La médecine de demain, pour toi, c’est quoi ?

Publié le 1652250557000

POUR « H », JOHANNA SABYS A DEMANDÉ À DES INTERNES DE TOUTE LA FRANCE COMMENT ILS IMAGINAIENT LEUR PROFESSION DANS LE FUTUR…


Alexis

8e semestre de psychiatrie, Paris
« La médecine de demain, c’est une médecine personnalet prédictive. Avant, on se basait sur des algorithmes décisionnels, mais désormais, on va se servir des données génétiques et biologiques pour donner les soins les plus adaptés à chaque personne. C’est déjà le cas pour les cancers, mais en psychiatrie aussi, les biomarqueurs se développent. Par exemple, en couplant une IRM à une intelligence artificielle, on sera capable d'identifier l'évolution de certaines pathologies. La médecine de demain, c’est également une santé connectée, où l’on pourra être aidé par des systèmes d'aide à la décision comme le Watson d'IBM. »


Aurore

8e semestre de gynécologie médicale, Paris
« C’est une médecine basée sur la preuve, protocolisée, judiciarisée, avec toujours plus d’algorithmes, au détriment des examens cliniques. La relation médecin-malade sera plus contractuelle, moins paternaliste. Les nouvelles technologies vont de plus en plus s’immiscer dans les soins, il y aura davantage de télémédecine, on interprétera des scans en Inde… Sinon, j’espère que la médecine de demain sera plus axée sur la prévention, que le patient sera mieux informé, au centre de tout, grâce à une médecine éducative qui le rendra acteur de sa décision. »


Simon

6e semestre de médecine générale, Lille
« On va tanguer entre une médecine tournée vers toujours plus de nouvelles technologies et une médecine proche des patients, clinique. Il faudra trouver le bon compromis entre une pratique médicale paternaliste, où le médecin décide, et une pratique dirigée par le patient, qui se rend à son cabinet un peu comme il ferait ses courses. En tant que médecin généraliste, je vois la médecine s'adapter à l'évolution de notre société tout en gardant l'esprit de vocation et de plaisir de soigner qui m’a attiré vers ce métier. »


Leïla

6e année d’externat, Clermont-Ferrand
« Pour moi, la médecine de demain, c'est celle de la prévention. C'est bien beau de trouver un médicament pour chaque symptôme, mais si on agissait en amont, ça ne serait pas mieux ? En tout cas, la sécu apprécierait ! On va de plus en plus faire comprendre à chacun que nos modes de vie ont une relation directe sur la santé, afin de faire changer les habitudes. C'est aussi une médecine personnalisée, de l'écoute et de l'accompagnement. La médecine de demain, c'est savoir s'adapter à chacun. »


Florine

6e semestre de médecine du travail, Paris
« C’est une médecine à double vitesse. Un secteur privé de plus en plus cher, où le patient sera considéré en fonction de son porte-monnaie. Un secteur public sans moyens, et des délais de prise en charge de plus en plus long et de moins en moins humain, « à la chaîne ». L’image du médecin de famille se perdra sans doute. Mais les maisons de santé pluridisciplinaires permettront une prise en charge plus optimale. Des maladies oubliées ou rares vont ressurgir à cause d’une vaccination incomplète de la population, mais les avancées techniques et les thérapeutiques robotisées permettront de vaincre certaines maladies incurables à ce jour. »


Aurélia

pédiatre depuis 1 an, Montpellier

« La médecine de demain, ce sont ces nouveaux logiciels d'aide à la décision clinique, c’est vérifier les données de la littérature, penser Evidence Base Medecine... C'est aussi enseigner la médecine douce, les bases de l'homéopathie, de la médecine chinoise. Et puis, c’est aussi : des patients plus méfiants, plus revendicateurs, qui veulent moins de médicaments et être plus écoutés ; un médecin qui se protège médico-légalement mais aussi personnellement. Bon, et puis la médecine de demaine, c’est aussi un médecin qui part en vacances, qui s'affranchit, en général. Un médecin parapentiste, grimpeuse, amoureuse, future mère de famille, qui peut-être, un jour, changera de métier. »


Yohann

10e semestre de réanimation-anesthésie, Poitiers
« Elle sera dans la continuité de la médecine d’aujourd’hui, tout en faisant un virage à 180°. Les traitements seront plus performants, plus ciblés, place à la thérapie génique, aux nano-robots… Qui incontestablement vont modifier nos futures prises en charge ! Les outils de diagnostics seront précurseurs, il sera même possible de traiter une maladie avant que celle-ci ne se déclare. Malheureusement, cela a un prix, il faudra doubler de vigilance, nous médecins, pour éviter les dérives éthiques… Et surtout, pour diminuer le fossé entre les classes sociales qu’approfondira cette évolution. »

Perrine

Bientôt thésée en médecine générale, Montpellier
« Elle sera de plus en plus informatisée, automatisée, déshumanisée... Flippant, je sais ! Mais on assiste aussi à une émergence des médecines parallèles, plus centrées sur le patient, qui prennent le temps. A priori, on veut nous salarier, ce qui ne me déplairait pas. Tant que ce n’est pas par les mutuelles... Dans ce cas, ciao la médecine, plutôt que de devenir mouton de Panurge, autant en élever des vrais en altitude. Dans le futur, ma façon de travailler, je la vois en équilibre avec ma vie privée et mes activités... Ne pas me laisser déborder, pour profiter de la vie et continuer d'aimer mon métier !

Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°15

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