ai souhaité venir m’améliorer en France car en Italie du sud la spécialité est récente, et les praticiens ont du mal à se créer une place entre les chirurgiens et les kinésithérapeutes dans le parcours de soin. Les kinésithérapeutes ont une place centrale et sont davantage respectés que les médecins actuellement. Les chirurgiens diagnostiquent les pathologies et les kinésithérapeutes les traitent en shuntant le MPR, et il n’y a pas de travail d’équipe. Heureusement, les choses sont en voie de changement.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Je voudrais me sentir utile, et douée dans mon domaine. Je ne sais pas si cela sera en France ou en Italie. J’aimerais travailler en structure pour être en équipe. Je n’ai pas d’attrait pour la neurologie et je me vois travailler en locomoteur et médecine du sport, avec une formation d’acupuncture, et échographie interventionnelle.

Que conseillerais-tu à un interne français qui souhaite découvrir la MPR en Italie ?

Je lui conseillerais une ville du nord, comme Turin ou Milan. S’il est intéressé par la MPR pédiatrique, alors il faudra viser Rome. Évidemment, je lui conseillerais d’apprendre l’italien mieux que je n’ai appris le français ! Il faut je pense impérativement discuter avec un interne local car comme je l’expliquais, d’un hôpital universitaire à l’autre les activités sont très différentes.